Désinfecter les surfaces et les objets ne devrait plus être prioritaire…

… beaucoup moins que maintenir la distanciation physique, éviter les regroupements dans des lieux clos et aérer les pièces. Voici pourquoi.

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Au début de la pandémie, on a beaucoup entendu parler du rôle possible des surfaces dans la transmission du coronavirus, ce qui a engendré une frénésie de désinfection. Les poignées de porte, les accoudoirs des fauteuils… et même les boîtes de céréales au retour de l’épicerie ! Neuf mois plus tard, les connaissances sur le sujet sont rassurantes : les risques de contracter la COVID simplement en touchant à un objet semblent aujourd’hui très minces… même s’il n’est pas totalement exclu d’être contaminé de cette manière. 

Comment les chercheurs sont-ils arrivés à cette conclusion ? Voilà une belle illustration de la façon dont la science progresse, d’étude en étude. Et c’est aussi une belle preuve que le commun des mortels a intérêt à suivre les développements, car ils ont un effet parfois direct sur le quotidien. 

Sortez le désinfectant ! 

Mi-mars, une première étude publiée dans le New England Journal of Medicine avait établi le temps pendant lequel on pouvait retrouver des traces du virus actif sur différentes surfaces (les fomites dans le jargon des infectiologues) dans les conditions contrôlées d’un laboratoire. Des chercheurs américains avaient montré que la quantité de virus actif diminuait de manière exponentielle au fil du temps sur toutes les surfaces, jusqu’à passer en deçà de la limite de détection après 4 heures sur le cuivre, 24 heures sur le carton, 48 heures sur l’inox et 72 heures sur le polypropylène, une sorte de plastique.

Auprès des consommateurs, cette étude a eu l’effet d’une bombe, laissant croire à bien des personnes qu’on courait un risque important de contamination juste en touchant des objets. Les chiffres ont été très largement repris pour annoncer la durée de survie du virus dans notre environnement. Les objets sont devenus une sorte d’incarnation du virus, qu’on pouvait combattre en nettoyant frénétiquement. 

Même si les autorités de santé publique n’en ont jamais fait une recommandation, on s’est mis à désinfecter notre épicerie. Sur leurs conseils, on a accru — à juste titre — les efforts de désinfection pour les objets fréquemment touchés, comme les poignées de porte ou nos téléphones, dans les entreprises et les espaces publics. On était encore au début de la pandémie, et mieux valait être prudent tant qu’on n’en saurait pas plus.

Pour leur expérience, les chercheurs avaient placé une solution contenant le SRAS-CoV-2 dans un nébuliseur projetant les fines particules émises sur des surfaces faites de quatre matériaux, maintenues entre 21 °C et 23 °C et à 40 % d’humidité. Ils ont ensuite mis les échantillons au contact de cultures de cellules, pour voir si le virus était encore capable de les infecter. Les mêmes analyses ont été menées pour le SRAS-CoV-1, responsable de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère de 2003, pour pouvoir comparer ces deux coronavirus.

Mais entre des conditions expérimentales et la vraie vie, il y a un monde. Par exemple, le nombre de virus projetés est crucial. Un nébuliseur ne reproduit pas exactement ce qui se passe quand une personne malade tousse ou qu’elle touche un objet. Toutes les surfaces qui nous entourent ne sont pas propres et sèches, ni maintenues à température et hygrométrie constantes. À l’extérieur, il faut en outre ajouter l’effet du vent, de la pluie et des rayons UV du soleil, qui rendent la survie du virus excessivement peu probable.

Cette première étude, même si elle ne disait rien des risques réels causés par les fomites dans la vraie vie, était cependant loin d’être inutile. Au-delà des chiffres précis et de la méthodologie, elle indiquait que la stabilité du SRAS-CoV-2 en dehors du corps humain semblait très comparable à celle du SRAS-CoV-1, qui avait engendré une épidémie. À ce moment-là, il était donc raisonnable de penser que les fomites pouvaient jouer un rôle dans la pandémie, même si l’on ne savait pas quelle importance accorder à ce mode de transmission. 

On ne passe pas son temps à nettoyer

Fin mars, une autre étude menée sur le Diamond Princess, un navire de croisière sur lequel 712 passagers et membres d’équipage ont contracté le coronavirus, a rajouté une couche d’inquiétude. Dans ce cas, les chercheurs avaient trouvé que l’ARN du virus était encore détectable 17 jours après le départ de toutes les personnes contaminées, dans certains coins du navire qui n’avaient pas été désinfectés. Ils s’étaient cependant bien gardés de conclure que le virus pouvait rester infectieux aussi longtemps : l’ARN ne constitue que le matériel génétique du virus, et ne peut infecter une cellule humaine sans les protéines et autres molécules le constituant. Bien des gens ont pourtant compris que le virus pouvait rester dangereux aussi longtemps sur des surfaces.

Plusieurs chercheurs ont alors recherché l’ARN du virus sur les surfaces situées dans l’environnement immédiat de malades, dans les hôpitaux. Ils en ont trouvé en quantité, par exemple dans cette étude menée à Wuhan. Par la suite, d’autres ont voulu savoir si le virus avait gardé son potentiel infectieux sur ces surfaces très contaminées. Or, dans ces études — comme celle-ci menée en Italie, celle-là menée à Londres, ou encore celle-ci en Israël —, ils n’ont pas trouvé de virus viables sur les fomites.

En juillet, Emanuel Goldman, professeur de microbiologie à la Rutgers University, a publié un commentaire très remarqué dans The Lancet qui appelait à revoir les priorités : en dehors des hôpitaux, estime-t-il, des surfaces ou objets n’ayant pas été au contact d’une personne contaminée depuis plusieurs heures représentent un risque infime et bien des efforts de désinfection sont vains.

Signe qu’il a mis le doigt sur le bobo : aucun scientifique ne l’a contredit depuis.

Parmi les innombrables enquêtes épidémiologiques menées depuis le début de la pandémie pour déterminer comment des personnes avaient été infectées, une seule a incriminé un objet partagé : le ministère de la Santé de la Nouvelle-Zélande croit avoir trouvé un cas dans lequel l’hypothèse la plus plausible est celle d’une contagion par une poubelle, sans pour autant avoir de certitude à ce sujet. Les centaines d’autres études des chaînes de transmission ont conclu à une transmission du virus lors de contacts rapprochés avec une personne infectée, ou bien dans des environnements dans lesquels l’air circule mal et accumule des particules virales.

Désinfecter les surfaces et les objets devrait donc être beaucoup moins prioritaire que maintenir la distanciation physique, éviter les regroupements dans des lieux clos et aérer les pièces. On peut d’ailleurs se demander si l’usage généralisé des gels hydroalcooliques est encore bien justifié. Par précaution, il reste toutefois recommandé de se laver les mains régulièrement, un geste qui permet d’éviter la COVID et bien d’autres maladies !

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« Auprès des consommateurs l’étude a eu l’effet d’une bombe », « bien des gens ont pourtant compris »…
Euh… la plupart des personnes n’ont pas lu les études en question. Les fameuses « gens » ont compris que ce que les médias ont rapporté, sans les nuances ou précisions qui figurent maintenant dans cet article.
Les journalistes, ou plus généralement les médias, dans leur manière de présenter ces études et leurs résultats, dans la quantité incroyable d’articles publiés indiquant qu’il fallait quasiment tout désinfecter, tout mettre en quarantaine, sont en grande partie responsables de ce que les « gens » ont compris.

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C,est une évidence que je répète depuis des mois .Il s,agit d,un virus pulmonaire et non.pas de CDifficile.Donc ça prend les meilleurs masques pour protéger les poumons partout ,en tout temps et par tous dont les enfants ,le confinement ,et un bon appli de suivi des cas comme a Wuhan ,en Chine 76 jours seulement.

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Vous commencez par dire qu’il est tout à fait possible de contracter le virus par contact avec une surface… Donc, par prudence, il faut continuer à nettoyer les surfaces… dans les lieux publics (écoles, transports, bureaux, etc.). Et ce n’est pas fait systématiquement….

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