Des médecins aux avis partagés…

Faut-il imposer la parité des sexes à l’admission en médecine ? Les médecins se prononcent.

« D’accord pour en discuter sérieusement. »

Dr Daniel J. Côté
Comité d’admission de l’Université de Sherbrooke

 

« Non, laissons jouer la concurrence gars-filles. »

Dr Evens Villeneuve
Bureau des admissions de l’Université Laval

 

« Non. La profession va certes devenir moins représentative de la population sur le plan démographique, mais il faudra vivre avec cette nouvelle réalité. Je ne vois pas comment, éthiquement, nous pouvons changer cette tendance, à moins de modifier les critères d’admission. Il y aura toujours des hommes intéressés par la médecine, même si les critères d’admission favorisent les femmes puisqu’ils sont basés sur les notes. La productivité est un peu moindre chez les femmes à cause des grossesses ; il suffit d’en tenir compte dans le plan d’effectif. »

Dr Patrice Vigeant
Microbiologiste et infectiologue
Centre Hospitalier régional du Suroît
Salaberry-de-Valleyfield

 

« Non, car les admissions doivent se faire au mérite plutôt que selon le sexe. Il serait dangereux que les hommes bénéficient de préjugés favorables, car nous n’aurions pas forcément les meilleurs candidats. Pourquoi changer les critères d’admission ? Si c’est pour contrer les problèmes créés par les congés de maternité, mieux vaut hausser le nombre d’admissions pour augmenter le nombre de médecins. »

Dr David Lussier
Gériatre
Hôpital général de Montréal
Montréal

 

« Hommes et femmes ne travaillent pas de la même façon, ne choisissent pas les mêmes spécialités. La féminisation entraîne un manque d’effectifs dans certaines spécialités. Pour établir la parité, il faudrait d’autres méthodes que les notes. La plupart des facultés font déjà des entrevues. Il faudrait donc trouver une autre façon d’équilibrer l’effectif et, sans forcément instaurer la parité, trouver une façon d’augmenter un peu le nombre d’hommes dans les facultés de médecine.

À Sherbrooke, il y a quelques années, nous étions 60 % de filles. Sans que ce soit 50 % d’hommes et 50 % de femmes, si nous revenions à un ratio de 40 % d’hommes, ce serait certainement mieux que ce que nous avons aujourd’hui. Ce ne serait pas une mauvaise idée, car les femmes travaillent moins d’heures et ne font pas le même type de travail. »

Dre Monique Pichette
Omnipraticienne
Clinique médicale Warwick
Warwick

 

« Oui. Il faut retenir les meilleurs candidats sans baser les critères d’admission uniquement sur les notes. La féminisation crée des problèmes. J’ai été DSP dans un hôpital, et les arrêts de travail pour des raisons psychologiques, à cause d’une dépression notamment, touchaient des femmes 9 fois sur 10. La féminisation crée des problèmes de disponibilité, parce que les femmes ne travaillent pas le même nombre d’heures que les hommes, et c’est sans compter les femmes qui ont des enfants. »

Dr Jean Depelteau
Omnipraticien
Clinique médicale Saint-Thomas
Saint-Thomas

 

« La féminisation ne serait pas un problème si l’on augmentait le nombre d’admissions. Formons plus de médecins, puisque les femmes travaillent moins d’heures.

Pour l’admission, on devrait surtout mettre l’accent sur l’entrevue et ne pas favoriser les notes de 90 % et plus. Ce faisant, nous privilégions l’admission de gens très brillants, mais très obsessifs et qui n’ont pas toujours les qualités nécessaires pour pratiquer la médecine.

On pourrait mieux évaluer les étudiants pour voir comment ils se comportent en groupe. Nous avons besoin de gens équilibrés, non de gens qui font de l’angoisse de performance et qui ont tendance à décompenser assez jeunes. »

Dre Céline Croteau
Omnipraticienne
Centre médical Saint-Bruno
Saint-Bruno

 

« Non. Le problème n’est pas tant la féminisation que la gestion du temps et la disponibilité des médecins. Chez les stagiaires masculins aussi, la qualité de vie a pris autant d’importance que pour les femmes. Il va falloir revoir nos modèles. Les semaines de 35 heures en médecine ne sont pas réalistes, mais la nouvelle génération souhaite travailler moins. Ce phénomène n’est pas exclusif aux femmes. On ne reviendra pas aux semaines de 100 heures.

La féminisation risque en revanche de poser problème dans certaines spécialités ; l’orthopédie ou la neurochirurgie attirent moins de femmes. Il ne faut pas “contrer la féminisation”, mais encourager la présence d’hommes en valorisant la profession à leurs yeux. On a vu des phénomènes inquiétants survenir dans d’autres pays quand une profession se féminise trop. Elle perd alors ses galons sur le plan de l’estime que les gens en ont. »

Dre Anne-Marie Asselin
Anesthésiologiste
Centre hospitalier régional de Trois-Rivières
Trois-Rivières

 

« Oui, il faut freiner la féminisation. C’est allé trop loin. Il est regrettable que nos garçons ne soient plus capables de faire médecine. Les filles sont privilégiées par les critères actuels d’entrée en médecine, et les garçons sont brimés dans leurs droits. Il faut réviser les critères d’admission. On sacrifie des garçons sur la base de critères qui ne sont pas toujours valables, d’autant plus qu’ils sont obtenus dans la période la plus vulnérable de leur vie. »

Dr Youssef Hassan
Omnipraticien
Clinique Médi-Centre
Trois-Rivières

 

« Les femmes sont dans l’incapacité de faire la tâche que nous, les hommes, pouvons accomplir. J’ai 63 ans et j’ai travaillé jour et nuit, et je me demande comment les mères de famille peuvent en faire autant. Je respecte les femmes, mais la médecine est une profession qui requiert beaucoup de temps. Les femmes médecins ont une excellente écoute. Sur ce plan, elles n’ont pas leur égal chez les hommes médecins. Toutefois, elles ne peuvent faire les semaines que requiert ce métier et assumer leurs responsabilités maternelles en même temps. Il faut donc permettre à plus d’hommes d’accéder à la médecine si nous ne voulons pas être pris avec des problèmes majeurs de pénurie. »

Dr Berthier Bourque
Omnipraticien
Clinique médicale Chaudière
Saint-Georges

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