D’où vient la conscience humaine?

Pour le découvrir, il faut s’intéresser à la mécanique physique du cerveau plutôt qu’au « fantôme » de la conscience, disent deux spécialistes.

Jasper James/Getty images

Peter Halligan est professeur de neuropsychologie à la Cardiff University et David A Oakley, professeur émérite de psychologie à UCL.

En tant qu’individus, on a l’impression de savoir ce qu’est la conscience parce qu’on en fait l’expérience au quotidien. C’est ce sentiment intime d’une sensibilité personnelle que l’on porte en soi, ainsi que la sensation que nos pensées, nos émotions et nos souvenirs nous appartiennent et qu’on les contrôle.

La science n’est toutefois pas encore parvenue à un consensus sur la nature de la conscience, ce qui a d’importantes répercussions sur notre foi dans le libre arbitre et notre approche de l’étude de l’esprit humain.

Les croyances au sujet de la conscience se classent en deux camps. Il y a ceux qui pensent qu’il s’agit d’une sorte de fantôme dans la mécanique de notre cerveau qui mérite une attention particulière et une branche d’études. D’autres, comme nous, réfutent cette idée et considèrent que ce que l’on appelle conscience n’est qu’un signal parmi d’autres généré en arrière-plan par notre mécanique neuronale.

Au cours des 30 dernières années, la recherche neuroscientifique s’est progressivement éloignée du premier camp. S’appuyant sur des recherches en neuropsychologie cognitive et en hypnose, notre récent article plaide en faveur de la seconde posture, même si cela semble aller à l’encontre du puissant sentiment qu’on a d’être l’auteur de sa conscience.

Nous soutenons qu’il ne s’agit pas d’un sujet qui n’intéresse que les chercheurs. En laissant tomber l’image du fantôme de la conscience et en axant les efforts scientifiques sur les mécanismes de notre cerveau, on pourrait franchir une étape essentielle pour mieux comprendre l’esprit humain.

La conscience est-elle spéciale ?

Notre expérience de la conscience nous donne l’impression d’être aux commandes de notre monde psychologique. Mais d’un point de vue objectif, il n’est pas du tout évident que la conscience fonctionne ainsi, et la nature fondamentale de celle-ci fait encore l’objet de nombreux débats.

Cela s’explique notamment par le fait que nombre d’entre nous, dont des scientifiques, ont adopté une position dualiste sur la nature de la conscience. Le dualisme est une perspective philosophique qui établit une distinction entre l’esprit et le corps. Même si la conscience est générée par le cerveau — une partie du corps —, le dualisme prétend que l’esprit est distinct de nos caractéristiques physiques et que la conscience ne peut être comprise par la seule étude du cerveau physique.

Il est facile de comprendre pourquoi on a cette impression. Alors que tous les autres processus du corps humain fonctionnent sans aucune intervention de notre part, l’expérience de la conscience a quelque chose d’unique et de transcendantal. Il n’est pas surprenant que l’on traite la conscience comme quelque chose de spécial et de distinct des systèmes automatiques qui permettent la respiration ou la digestion.

Cependant, un nombre croissant de preuves issues du domaine des neurosciences cognitives — qui étudient les processus biologiques à la base de la cognition — remettent en question cette vision. Ainsi, des études ont attiré l’attention sur le fait que de nombreuses fonctions psychologiques sont générées et exécutées tout à fait indépendamment de notre conscience subjective, par une série de systèmes cérébraux non conscients, rapides et efficaces.

On peut prendre comme exemple le fait que l’on retrouve sa conscience sans effort chaque matin après l’avoir perdue en s’endormant, ou que l’on reconnaisse et comprenne instantanément, sans effort délibéré, les formes, les couleurs, les motifs et les visages que l’on croise.

On peut aussi considérer le fait que l’on n’a pas conscience de la façon dont nos perceptions, nos pensées et nos phrases sont produites, dont on retrouve des souvenirs ou dont on contrôle nos muscles pour marcher ou notre langue pour parler. En d’autres termes, on ne génère ni ne contrôle nos pensées, nos sentiments ou nos actions — on semble simplement les percevoir.

Développer sa conscience

La façon dont on ne fait que percevoir les pensées, les sentiments et le monde qui nous entoure laisse penser que notre conscience est générée et contrôlée en arrière-plan par des systèmes cérébraux qu’on ne remarque pas.

Notre récent article soutient que la conscience n’implique aucun processus psychologique indépendant distinct du cerveau lui-même, tout comme il n’y a pas de fonction supplémentaire à la digestion qui existe séparément du fonctionnement physique de l’intestin.

S’il est clair que l’expérience et le contenu de la conscience sont réels, nous affirmons que, d’un point de vue scientifique, ils sont épiphénoménaux : des phénomènes secondaires basés sur les mécanismes du cerveau physique. En d’autres termes, notre expérience subjective de la conscience est réelle, mais les fonctions de contrôle et de propriété que nous attribuons à cette expérience ne le sont pas.

L’étude future du cerveau

Notre position n’est ni évidente ni intuitive. Mais nous soutenons qu’en continuant à considérer que la conscience est aux commandes, qu’elle se situe au-dessus et au-delà du fonctionnement physique du cerveau, et à lui attribuer des fonctions cognitives, on risque de semer la confusion et de retarder le développement de la compréhension de la psychologie et du comportement humains.

Pour mieux accorder la psychologie avec le reste des sciences naturelles, et pour être cohérents avec la façon dont on comprend et étudie des processus comme la digestion et la respiration, nous proposons un changement de perspective. Nous devrions rediriger nos efforts vers l’étude du cerveau non conscient plutôt que des fonctions précédemment attribuées à la conscience.

Cela n’exclut évidemment pas une recherche psychologique sur la nature, les origines et la distribution de la croyance en la conscience. Mais cela signifie qu’il faut recentrer les efforts scientifiques sur ce qui se passe sous notre conscience — là où, selon nous, se déroulent les véritables processus neuropsychologiques.

Notre proposition n’est pas satisfaisante sur le plan personnel et émotionnel, mais nous pensons qu’elle offre un cadre futur pour l’étude de l’esprit humain — un cadre qui s’intéresse à la mécanique physique du cerveau plutôt qu’au fantôme de la conscience.

Peter Halligan, Hon Professor of Neuropsychology, Cardiff University and David A Oakley, Emeritus Professor of Psychology, UCL

La version originale de cet article a été publiée sur le site La Conversation.

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Cet article reflète un point de vue réductionniste que bon nombre de chercheurs ne partagent pas en particulier dans le domaine des neurosciences contemplatives et de la physique quantique.
Gérard Mercier

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Je suis une profane mais je ne comprends pas la base scientifique de cette analyse. On dirait qu’elle est motivée par des impératifs de recherche. Je préfère continuer à croire à l’approche dualiste pour le moment.

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Tout l’article repose sur une conception biaisée de la conscience, comme en témoigne la phrase « Notre expérience subjective de la conscience est réelle ». La conscience n’est pas le contenu d’une expérience, elle EST l’expérience subjective même.
De nombreux points confondent ego et conscience (« puissant sentiment qu’on a d’être l’auteur de sa conscience »), distinction pourtant déjà effectuée par Sartre il y a plusieurs dizaines d’années (La transcendance de l’ego).
Ces auteurs font l’erreur de dénigrer l’étude de la conscience, sujet qui revient pourtant sur le devant de la scène depuis quelques années, notamment grâce à la prise de conscience que la dimension subjective de notre esprit existe et fait partie du monde, au même titre que des faits objectifs. N’en déplaise aux scientistes qui réduise l’étude du monde à une méthode limitée par son principe d’objectivité ontologique.

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Mon opinion est que si l’on devait affirmer, comme le fait l’article, que la conscience est indépendante, cela signifierait ignorer totalement la théorie de la relativité d’Einstein.
Ou bien la conscience de chacun est une propriété inextricablement liée à la structure de ce que nous sommes tous. Chaque individu perçoit la réalité qui lui est propre.
Mon « jaune » peut être différent de celui d’un autre ! C’est ma perception, ma réalité, et un autre peut bien sûr avoir une perception totalement différente. Rien de mal si les réalités coïncident largement.
N’oublions pas que nous avons tous la même composition chimique de base ! Composé d’atomes, de molécules… En fait, des énergies !
Mais les cellules sont disposées différemment d’une personne à l’autre.
Pourquoi l’un est-il gros et l’autre mince, par exemple ? Ce sont des substances biochimiques qui agissent et dictent les réactions de chaque organisme (composé d’organes et de glandes) ayant un patrimoine génétique dominant et actif (et récessif latent) aux stimuli externes. Et le mode de perception est spécifique à chacun, ce qui signifie que les consciences sont différentes d’un humain à l’autre , (d’une forme a l’autre d’une STRUCTURE à L’AUTRE )!
( Etc).

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Je pense que la science commence à intégrer la conscience dans son évolution. Nous commençons à comprendre enfin que la conscience n’est pas produite par le cerveau, mais que ce dernier n’est qu’un émetteur_recepteur de la conscience…

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A la lecture de cet article , je ne m’y retrouve pas du tout .D’autres approches , par d’autres auteurs me conviennent mieux . Peut–etre faut-il se poser la question : » Qui suis-je » ?
Suis je le corps ? , suis je mes pensées ? suis je mes émotions ? .

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Vous vous y prenez à l’avance par la déshumanisation de l’être humain, pour vous éviter tout remord avec vos recherches cybermétiques.
L’être humain va bientôt devenir un tas de ferraille grâce à vous ! On vous dit pas Merci

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La conscience n’est-elle pas, pour simplifier au maximum, un ensemble incalculable de stimuli, et la richesse de notre expérience de vie…
Ce qui comprendrait à la fois les acquis et l’inné. Par un processus complexe neurochimique, servant la fonction cognitive de notre cerveau, tout en, si l’on peut dire ainsi ce dernier de s’adapter . Il est évident que cette réflexion nous emmène à la plasticité neuronal, du moins sur un plan théorique. Car même notre conscience si pour une partie, est un fantôme, et l’autre un mécanisme bien réel, maïs incompris en grande partie, il est un fait que notre conscience, selon moi, se trouve être un peu comme un miroir partiel du fonctionnement de notre cerveau. Lorsque nous parlons de prendre conscience de telle ou telle chose, ne s’agirait-il pas d’une analyse suite à une réaction cognitive lié à un ou plusieurs stimulis environnementaux ?

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Sujet intéressant mais conclusion hâtive, pas étayée et surtout contraire aux réflexions spirituelles les plus inspirantes ainsi qu’aux conclusion de la physique quantique.
Selon moi il y a une erreur de logique grave : ce n’est pas parce que le dualisme est mis en défaut que toutes ses conclusions sont fausses. La conscience peut être liée au corps sans lui être sous-jacente.
Et il est évident aujourd’hui que des pratiquants parviennent à une maîtrise cognitive et émotionnelle.
C’est un sujet beaucoup plus profond que les tentatives d’analyse de cet article, qui sélectionne quelques arguments de façon très subjective…

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La théorie de l homme machine ou l homme , »sac de molécules » nous conduit vers un monde de plus en plus déshumanisé.
Nous en vivons aujourd’hui les déplorables conséquences !
Revenez les scientifiques purs a plus d humilité et acceptez de dire que vous ignorez ce qu est réellement un » Etre pourvu de Conscience ».
A t on déjà extrait lors d une intervention chirurgicale du cerveau des pensées ?
Le cerveau est un outil, et la loi de cause à effet ne démontre pas que c est du cerveau que naissent les pensées,les émotions et la conscience.
L être humain qui pense ,qui aime produit en conséquence des effets neuronaux et non l inverse!
Reprenez cette analogie bien connue de :la diligence,du cocher et des chevaux. Qui dirige ?
C est un raisonnement logique .

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Cet article propose effectivement une approche déshumanisée de la conscience qui ne serait qu’une » sécrétion » du cerveau, réduisant l’être humain à l’état d’un robot biochimique. Les états modifiés de conscience lors d’expériences spirituelles (notamment les régressions dans les vies antérieures), les témoignages d’expériences de mort imminentes et les approches de la physique quantique laissent entendre que le cerveau interprète des sources d’information extérieures à lui. Il y a comme des mémoires intelligentes qui existent en dehors du cerveau ?!

Bonjour,
Je termine une recherche sur la conscience basée en partie sur les avancées enn neuroscience et d’autre part sur les expériences de mort imminent et de conscience modifiée, les conclusions n’ont rien à voir avec votre article. Une piste:, intéressez vous au rôle du thalamus.

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L’homme est pathétiquement inutile, et miraculeusement intéressant.La conscience est le substrat du mental dirigé par des mécanismes bio chimique nous dictant nos choix. Il n’ y a aucun libre arbitre,même notre soi disant déterminisme est conditionné par des causes et effets intérieur à nos actes du présent,……

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Cette hypothèse n’a rien de nouveau, on peut la faire remonter jusqu’à Hobbes au XVIIe siècle. Cela dit, privilégier le matérialisme pour surmonter le dualisme mène à une impasse, un « explanatory gap » en anglais, car on ne comprend pas comment des processus objectifs pourraient générer la subjectivité associée à la conscience. Cette impasse mène aujourd’hui au développement de positions comme le panpsychisme, selon lequel tout système physique aurait aussi des propriétés mentales.
Bref, le programme de recherche proposé dans cet article existe déjà et depuis longtemps, mais connaît des résultats mitigés. De nombreux experts soutiennent aujourd’hui que c’est en s’éloignant de cette vision purement matérialiste de la conscience que nous pourrons faire progresser nos connaissances à son sujet.

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La neuroscience a déjà établi bcp de choses surprenantes sur le libre arbitre et nos décisions : On dirait qù’on a pas de volonté. Bref je propose d’impliquer les spéciqlistes de la physique quantique pour aider aux interpretqtions des experiences de neuroscience. Rappelons que ce sont des chercheurs physiciens qui ont établi les raisons de stabilité de l’hélice « ADN ». Ce fut à cause de l’intrication quantique… Enfin d’après mon expérience personnelle, ma conscience et mon cerveau sont à moi mais « pilotés par le hasard quantique » qui s’infiltre ou s’intercale et me représente sans me consulter !!! C lié au pari A.Einstein- N.Bohr gagné par Bohr quoique je ne suis pas d’accord car c Einstein qui a crié Dieu ne joue pas aux Dés qui a raison …

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