Des conspirationnistes attrapent le coronavirus

De fausses informations, des conspirations tirées par les cheveux et des rumeurs non fondées sur le coronavirus circulent abondamment sur le Web. Mais attention avant de crier au scandale. 

Photo : David Chang /EPA/La Presse canadienne

Des douzaines de fausses informations, de conspirations tirées par les cheveux et de rumeurs non fondées sur le coronavirus circulent abondamment sur le Web. 

Le virus nCoV-2019, qui sévit surtout en Chine, a déjà fait plus de 100 morts et a été observé dans plusieurs autres pays d’Asie ainsi qu’en France, aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Allemagne.

Les informations trompeuses, qui deviennent virales rapidement, ne font que contribuer à la panique générale. Tour d’horizon et rectification des faits.

Ce brevet ne prouve pas que le Canada ait « créé » ou « relâché » le coronavirus

Captures d’écran — L’actualité/ic.gc.ca

Plusieurs médias ont déjà démenti des publications affirmant que des brevets trouvés en ligne prouvent que le Canada, les États-Unis ou l’Angleterre ont créé le coronavirus en laboratoire. Cette théorie du complot, propulsée par un conspirationniste connu, a fait des petits.

Le brevet 2549188 (utilisation des protéines et des peptides codés par le génome d’une nouvelle souche de coronavirus associé au SRAS), enregistré à l’Office de la propriété intellectuelle du Canada, commence aussi à circuler. 

Celui-ci existe bel et bien. Mais il ne prouve pas que le virus ait été créé au Canada. 

« La réalité, c’est que les laboratoires fédéraux congèlent et entreposent toutes sortes de microbes. Il n’y a rien d’anormal avec ça. Le but c’est de les étudier », explique le docteur Donald Cuong Vinh, spécialiste en microbiologie médicale et infectiologie.

« En 2002, le Canada a été l’un des nombreux pays touchés par une épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui fait partie de la famille des coronavirus, poursuit-il. Des souches ont été conservées pour pouvoir être étudiées. »

Un logo de Resident Evil tout près du point d’origine de l’épidémie ? Pas si vite…

Capture d’écran —L’actualité/Twitter

L’entreprise de biotechnologie Shanghai Ruilan Bao Hu San Biotech aurait un logo très similaire à celui utilisé par une compagnie pharmaceutique dans la série de jeux vidéos Resident Evil. On déclare faussement qu’elle se situe en plein cœur de la crise en Chine.

Les informations entourant cette photo et cette entreprise sont très limitées. Le logo avait attiré l’attention, l’an passé, sur des forums d’adeptes de Resident Evil. Quelqu’un l’a visiblement dépoussiéré pour faire une blague… prise au sérieux par des dizaines de milliers d’internautes.

L’entreprise pharmaceutique, elle, paraît avoir disparu du Web. Ou presque.

La capture d’écran ci-dessous, qui circule abondamment, ne provient pas du site officiel de la compagnie, comme l’indiquent faussement des publications douteuses. L’image vient en fait du portfolio en ligne d’une firme de développeurs Web qui semble compter Shanghai Ruilan Bao Hu San Biotech parmi ses clients. Cette section n’est plus, mais des archives capturées en septembre 2019 montrent que la page (et le logo) a bel et bien existé.

Capture d’écran —L’actualité/lanshanweb.com

Selon plusieurs publications trompeuses, ce laboratoire se situerait à Wuhan, « dans l’épicentre du coronavirus ». C’est faux. D’après l’adresse qui apparaît tout en bas de la capture d’écran retirée dans les dernières semaines, l’entreprise serait basée à Shanghai (comme son nom l’indique), dans le district de Pujiang.

Détail surprenant : le nom de domaine de l’adresse courriel qu’on peut aussi voir dans la capture d’écran est ganxibao.com. Selon ses archives Web, jusqu’en 2009, ganxibao.com, qui n’a jamais eu l’air très professionnel, donnait accès au site d’Ivycell, une organisation quelconque qui entretenait un lien avec la recherche sur les cellules souches. Son adresse était située aux États-Unis. En 2013, toute mention du nom Ivycell est disparue du site Internet.

La vitamine C ne prévient pas le coronavirus

L’actualité – Capture d’écran/Facebook/Twitter

De prétendus professionnels de la santé affirment que la vitamine C est un remède efficace pour prévenir le coronavirus. C’est faux. Et c’est dangereux.

Ces publications sont souvent liées à des commerces en ligne et ont comme seul but de vendre des produits et/ou de donner plus de portée à un compte Twitter, Facebook, Instagram, YouTube, etc.

D’ailleurs, de faux bulletins d’alertes fédérales circulent sur les réseaux sociaux et sur les applications de clavardage comme WhatsApp. On y prétend que le gouvernement recommande la vitamine C pour prévenir le virus.

Attention aux témoignages vidéos

Captures d’écran —L’actualité/Vimeo/Facebook

Des internautes prétendent avoir reçu des vidéos directement de la zone de quarantaine. Ces vidéos, visionnées des millions de fois, ont toutes la même prémisse : un témoin dit avoir la vérité sur ce qui se passe à Wuhan. On y raconte surtout que le nombre de personnes infectées est beaucoup plus élevé que ce que les autorités révèlent.

Attention. Pour l’instant, il n’y a aucun moyen d’identifier ces témoins, qui sont toujours masqués. Les vidéos, captées à l’intérieur, rendent leur authentification très difficile.

La journaliste de BuzzFeed Jane Lytvynenko a toutefois noté quelques détails importants concernant la vidéo d’une soi-disant infirmière chinoise (capture d’écran de droite).

« La combinaison semble être différente de celles des premiers répondants officiels, elle ne semble pas être bien scellée et le masque ne semble pas être porté correctement », écrit-elle sur Twitter.

 

Il n’y a pas de cas confirmé de coronavirus au Québec (31 janvier, 12 h 30)

Captures d’écran —L’actualité/Facebook/Twitter

Des publications trompeuses affirment que des cas de coronavirus ont été diagnostiqués au Québec. C’est faux.

Tous les cas sous investigation au Québec se sont avérés négatifs, confirme le ministère de la Santé et des Services sociaux.

« À ce jour, aucun cas du nouveau coronavirus n’a été rapporté au Québec.», pouvait-on lire le 31 janvier sur le site Internet gouvernemental.

Attention aux URL, aux logos et aux faux journaux

Des dizaines de comptes Twitter et Facebook et de sites Internet copient presque exactement les noms de domaines et le logos de médias bien connus pour relayer de fausses informations.

Il s’agit d’une pratique courante en temps de crise.

Des cadavres dans les rues? Attention.

Capture d’écran – L’actualité/Twitter

Plusieurs vidéos prétendant montrer des cadavres abandonnés dans les rues de Wuhan ont cumulé des centaines de milliers de visionnements. La vidéo montrée ci-haut est difficile à authentifier pour l’instant.

Et contrairement à ce que des internautes prétendent, les médias ne taisent pas la situation.

Un journaliste de l’Agence France-Presse a bel et bien été témoin d’une scène similaire dans la zone de quarantaine, sans toutefois être en mesure de confirmer un lien avec le coronavirus.

L’AFP a pu observer le corps d’un homme portant un masque sur un trottoir de Wuhan. « Mais la mise sous quarantaine de la ville la semaine dernière et l’interdiction d’y circuler en voiture ont pratiquement vidé les rues de Wuhan, et expliquent le relatif anonymat dans lequel cette personne est décédée », précise-t-on dans l’article.

« Aucun lien ne peut être établi entre son décès et le coronavirus », conclut-on.

Attention, donc, aux titres d’articles qui établissent des liens un peu trop rapidement, comme celui-ci :

Des groupes et des pages Facebook à prendre avec un grain de sel

Captures d’écran – L’actualité/Facebook

Il fallait s’y attendre, dans les jours suivant les premières nouvelles de l’épidémie, des pages et des groupes Facebook prétendant agréger toute l’information disponible sur le coronavirus ont fait surface.

La majorité de ces espaces de discussion partagent un cocktail dangereux d’articles sérieux et d’informations fausses ou non confirmées.

Mieux vaut éviter ces pages.

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