Doit-on craindre l’arrivée du virus Ebola ?

Le virus mortel Ebola frappe actuellement en Afrique de l’Ouest, une région qui avait été jusqu’ici épargnée. Doit-on s’inquiéter d’une propagation accrue de ce virus ? Les explications du Dr Alain Vadeboncœur.

Photo : AFP / Getty Images
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Le virus mortel Ebola frappe actuellement en Afrique de l’Ouest, une région qui avait été jusqu’ici épargnée.

Sante_et_scienceEn avez-vous peur ? Vous devriez… si vous vous trouvez en Guinée, au Libéria et peut-être au Mali. Mais il est fort peu probable que le virus arrive jusque chez nous. Voici pourquoi.

Ce virus (on devrait plutôt parler d’un groupe de virus, puisqu’il comporte au moins cinq représentants) est un nouveau venu dans l’histoire des maladies infectieuses.

La première infection remonte à 1976, aux abords de la rivière Ebola — d’où son nom — en République démocratique du Congo. Le virus avait alors touché, dans deux éclosions, plus de 600 patients, causant plus de 400 décès. Il s’agissait dès lors d’un des virus les plus virulents connus à ce jour.

Depuis cette date, des épidémies localisées surviennent périodiquement en Afrique, surtout dans les pays d’Afrique centrale. Elles sont toujours de faible envergure, avec quelques dizaines ou centaines de cas au maximum, mais une mortalité entre 50 et 90 % des infections documentées.

En Amérique, par contre, on touche du bois, le virus n’ayant jamais touché les humains. Mais des épidémies sont survenues chez les primates en 1989 et en 1996, sans contamination humaine.

Des épidémies à portée limitée

Vous vous demandez pourquoi un virus si dangereux n’affecte pas plus de gens ? En comparaison, par exemple, avec le virus de la grippe annuelle, qui tue des centaines de milliers de personnes à travers le monde chaque année ?

Un des éléments de réponse est que les éclosions surviennent en majorité dans des régions isolées — surtout des villages —, à proximité des rivières. Par ailleurs, la Santé publique des pays intervient de concert avec des organisations comme Médecins sans frontières pour en limiter la propagation.

Mais surtout, il s’agit d’un virus si violent que les gens tombent rapidement très malades. La maladie dure ensuite une dizaine de jours, emportant rapidement les patients, de sorte que paradoxalement, les gens n’ont pas le temps de se déplacer suffisamment pour répandre l’infection.

À quoi ressemble l’infection ? Le temps d’incubation est de quelques jours à trois semaines, une période durant laquelle le patient est peu contagieux. L’infection qui se manifeste ensuite ressemble d’abord à une vilaine grippe, avec température, douleurs musculaires, maux de tête, fièvre, faiblesse et maux de gorge. Jusque-là, on pense à une grippe standard. Rapidement, le virus cause des problèmes circulatoires et de coagulation affectant les organes vitaux.

Ainsi, les reins, le foie et d’autres organes vitaux seront touchés, ce qui entraîne une aggravation rapide de l’état du patient. Surviendront également diarrhées et vomissements, de même que des éruptions cutanées. Durant cette phase, les complications hémorragiques peuvent survenir (autant internes qu’externes), et le décès survient par choc dans la majorité des cas.

Comme le virus de la grippe, le virus Ebola se transmet essentiellement par contact direct avec des sécrétions : par exemple, le sang, le sperme et la salive, ou alors, par aérosol, lorsque le patient tousse.

Une stricte isolation

Dès qu’on suspecte le diagnostic, les patients sont mis en isolation stricte, et les travailleurs de la santé doivent utiliser des méthodes barrières extrêmement efficaces — habituellement un uniforme étanche, de même qu’un masque respiratoire. On pratique également la décontamination des lieux régulièrement. Un certain nombre de travailleurs de la santé sont d’ailleurs décédés pour cause de mesures insuffisantes.

Les patients demeurent bien souvent sans traitement spécifique, puisque jusqu’à maintenant, aucun ne s’est montré efficace pour prévenir le décès. S’ils survivent, ils auront souvent des séquelles, causées par l’atteinte des organes vitaux. Et malheureusement, aucun vaccin efficace n’est encore disponible, bien que la recherche soit active à ce sujet.

Est-ce qu’on pourrait être à risque de propagation, chez nous ? C’est fort improbable, puisque les mesures seraient immédiatement prises devant un cas suspect.

Si un tel cas survenait, comme on l’a cru il y a quelques semaines dans l’Ouest canadien chez une personne revenant par avion du Libéria, les personnes seraient donc rapidement isolées en attendant qu’on établisse le diagnostic. Dans ce cas précis, rassurez-vous : il ne s’agissait pas du virus Ebola. Il est donc fort improbable qu’on retrouve ce virus dans nos contrées.

Le vecteur probable : la chauve-souris

Les vecteurs animaux du virus commencent à être mieux connus. On pensait d’abord que les primates pouvaient être les coupables, mais on a réalisé qu’ils étaient habituellement affectés comme nous. Par contre, les chauves-souris sont porteuses du virus sans pour autant développer la maladie, ce qui en fait de probables vecteurs.

On pense en particulier à l’espèce de la roussette d’Égypte, une grande chauve-souris qui peut entrer en contact avec les humains et qui peut même constituer un mets apprécié dans certaines régions du monde.

Bioterrorisme et guerre bactériologique

Des tentatives de bioterrorisme ont été soupçonnées. En 1992, la secte japonaise Aum-Shinrikiyo aurait voulu se procurer le virus lors d’une épidémie, pour finalement renoncer à son projet.

La recherche sur le virus est par ailleurs soumise dans tous les pays à des normes très strictes, et de niveau de protection très élevé. Il semble que certains pays aient envisagé l’utilisation du virus Ebola pour la guerre bactériologique, mais devant le risque potentiel, ces projets n’auraient pas abouti.

Le virus a des conséquences si atroces qu’il a aussi été utilisé comme modèle dans plusieurs productions cinématographiques ou télévisées, comme dans un épisode de 24 heures chrono, dans The Walking Dead, ou encore dans des films comme Ebola Syndrome et 28 jours plus tard.

Il demeure que durant l’épidémie actuelle, le virus semble avoir traversé des frontières nouvelles et se retrouve dans une région de l’Afrique qui n’avait jamais été affectée. Son expansion est donc suivie de très près par l’Organisation mondiale de la santé.

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À propos d’Alain Vadeboncœur

Le docteur Alain Vadeboncoeur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, il enseigne l’administration de la santé et participe régulièrement à des recherches sur le système de santé. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter : @Vadeboncoeur_Al.

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