D’Ottawa à Québec, antiscience ou incompétence au pouvoir ?

Fermeture puis sauvetage in extremis de l’Observatoire du Mont-Mégantic, abolition puis relance des subventions aux Débrouillards… Les gouvernements Harper et Couillard seraient-ils gravement incompétents pour gérer la science ? demande Valérie Borde.

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L’Observatoire du Mont-Mégantic / Photo: Mario Beauregard/La Presse Canadienne

Fermeture puis sauvetage in extremis de l’Observatoire du Mont-Mégantic, abolition puis relance des subventions aux Débrouillards et aux autres acteurs de la culture scientifique, autorisation puis interdiction des forages de TransCanada à Cacouna… Les gouvernements de messieurs Harper et Couillard seraient-ils gravement incompétents pour gérer la science ?
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Toutes ces volte-face ont déjà coûté cher aux contribuables, et ce n’est pas fini !

On sait depuis longtemps que le gouvernement conservateur à Ottawa ne comprend pas, et ne veut pas comprendre, à quoi sert la recherche scientifique.

L’Observatoire du Mont-Mégantic en arrache depuis qu’en 2009, Ottawa a changé les règles d’attribution des subventions accordées par le Conseil de recherches en sciences naturelles et génie du Canada (CRSNG).

D’autres, comme le Laboratoire de micro et nanofabrication, à Varennes, avaient aussi été amputés de leurs subventions de fonctionnement après avoir reçu, dans les années précédentes, des dizaines de millions de dollars de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) pour bâtir leurs infrastructures.

C’est un peu comme si on vous achetait une BMW, mais pas l’essence pour la faire rouler ! Belle gestion de l’argent public.

Mercredi, après le tollé suscité par l’annonce de la fermeture de l’observatoire au 1er avril, le député de Mégantic et ministre du Développement international, Christian Paradis, a annoncé, sur son compte Twitter, que son gouvernement va allouer à l’Observatoire les 500 000 dollars nécessaires pour éponger son déficit — et ce, pour les deux prochaines années.

Même si c’est sans doute une bonne nouvelle, on ne peut que s’inquiéter du pouvoir qu’ont les politiciens de renverser, d’un gazouillis, les décisions des fonctionnaires.

Une gestion responsable de la part de Christian Paradis et de ses collègues à Ottawa aurait consisté à permettre au CRSNG et à la FCI d’avoir les moyens de faire leur travail correctement dès le début, dans le but de dépenser notre argent de manière à réellement servir la science plutôt qu’à satisfaire une idéologie ou des visées électoralistes.

Christian Paradis doit se frotter les mains de cette belle occasion de montrer aux Québécois son appui à la science, à quelques mois des élections !

Mais je crains fort que cela ne soit que de la poudre aux yeux. Si les 500 000 dollars qui vont donner un petit sursis à l’Observatoire sont pigés dans un budget destiné à soutenir un autre centre de recherche, on n’aura rien gagné.

Pendant ce temps, on continue de constater les dégâts occasionnés par l’abandon de la version longue du recensement de Statistique Canada, dénoncée depuis le début par la communauté scientifique, mais le gouvernement Harper continue de défendre sans sourciller.

Et à Québec ?

L’Observatoire du Mont-Mégantic appartient à l’Université Laval et à l’Université de Montréal, qui auraient peut-être pu prendre les devants et défendre cette infrastructure si elle n’avaient pas été très occupées à gérer les coupures du gouvernement provincial.

À Québec aussi, la science est mise à mal en ce moment, et ce n’est pas qu’une question de saine gestion des finances publiques.

Il a fallu qu’Ottawa classe le béluga comme espèce en péril pour que TransCanada finisse par renoncer à bâtir un terminal pétrolier à Cacouna.

Faisant fi des mises en garde des spécialistes, le ministre québécois de l’Environnement, David Heurtel, l’avait pourtant d’abord autorisée à réaliser des forages exploratoires. Il avait fallu un jugement en Cour supérieure, prouvant que tous les avis scientifiques n’avaient pas été demandés, pour qu’il finisse par suspendre cette autorisation.

Encore un beau gaspillage de fonds publics !

Tout comme Christian Paradis vient de le faire indirectement, David Heurtel avait alors rejeté la faute sur des fonctionnaires qui auraient mal fait leur travail.

Sauf que s’il avait vraiment cru que leur avis comptait, il leur aurait donné les moyens de travailler correctement !

La semaine dernière, Québec a confirmé la suppression d’une centaine de postes, dont une vingtaine de biologistes, au ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs, au nom de l’austérité budgétaire.

On coupe partout, direz-vous. Sauf que dans la même semaine, le premier ministre, Philippe Couillard, redisait en Abitibi qu’il ne sacrifierait pas une job pour des caribous, comme il l’avait annoncé en campagne électorale — ce que les scientifiques estiment pourtant irresponsable.

Ça commence à faire beaucoup.

Depuis novembre, plus de 6 000 personnes ont signé la lettre ouverte de l’Association francophone pour le savoir (Acfas). L’organisme s’inquiète de la perception qui se dégage des décisions prises par le gouvernement Couillard depuis son élection, lequel semble voir la recherche scientifique comme une dépense plutôt que comme un investissement pour la société.

La politique nationale de la recherche et de l’innovation est toujours sur la glace.

«On fait de la recherche pour faire de la recherche qui n’aboutit pas», disait le ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations (dont dépend la science), Jacques Daoust, en octobre dernier, quelques semaines avant de «réaliser» — aidé, encore, par un tollé de protestations — que couper leurs subventions aux organismes de culture scientifique n’avait pas de bon sens.

C’est la faute des fonctionnaires qui ont mal jugé l’importance vitale de ce secteur d’activité, a laissé entendre le ministre.

Ils ont le dos large !

Si nos politiciens avaient justement un peu plus de culture scientifique, ils comprendraient peut-être que quand on compte les caribous, qu’on ausculte les bélugas ou qu’on regarde les étoiles, on fait de la recherche qui aboutit, même si ça ne se traduit pas toujours par des retombées économiques mesurables à l’échelle d’un mandat électoral.

Ils sauraient aussi qu’on aurait beau trépigner ou se mettre la tête dans le sable, on ne peut pas commander les conclusions de la recherche !

Désolée, Monsieur Péladeau, mais votre idée d’un institut de recherche scientifique sur l’indépendance du Québec m’a fait hurler de rire. On va demander à des scientifiques de prouver que le Québec s’en sortirait mieux s’il était indépendant ? N’importe quoi ! Et s’ils en arrivent aux conclusions contraires, vous allez les laisser le dire ?

La science, ce n’est pas de la partisanerie. Ça se publie dans des revues savantes, ça accepte la critique et ça donne une idée de la réalité pas mal plus fiable que n’importe quelle idéologie. Est-ce vraiment ce que veut Pierre Karl Péladeau ?

Ce soir, le ciel sera toujours aussi noir au-dessus du mont Mégantic, grâce aux efforts que la région a mis dans la lutte contre la pollution lumineuse. Mais je vous dis qu’à Québec et à Ottawa, on ne voit pas bien clair non plus en ce moment…

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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Et avec l’argent du déménagement de l’ONF dans un petit local doré du centre-ville, ils auraient pu se payer 12 ans d’observatoire!

Pour les Conservateurs, il semblerait que se serait PLUS GRAVE que cela…. Selon certains analystes canadiens qui ont suivi le parcours de M. Harper, depuis sa conversion auprès de Preston Manning, ce serait, en bonne partie, pour des convictions religieuses ÉVANGÉLISTES que ce gouvernement soit devenu très réfractaire à certaines sciences… D’ailleurs, son ministre de la Science considère que de CROIRE au Créationnisme ou bien à l’Évolution des espèces relève d’un choix personnel et il ne veut pas se prononcer sur son propre choix !!!!! )

Malgré son désir de ne pas » décevoir » la forte base religieuse de son parti, M. Harper prendrait bien soin de ne pas reproduire les erreurs de son prédésseur, Stockwell Day, en affichant trop ouvertement son radicalisme religieux. On se souviendra que celui-ci affirmait que la Terre datait de 6000 ans seulement, que les hommes avaient cotoyés les dinosaures et que Adam et Ève avaient bien existés, ce qui lui avait attiré les moqueries des journalistes et provoqué sa défaite électorale.

Pour les Évangilistes, il ne serait pas nécessaire de se préoccuper de la pollution ou des changements climatiques puisque leur dieu de la bible viendra créer une nouvelle Terre pour ceux et celles qui le respecteront… Et cela, dès que tous les juifs auront pu retourner en Israël.

Plusieurs semblent penser que cette idéologie religieuse a grandement influée sur les politiques de ce parti au pouvoir ces dernières années. Je ne sais pas pour Vous, mais pour moi, cela m’inquète au plus au point….

Ref: http://ici.radio-canada.ca/emissions/enquete/2010-2011/Reportage.asp?idDoc=133851

«On va demander à des scientifiques de prouver que le Québec s’en sortirait mieux s’il était indépendant»

Ce n’est pas ce que j’ai moi compris. Il s’agira plutôt de tenter de démontrer de façon rigoureuse ( scientifique) que l’indépendance du Québec a de bonnes chances d’être très profitable pour le Québec et les Québécois. Il y a un choix préalable qui n’ a rien de scientifique lui.

La rigueur ne doit pas remplacer la pensée. Je ne partage pas votre conception de la science madame Borde.

Merci, excellente analyse qui confirme , à mon avis, qu’on gère à petit feu et que lOn ne s’inquiète que de la colonne des sorties et de la colonne des entrées, la gouvernance dans une perspective de projet social n’existe pas

Au fédéral, le gouvernement est dirigé par des réformistes, donc on voit le lien entre leur approche pro-religieuse de la science comme à l’époque de ce pauvre Galilé.
Ce qui me dépasse, c’est qu’à la tête de notre gouvernement provincial, il y a aux trois postes les plus importants, trois médecins.
Si la médecine est en partie un art, elle est surtout une science.
Pourquoi ces médecins devenus politiciens ne comprennent plus l’importance de la recheche scientifique me laisse interdit.

Pierre,

il ne faut surtout pas oublier que ce sont surtout 3 anciens BANQUIERS qui sont à la gouverne idéologique du Parti Néo-Libéral…

Si vous voulez savoir quels pays ou quelles régions du monde seront les leaders économiques de demain, surveillez les endroits où on investi en recherche fondamentale. Je me suis laissé dire que la Corée du sud investissait 6 milliards de dollars dans la construction d’un tel centre de recherche. Plusieurs scientifiques de haut niveau songent à aller y travailler et on ne peux pas les décourager de le faire. Ici, on essaie de réinventer les boutons à quatre trous, pour faire de l’argent rapidement avec ça. On appelle ça de la vision à courte vue ou disons plus simplement une vision électoraliste pour dans 2 ans car ce qu’il y a de plus important pour nos bons gouvernements c’est de diminuer les impôts pour gagner leurs réélections. Bienvenu dans le futur tiers-monde.
Marc Vachon Ph.D.

Les politiciens ont leur propre « vérité » et si c’est vrai que ce sont généralement les fonctionnaires qui prennent les décisions sur les subventions gouvernementales, ils oublient de compléter en reconnaissant que les fonctionnaires suivent les directives qu’ils reçoivent du gouvernement en place, donc des politiciens. Ce n’est pas un secret que le gouvernement Harper est en guerre contre la science ayant mis à pied plus de 1 000 scientifiques et ayant mis fin à des douzaines de programme scientifiques y compris celui des lacs du nord de l’Ontario, un pionnier en matière de gestion de l’eau douce.

L’argent a été détourné pour fêter la guerre de 1812 ou encore pour bâtir des prisons, des priorités pour les idéologues conservateurs. Mais le ministre Paradis a senti son arrière-train chauffer suite aux protestations et il a trouvé des fonds pour sauver l’observatoire car le coût politique commençait à le préoccuper mais ne nous méprenons pas, dès les élections passées et gagnées par les conservateurs, ils vont fermer l’observatoire et revenir à leur idéologie pour un autre 4 ans.

Pour ce gouvernement les fonds publics, notre argent, ne servent pas le bien commun mais bien l’avancement de leur idéologie, de leurs amis industriels et de leurs intérêts politiques (ils ont certes dépensé bien plus que 500 000$ sur la publicité sur leur soit-disant plan d’action économique et sur la mari…).

Si on laisse aller les choses ainsi,il n’y aura plus de culture,plus d’éthique concernant la science et l’environnement,plus de planète.On peut changer les choses maintenant,Il faudra donner plus de place aux environnementalistes ,j’ai l’impression qu’on fait un bon en arrière en tant que société,il n’y a plus de conscience,il n’y a que le profit.

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