Désertification : et maintenant ?

Le Canada est devenu la semaine dernière l’un des très rares pays au monde à ne plus faire partie de la Convention internationale de lutte contre la désertification.

Pour justifier cette annonce faite en catimini, à quelques jours d’une importante conférence scientifique des membres de la Convention à Bonn, le premier ministre Stephen Harper et le ministre des affaires étrangères John Baird ont invoqué une trop grande bureaucratie qui rendrait inefficace cette entente internationale.

Admettons qu’ils aient raison, et qu’il existe des manières bien plus «rentables» de lutter contre ce fléau mondial.

Le Canada va-t-il investir l’argent libéré (300 000 dollars par an environ) dans d’autres programmes de lutte à la désertification ?

Cela semble peu probable. Pourtant, ce ne sont pas les besoins qui manquent !

Le gouvernement pourrait décider de réinvestir directement cet argent dans l’aide internationale à destination des zones les plus touchées par la désertification, en Afrique notamment.

Mais sa décision d’intégrer l’Agence canadienne du développement international au ministère des Affaires étrangères, annoncée dans le budget fédéral jeudi dernier, laisse peu d’espoir quant aux vélléités du Canada d’investir dans l’aide internationale plutôt que le développement économique à l’étranger.

Il pourrait aussi dépenser cet argent, ici, en finançant des scientifiques qui font avancer les recherches sur la désertification.

À London, par exemple, deux équipes de chercheurs affiliés à un institut de l’Université des Nations Unies, hébergé par l’université McMaster devaient participer à la conférence de Bonn.

Richard Thomas et Emmanuelle Quillerou devaient y présenter le résultat de leurs travaux sur l’évaluation économique des coûts liés à la dégradation des terres.

Ces recherches sont cruciales pour estimer l’impact économique de ce phénomène, et pas seulement en Afrique.

En chiffrant les atteintes aux écosystèmes, elles vont -peut-être – encourager des mesures préventives à même de faire baisser les coûts astronomiques qu’engendrera inévitablement la dégradation des sols.

Monsieur Harper n’a pas à regarder bien loin pour comprendre l’intérêt de ces recherches, puisque la désertification peut faire des ravages ici aussi.

Les Prairies, coupées des vents humides de l’ouest par les Montagnes Rocheuses, sont une zone très sensible à l’aridification.

Selon un rapport du gouvernement de 2006, qui (très bizarrement…) n’est plus accessible en ligne, 42% de la superficie des Prairies est exposée à ce phénomène, qui se manifeste par une multiplication des épisodes de sécheresse.

Dans cette région, qui compte pour 60% des zones cultivées à travers le Canada, les sécheresses font très très mal : ce sont en fait les catastrophes naturelles les plus coûteuses au pays!

Les bilans de la sécheresse de 2001-2002 montrent qu’elle a coûté 5,8 milliards de dollars au Canada.

En Alberta et Saskatchewan, les paiments d’assurance récolte ont triplé ces années-là, pour atteindre presque 2 milliards de dollars.

Or selon une étude publiée l’an dernier, ces épisodes de sécheresse extrême dans l’Ouest du Canada  (et des États-Unis) vont devenir la norme avant la fin du 21e siècle à cause des changements climatiques.

Même si le Canada décide de laisser le reste du monde se débrouiller avec la désertification, il va y goûter lui aussi.

Relâcher les efforts maintenant, ce serait refuser de comprendre ce qui nous guette. Ce serait se mettre la tête dans le sable en espérant que ça va passer avec une quelconque intervention divine.

Alors, Monsieur Harper, qu’allez-vous faire de ces 300 000 dollars?

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