Des leçons pour le Québec

Les belles campagnes de France sont-elles des poubelles radioactives ? C’est ce que soutiennent les auteurs du Scandale de la France contaminée, documentaire qui a fait grand bruit l’an dernier dans l’Hexagone.

Diffusé sur France 3, le reportage rappelle que la France a exploité, entre 1945 et 2001, plus de 210 mines d’uranium pour alimenter ses centrales nucléaires. Or, révèlent ses auteurs, ces mines ont produit près de 300 millions de tonnes de déchets radioactifs, qui ont été ensevelis dans les campagnes dans l’ignorance des populations voisines.

Des millions de tonnes de déchets ont été utilisés comme remblais ou comme matériaux de construction aux quatre coins de la France, sans que les autorités lancent le moindre avertissement sur les risques encourus. À Gueugnon, en Bourgogne, 22 000 tonnes de déchets ont même été enterrés directement sous le stationnement du stade de soccer !

Une vaste opération de décontamination des terrains radioactifs est en cours. Les autorités publiques françaises ont aussi créé un site Web pour permettre au public de connaître l’emplacement des anciennes mines d’uranium et le niveau de radioactivité dans chacune des régions.

L’actualité s’est entretenu avec Didier Gay, responsable du Service d’analyse des risques liés à la géosphère à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), organisme public français qui regroupe 1 800 chercheurs.

 

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de rendre public l’emplacement des anciennes mines d’uranium ?

– La prise de conscience a été progressive. Notre connaissance des risques a nettement évolué. Au début, dans les années 1950, on vantait les bénéfices pour la santé de l’exploitation de l’uranium. On tenait des bains thermaux dans des piscines irradiées ! On n’a appris que plus tard les risques pour la santé, en particulier ceux associés au radon. Mais ça fait moins de 20 ans qu’on en a pris acte. 

Y a-t-il un parallèle à tracer entre les gisements de la France et ceux du Québec ?

– Les types de minerai exploités en France sont comparables à ceux qu’on trouve sur la Côte-Nord. Ce sont des gisements d’une teneur en uranium assez pauvre (0,1 % à 1 %), nettement plus faible que celle des gisements de la Saskatchewan, par exemple. 

 

Quelles leçons le Québec peut-il tirer de l’expérience française ?

– Méfiez-vous d’un industriel qui dirait trop vite : il n’y a pas de problèmes. Il faut être exigeant envers les exploitants miniers. C’est indispensable pour les gens de s’interroger sur les moyens dont dispose la compagnie minière et sur l’impact potentiel de ses activités.

Les résidus miniers ne sont pas hautement radioactifs, comme les déchets de centrales nucléaires, mais on doit les « gérer » pendant des milliers, voire des dizaines de milliers d’années. Il faut se poser des questions. Y aura-t-il surveillance des lieux ? Comment le stockage sera-t-il fait ? Si c’est en tas, qu’arrivera-t-il si la couverture rocheuse s’érode ? Si les résidus sont placés dans des piscines, que se passera-t-il s’il y a rupture des digues et que le contenu se répand ?

Les résidus liquides des sites miniers peuvent aussi poser problème. Même quand les normes de qualité des eaux étaient respectées, en France, on a observé un phénomène de reconcentration de la radioactivité dans les sédiments à l’entrée de certains lacs. C’est un problème sous-estimé.

 

Les résidants de Sept-Îles ont-ils raison d’avoir peur ?

Peu d’activités humaines ne comportent aucune répercussion. L’exploitation de l’uranium peut être faite de manière raisonnable et maîtrisée, mais il y a des conséquences, il faut en être conscient. Les gens doivent rester vigilants.

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