Des sciences intensives en 6ème année?

Alors que les Québécois discutent de l’implantation d’un programme d’anglais intensif en 6ème année du primaire, j’ai une autre suggestion à faire au gouvernement Charest : un programme intensif… de sciences !

On ne cesse de nous le répéter: nous vivons dans une société du savoir, qui dépend pour assurer son avenir de la capacité de sa population à savoir aborder des problématiques complexes.

On a besoin de beaucoup plus d’employés mieux formés, de moins de décrocheurs, de citoyens plus éclairés, de générations futures qui compteront plus d’ingénieurs, de programmeurs, de scientifiques et de médecins…

Mais ça coince. Malgré tous les efforts, de moins en moins de petits Québécois sont attirés vers les sciences, comme l’expliquaient récemment les chercheurs de Montréal et Sherbrooke qui ont mis sur pied la Chaire de recherche sur l’intérêt des jeunes à l’égard des sciences et de la technologie.

Rêvons un peu et imaginons un an de sciences au primaire. Les autres matières ne seraient pas abandonnées, loin s’en faut.

On peut faire du français en sciences : apprendre l’étymologie, les suffixes et préfixes (éco, bio, méga, nano…), la différence entre le conditionnel, le passé et le futur…

On peut faire évidemment plein de maths.

On peut aussi faire beaucoup d’anglais, puisque cette langue est celle par excellence de la communication scientifique à travers le monde. Plutôt que de l’anglais pour l’anglais, visitons des expos virtuelles de l’Exploratorium, les pages de science de la BBC et écoutons Discovery Kids.

La science est aussi une formidable porte d’entrée sur l’histoire des idées et des civilisations, puisque chaque période de l’humanité a été marquée par de grandes découvertes scientifiques et innovations technologiques: imprimerie, machine à vapeur, conquête spatiale…

On peut beaucoup parler d’éthique en science, discuter de clonage, du climat, des nanotechnologies… et de l’impossibilité pour la science de démontrer que Dieu existe ou qu’il n’existe pas.

Avec les sciences, on peut découvrir beaucoup d’histoires inspirantes, expérimenter, apprendre à repérer ses erreurs et à se montrer rigoureux (essayez de faire de la chimie ou de la robotique à peu près, ça ne marche pas !)

On sait depuis longtemps que l’enseignement des sciences est problématique au primaire, principalement du fait du manque de compétences des profs.

Donnons-leur l’occasion de s’y mettre une bonne fois pour toutes avec un programme intensif en sciences!

Au secondaire aussi, la place occupée par les sciences dans le programme est bien trop limitée.

Comme le rappelait récemment mon collègue Yannick Villedieu dans une discussion sur l’analphabétisme scientifique à Bazzo.tv, les petits Québécois ont un an (le secondaire 3) pour apprendre la biologie !

Coment voulez-vous ensuite qu’ils ne tombent pas dans le panneau de ceux qui prétendent que la sudation extrême purifie l’esprit ?

Plutôt que de saupoudrer, mettons le paquet dès le primaire en sciences pour permettre à nos enfants de comprendre très tôt comment fonctionne le monde dans lequel ils vivent.

On augmentera ainsi nos chances d’en faire des esprits éclairés, un petit peu mieux outillés pour résister aux idées toutes faites, aux charlatans et démagogues. Even if they speak english.

Ça vous inspire ?

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Entièrement d’accord avec votre proposition. Pratiquement chaque jour nous amène des exemples de situations en relation avec la pauvreté de la culture scientifique ambiante.

Excellent!

En plus d’être utile, vous apportez une façon d’intégrer les autres matières dans la démarche.

Par contre, j’ai une autre proposition, qui est en soi complémentaire. C’est faire une demi-année de sciences pures (ou appliquées) et une autre demi-année de science sociales.

Car si on est analphabètes scientifiques, on l’est aussi en matière de sciences sociales (sociologie, histoire, psychologie, etc.)

Tout le monde gagnerait à devenir des citoyens plus hypothético-déductifs, comme vous le préconisez, mais on gagnerait aussi à devenir plus conscient du monde qui nous entoure, de la société et des enjeux sociaux qui nous guettent (surtout avec des projets de lois comme le C-10 et le C-30).

Être éveillé nous rend plus aptes à prendre de bonnes décisions, l’inverse nous rend aptes à être des moutons…

J’appuis cette proposition à 100%. Mais comment cela se fait-il que ceci n’est pas été implanté avant? Mettez cette initiative en marche madame.

Bonjour,
Votre proposition est des plus intéressantes mais…comme souligné, il y a pénurie de ‘bons’ enseignants dans le domaine des sciences et, ce, dû au fait qu’on ne les forme pas adéquatement. De plus, étant moi-même un scientifique, cela demande beaucoup d’effort, d’implication, de discipline et de rigueur l’apprentissage de ces disciplines autant pour les enseignants que pour les étudiants. Or, dans notre société ‘moderne’ on ne valorise plus l’effort, au contraire on favorise la rapidité et la facilité au dépend d’un processus systémique. Nous sommes dans une nouvelle culture du superficiel et du transitoire. La science a remplacé la religion chez certains, elle est une ‘religion’ pour plusieurs, et comme telle ne présente plus d’intérêts car trop complexe et hiérarchisée. J’en veux comme exemple le débat planétaire sur les changements climatiques. On s’échange des montagnes de données et de statistiques incompréhensibles pour le commun des mortels. Qui a tort et qui a raison, bien malin celui ou celle qui peut le dire!!! Il est bien certain que les questions socioéconomiques ont un rôle important à y jouer mais celles-ci sont hors du présent contexte et je m’abstiendrai d’en ouvrir la boîte de Pandore.
Il y a aussi sans doute une dimension sociopolitique à cet égard car un esprit scientifique comporte fondamentalement une dimension critique et cela est souvent dérangeant pour les autorités en place. Comme disaient certains ‘Pères’ de l’Église au Moyen-âge l’ignorance est plus sécuritaire et préférable à la connaissance. On ajoutait même que le bonheur est dans l’ignorance et le malheur dans la connaissance. Malheureusement, je constate qu’ils avaient peut-être raison quand j’analyse notre environnement social et je constate la piètre qualité de nos dirigeants!!!!

Les musiciens veulent de la musique intensive, les scientifiques de la sciences intensive, ceux qui parlent anglais au boulot de l’anglais intensif, les athlètes du sport intensif etc. Mais pourquoi ce besoin d’intensif? On peut se servir de la science pour apprendre à bien écrire en français, de la cuisine pour apprendre à compter, utiliser un cours de patins à glace pour en apprendre plus sur la physique, etc.
Cloisonner ne sert à rien… C’est notre façon d’enseigner qu’il faudrait peut-être plutôt réinventer si on veut que les enfants ne décrochent pas et puissent imaginer qu’ils pourront être heureux dans une carrière scientifique.

Félicitation pour votre commentaire!
100% d’accord
Juste pour éviter les charlatans et démagogues de ce monde!
On créerait une société beaucoup plus solide!

Très bonne idée!! Il y a déjà des détracteurs… lançons le débat et aiguisons notre esprit critique!!!

Bonne idée!

Patrice Potvin, professeur en didactique des sciences à l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche sur l’intérêt des jeunes pour la science et la technologie

Je suis entièrement d’accord de promouvoir davantage les sciences. Les sciences sont partout, il suffit de s’arrêter et d’observer autour de nous. J’ai 3 filles et un total de 7 années de participation aux Expo-sciences aux différents palliers. Elles étaient toutes 3 dans la concentration sciences d’une école publique..un programme malheureusement abandonné et remplacé par le BI( Bacc International).Or, mes filles ont toujours trouvé leurs projets en fonction de leur intérêt ou passion. J’ai vu ainsi défilé des projets sur l’environnement, la santé, les sports, les animaux, etc. Aujourd’hui, elles étudient au collégial en sciences, en arts et en médecine pour l’ainée. Je suis convaincu que, par les sciences et surtout les compétitions scientifiques, elles se sont développées davantage et trouvées leurs champs d’intérêt.

« Ça vous inspire ? »

Oui, ce serait effectivement une tres bonne idee. Je crois que la proposition a aussi le merite de remettre la science dans les discussions en education.

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