Des miasmes aux virus

En politique comme dans les sciences naturelles, ce n’est qu’en étudiant l’histoire que nous pouvons espérer ne pas répéter les erreurs du passé.

Photo : Antoine Bordeleau pour L'actualité

Pendant des siècles, les savants du monde occidental ont cru dur comme fer que c’étaient les odeurs nauséabondes dans l’air ambiant qui causaient et transmettaient les maladies. Ainsi, ils étaient convaincus que la peste noire, le choléra et la malaria, par exemple, se propageaient dans du « mauvais air ». C’était la théorie des « miasmes » — un terme venant du grec ancien et signifiant « pollution » —, sur laquelle on se basait depuis l’Antiquité pour expliquer la propagation des épidémies. (C’est d’ailleurs pour se protéger de ce mauvais air que les médecins traitant les malades de la peste au XVIIe siècle portaient un masque avec un long bec dans lequel ils inséraient des herbes aromatiques.)

Cette théorie avait toujours cours au début du XIXe siècle, quand la Grande-Bretagne entra à pleine vapeur dans la révolution industrielle. La population de villes importantes comme Londres et Manchester augmenta si rapidement que les conditions sanitaires de nombreux quartiers se détériorèrent : surpopulation, insalubrité, accumulation de matières fécales dans l’eau. C’est à cette période que l’épidémiologiste John Snow élabora des cartes exposant l’incidence du choléra selon les secteurs. Ces cartes permirent de déterminer les quartiers à risque et de comprendre la cause de l’épidémie : ce n’était pas l’air, mais bien l’eau contaminée que buvaient les habitants.

Un autre pas vers la découverte du monde des microbes fut accompli quelques décennies plus tard, à Vienne. À l’hôpital général de la ville se trouvaient deux cliniques de maternité. La première était administrée par des sages-femmes qui s’occupaient presque exclusivement des accouchements. Dans cette clinique, le taux de mortalité post-partum était de moins de 4 %. La seconde était administrée par des docteurs et leurs étudiants. Ces hommes étaient exposés à des malades et pratiquaient souvent des dissections de cadavres et des autopsies. De 1841 à 1846, le taux de mortalité de mères qui accouchaient dans cette clinique dépassa régulièrement les 10 %, et il atteignit même 18 % pour certains mois de 1847. Ces chiffres inquiétants étaient connus à l’extérieur de l’hôpital et beaucoup de Viennoises préféraient risquer d’accoucher à la maison plutôt que de se rendre dans cette clinique « maudite ».

Jamais n’avons-nous autant publiquement insisté sur l’importance de l’hygiène des mains pour ralentir et prévenir la propagation d’un virus.

Le scientifique hongrois Ignace Philippe Semmelweis, responsable de l’hôpital à l’époque, tenta de trouver la cause de ces taux d’infection anormaux. Il commença par comparer les conditions des deux cliniques. Il rejeta l’hypothèse que la clinique problématique était surpeuplée, car celle-ci accueillait autant de patientes que la première. Il rejeta également toute explication liée aux miasmes, car le climat et l’environnement des deux cliniques semblaient aussi équivalents. Selon Semmelweis, la disparité la plus importante entre les cliniques reposait sur le personnel. Il émit l’hypothèse que les médecins et stagiaires, après avoir effectué une autopsie, traînaient des « particules de cadavre » sur leurs mains, et que c’est ce qui infectait les femmes. Il proposa alors une politique révolutionnaire : « désinfecter » les instruments après chaque utilisation et forcer tout le personnel à se laver les mains à la suite de chaque autopsie ou autre opération.

En effet, les médecins de l’hôpital pratiquaient leurs opérations dans des salles insalubres avec des outils sales et rouillés — et en étaient même fiers, car ces taches sur les bistouris leur conféraient une aura d’expérience ! De plus, des médecins, se considérant comme faisant partie d’une certaine élite, rejetaient d’emblée l’idée que leurs mains puissent être des vecteurs d’infections. Or, malgré la résistance de plusieurs membres du personnel, les chiffres parlèrent d’eux-mêmes : une fois cette politique d’hygiène mise en place, le taux de mortalité post-partum de la clinique chuta de 90 % et descendit sous celui de la clinique des sages-femmes.

Ces mesures d’hygiène prirent néanmoins de nombreuses années avant de devenir pratique courante dans les milieux de la santé. Informé des travaux de Louis Pasteur sur la propagation de la vie microbienne — et de la répudiation de la théorie des miasmes —, le chirurgien anglais Joseph Lister découvrit lui aussi que l’utilisation de désinfectant sur les mains et les outils médicaux pouvait considérablement réduire les infections postopératoires. Toutefois, comme ce fut le cas avec les travaux de Semmelweis, la théorie microbienne des maladies n’était encore qu’à l’état embryonnaire et fut donc initialement rejetée par plusieurs.

La pandémie actuelle de COVID-19 aura des effets sur le monde entier qui transcenderont notre époque. Jamais n’avons-nous autant publiquement insisté sur l’importance de l’hygiène des mains pour ralentir et prévenir la propagation d’un virus. Certes, certains minimisent toujours la chose, mais étudier les récits des Snow, Semmelweis, Lister et Pasteur aujourd’hui ne peut qu’être bénéfique pour tous et toutes. En politique comme dans les sciences naturelles, ce n’est qu’en étudiant l’histoire que nous pouvons espérer ne pas répéter les erreurs du passé.

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Les commentaires sont fermés.

Oui faut étudier l’histoire…. Mais sauf erreur de ma part,
n’est il pas acquis que des maladies comme la légionellose, la fièvre Q ou la tuberculose se diffusent principalement par voies aériennes ?
Alors pourquoi pas pareillement pour le COVID ?

Un CHSLD infecté à 100 %, avec un virus dans l’air …
ICI.Radio-Canada.ca-il y a 9 heures
Québec évoque le problème de ventilation. Un virus qui contamine par l’air? Deux expertes se prononcent. un homme porte un masque …
Canada: Un CHSLD infecté à 100 %, avec un virus dans l’air …
IPH Média-il y a 3 heures
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1702760/covid-chsld-vigi-mont-royal-ministere-air-ventilation-virus
https://n3k6.wordpress.com/2020/05/14/canada-un-chsld-infecte-a-100-avec-un-virus-dans-lair-preoccupe-quebec/

Des miasmes aux virus
Merci pour cet important rappel historique…
Qui nous rappelle du coup que nous pouvons apprendre de chaque situation, aussi pénible soit-elle.

Oui, il faut apprendre de l’histoire mais ce qui est le plus inconcevable c’est que justement nos gouvernements semblent n’avoir rien appris de l’histoire récente des épidémies comme le SRAS et H1N1 puisqu’ils se sont fait prendre les culottes baissées quand cette pandémie a frappé. On avait un rapport de 2006 qui expliquait les mesures à prendre pour faire face à une pandémie mais on a RIEN fait pour suivre ces recommandations. Pourquoi? Devrait-on poursuivre les gouvernements pour négligence criminelle étant donné qu’ils avaient les outils pour faire face à la pandémie mais les ont ignorés?

Un autre qui ne lit absolument rien de crédible… Mais qui croit dur comme fer aux niaiseries… Sans doute en adoration devant le boni-menteur Horacio Arruda et ses niaiseries justificatives…

Exact. Le Code criminel prévoit le tout. Pour les individus, voir les articles 219 à 226 pour la négligence criminelle. Toute la gang Legault-Arruda-McCann et leurs factotums de service y compris. Les articles22 (1), 22.1, 22.2 a,b.c et 23 (1) permettent de poursuive pour négligence criminelle les administrateurs des institutions.
Conséquemment, l’on doit se poser de sérieuses, de fortes et sérieuses questions sur le fait que personne n’a osé porter plainte… À moins que la police refuse de prendre la plainte sous de fumeux prétextes… comme par exemple » Ce n’est pas de non troubles, ça c’est une affaire politique »… « cela ne concerne pas la police, cela concerne les corporations professionnelles »… etc.
Vitement des juges d’instructions comme en France… Eux, ils ne se comportent pas en téteux de service pour les avancement de leur carrière propre. Être juge d’instruction en France, c’est déjà le summum des carrières en « droit pénal » pour les avocats qui sortent des écoles juridiques… École, après le Barreau, bien entendu.

Monsieur Serge Pel se livre à une interprétation fantaisiste des lois. Hormis le fait que la négligence criminelle relève plutôt des articles 219 à 221 du Code criminel et non 219 à 226. Il est difficile d’établir que les actes posés par le Premier ministre, ses ministres et les fonctionnaires en charge des services sanitaires aient été sciemment perpétrés pour aggraver la situation.

Seule une commission d’enquête publique indépendante pourrait nous dire s’il y a eu des irrégularités et si ces irrégularités relèvent d’une quelconque responsabilité criminelle ou civile.

D’autre part les sections 22-1, 22-2 et 22-3 du Code criminel relèvent usuellement plus spécifiquement du droit corporatif. Les administrations publiques ne sont pas des corporations et le mandat d’un premier ministre ou d’un ministre est un mandat politique et non spécifiquement purement administratif.

Un premier ministre a bien sûr des comptes à rendre et ne peut être au-dessus des lois. Toutefois, je ne vois pas comment et de quelle façon nous pourrions établir que ces personnes auraient sciemment essayées de transgresser les lois. Dans quel but ? Pour quels avantages ou pour quels profits ? Et surtout de quelles façons ?

Mais si monsieur Pel éprouve des doutes. Rien ne lui interdit d’aller de l’avant. Après tout, il revient aussi aux citoyens de pouvoir s’impliquer directement et de faire prévaloir la règle de droit.

S’il est vrai que les mains peuvent être un facteur potentiel de transmission de « virus » ou de « miasmes » pour reprendre la formule de monsieur Fournier. Nous ne devons pas cependant ignorer que dans le cas de la propagation du SARS-CoV-2, il existe d’autres facteurs de diffusion. Notamment par la bouche. De même, il semble que le risque de la transmission aérosol ait été minimisé.

Nous ne savons pas encore tout sur ces micro-organismes que sont les virus, comme nous ne savons encore pas tout sur le rôle des protéines (nécessaires à notre développement) qui sont un déterminant de la transmission. Cette pandémie, nous montre que les sciences de la biologie devraient encore progresser ; qu’il est fondamental qu’elles soient plus amplement soutenues dans nos universités.

Une meilleure connaissance de la biologie devrait nous aider à concevoir un développement humain plus organique, plus respectueux des règles et des lois de la nature. C’est aussi vrai pour le développement des villes, l’architecture, l’organisation du travail, nos transports, etc.

Rappelons pour les amateurs d’histoire que le mot vaccin, vient du mot féminin « vaccine » (variole de la vache), la plus proche de la variole humaine. Cette maladie encore très commune dans le courant du 20ième siècle — parfois mortelle -, a fait des ravages dans certaines populations, nous pouvons penser aux populations amérindiennes qui ne connaissaient pas ce virus avant l’arrivée des européens.

Le médecin anglais Edward Jenner (1749-1823), qui fut le premier à trouver un vaccin contre la variole, s’était aperçu que les personnes qui travaillaient à la ferme et procédaient à la traite des vaches — touchant ainsi avec leurs mains les pustules se trouvant sur le pi de la vache — qu’elles étaient à toutes fins pratiques immunisées contre la variole humaine. D’où le terme de vaccine à vaccin.

— Ici d’ailleurs nous avons un exemple dans lequel une mauvaise hygiène des mains porte en elle le remède….

Il existe des points communs entre la variole et la syphilis qui est une maladie sexuellement transmissible qui n’est toujours pas éradiquée, tout comme l’HIV qui a des points communs avec les coronavirus. Ainsi pouvons-nous constater que les virus peuvent être transmis de toutes sortes de façons. S’avérer mortels pour les uns, sans affecter la survie des autres.

Dans certains cas, ce sont des virus qui dans la génétique humaine ont contribué au développement de l’espèce humaine. Car aux facteurs de transmissions s’ajoute des facteurs porteurs de transformations et de mutations.