Devrais-je me faire vacciner si je suis enceinte ou si j’allaite ?

L’exclusion des essais cliniques, le manque de données et l’incohérence des informations ont rendu difficile la prise de décision concernant les vaccins pour les femmes enceintes ou allaitantes. Deux expertes démêlent le tout.

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Terra Manca est chercheuse postdoctorale au Centre canadien de vaccinologie (IWK Health Centre) de l’Université Dalhousie. Karina Top est professeure associée au Département de pédiatrie de l’Université Dalhousie.

Depuis le début de la pandémie, les communications des autorités de santé publique visaient à protéger les populations à haut risque, comme les personnes âgées. Or, les informations destinées aux femmes enceintes ou allaitantes sont demeurées incohérentes et peu accessibles.

Même si la plupart des femmes enceintes atteintes de la COVID-19 présentent des symptômes bénins, la grossesse augmente le risque d’hospitalisation, d’admission aux soins intensifs, d’accouchement trop précoce et d’hypertension grave.

Actuellement, les provinces et territoires offrent tous les vaccins contre la COVID aux femmes enceintes admissibles. Cependant, le manque d’uniformité de l’information entraîne une certaine confusion chez celles qui cherchent à prendre une décision éclairée.

Nos recherches sur la vaccination pendant la grossesse ont porté notamment sur les moyens d’améliorer la cohérence du message. Par exemple, les informations communiquées dans les avis de Santé Canada destinés aux femmes enceintes peuvent diverger des recommandations du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI).

Exclues des essais

Les incohérences découlent du fait que les femmes enceintes et allaitantes ont été exclues des premiers grands essais cliniques aléatoires. Pourtant, les experts en santé reproductive et en vaccination avaient déjà élaboré des directives pour les inclure dans la conception et le déploiement des vaccins de manière éthiquement acceptable. Ces directives, accessibles avant la pandémie, auraient dû orienter la mise au point des vaccins.

Les raisons d’exclure les femmes enceintes ou allaitantes sont complexes. La peur et des préoccupations juridiques quant au danger pour le fœtus ou le nourrisson en font partie. Dans le cas des vaccins contre la COVID, la « nécessité d’aller vite » transcendait tout. On est donc passé aux essais cliniques avant d’avoir rempli les conditions précliniques requises pour inclure des participantes enceintes. Ces conditions préalables comprennent des études sur les animaux pour vérifier l’effet d’un vaccin sur le développement fœtal et l’appareil reproducteur.

Cette exclusion des essais a créé des incohérences entre les recommandations internationales, les politiques nationales et celles des provinces (Alberta, Ontario et Québec) quant à l’admissibilité des femmes enceintes et leur priorisation.

Des messages incohérents

Après avoir longtemps péché par excès de prudence en invoquant le manque de données, le CCNI recommande la vaccination pour les femmes enceintes ou allaitantes depuis mai 2021. En revanche, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) et d’autres organes consultatifs spécialisés en santé maternelle conseillaient d’offrir les vaccins aux femmes enceintes dès le départ.

À mesure que l’on disposait de plus d’informations sur l’innocuité des vaccins pendant la grossesse, les autorités ont mis à jour leurs directives, qui sont désormais alignées.

Actuellement, les Instituts nationaux de santé américains (NIH) et Pfizer-BioNTech mènent des essais cliniques sur la vaccination pendant la grossesse. AstraZeneca et Johnson & Johnson ont mis les leurs sur pause en attendant les résultats d’une enquête sur les risques d’une forme rare de caillot sanguin. Quand les résultats des essais seront publiés, dans plusieurs mois, la plupart des Canadiens auront tranché depuis longtemps.

Des données probantes de qualité auraient dû être recueillies pour éclairer les directives des autorités de santé publique et les femmes concernées sur la vaccination pendant la grossesse et l’allaitement.

La décision a été difficile particulièrement pour les travailleuses de la santé et d’autres secteurs essentiels qui étaient enceintes ou allaitantes. Dans les premières semaines du lancement d’un vaccin, elles devaient mettre dans la balance les incertitudes quant à son innocuité et les dangers connus de la COVID. Le fait d’avoir été exclues des essais cliniques les obligeait à choisir sur la base de données incomplètes.

Des informations de qualité désormais accessibles

Selon les données dont nous disposons aujourd’hui, les vaccins contre la COVID sont sûrs pour les femmes enceintes ou allaitantes et leurs nourrissons. Plus de 130 000 Américaines se sont inscrites à un registre des grossesses par l’application V-safe (la plupart ont reçu les vaccins de Pfizer-BioNTech et de Moderna). Les premiers résultats basés sur ce registre n’indiquent aucun problème de sûreté.

Des études récentes permettent de croire aussi qu’après la vaccination, les anticorps de la COVID peuvent traverser le placenta et passer dans le lait maternel, ce qui protégerait le nourrisson.

La SOGC, dans sa foire aux questions sur les vaccins contre la COVID, propose une déclaration détaillée sur la vaccination pendant la grossesse, ainsi que d’autres ressources.

À l’échelle des provinces et des villes, divers programmes de santé publique ou maternelle ont également élaboré des critères pour aider les femmes enceintes ou allaitantes à prendre une décision éclairée.

Suivi à long terme

Il est nécessaire d’assurer un suivi à long terme des personnes vaccinées en début de grossesse et de leurs nourrissons. Les autorités de santé publique et les chercheurs au Canada continuent leur surveillance. Les femmes enceintes et celles qui allaitent peuvent participer à ces programmes en s’inscrivant au Registre du vaccin COVID-19 pour les personnes enceintes ou qui allaitent et à l’enquête du réseau national canadien de sécurité vaccinale (CANVAS).

Un accès plus rapide aux données vaccinales pendant la grossesse ou l’allaitement est nécessaire pour élaborer des directives de santé publique équitables. D’autant que les femmes concernées sont nombreuses parmi les travailleurs de première ligne particulièrement exposés à la COVID et à d’autres virus.

Dans le monde, les femmes représentent environ 70 % des travailleurs de la santé et des services sociaux, et beaucoup sont en âge de procréer. Au Canada, les minorités visibles, les immigrants et les femmes sont surreprésentés parmi les aides-soignants, les préposés aux bénéficiaires et ceux qui assurent d’autres services, lesquels peuvent profiter d’une priorité de vaccination.

À l’heure des bilans de la réponse pandémique, il importe d’examiner les conséquences d’avoir exclu les femmes enceintes et allaitantes des essais cliniques et de réfléchir à la façon de mieux agir la prochaine fois.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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