Du lait de vache transgénique bientôt dans les biberons ?

La semaine dernière, des chercheurs argentins de l’Instituto Nacional de Tecnologia Agropecuaria (INTA) ont annoncé la naissance le 6 avril de Rosita Isa, une vache Jersey transgénique qui peut exprimer deux gènes humains dans son lait.

Objectif : faire produire par cette vache du lait «humanisé» pour qu’il puisse éventuellement un jour remplacer les préparations pour nourrissons.

Les chercheurs ont été félicités par la présidente argentine Cristina Kirchner pour cette grande première. Jamais auparavant, en effet, on n’avait réussi à transférer simultanément deux gènes humains à un bovin.

Quand la petite Rosita Isa sera adulte, elle devrait produire dans son lait du lysozyme et de la lactoferrine, deux protéines aux propriétés antibactériennes qui, croit-on, contribuent aussi à la maturation du système immunitaire des bébés.

Le lait de vache contient environ 4000 fois moins de lysozyme que le lait humain, et la lactoferrine qu’il renferme est différente de son pendant humain.

Les chercheurs ont inséré les deux gènes de manière à ce que ces protéines humaines se retrouvent dans le lait de Rosita Isa, une vache Jersey qui, en théorie, ne devrait pas se distinguer autrement des Jersey ordinaires.

Mais il reste bien des inconnues et des problèmes à régler pour que cette prouesse technique se traduise par des avancées pour la santé des bébés.

D’abord, même si l’annonce a eu beaucoup de retentissement en Argentine, on ne sait pas combien il a fallu d’essais pour parvenir à la naissance de Rosita Isa.

En avril, des chercheurs de la China Agricultural University ont publié une étude dans la revue PLoS One dans laquelle ils expliquent comment ils ont réussi à faire produire une seule de ces deux enzymes, le lysozyme, dans le lait de vaches transgéniques clonées.

Pour parvenir à quatre vaches produisant chacune du lysozyme humain – en concentration cependant dix fois moins importante que dans le lait humain, Ning Li et ses collègues sont partis de 312 blastocytes transférés à des mères porteuses, qui ont abouti à 37 naissances de veaux vivants, dont 13 sont morts dans les six mois suivants… On est loin du sans faute!

Pour l’instant, les chercheurs de l’INTA ne se prononcent pas sur l’avenir de Rosita Isa, qui faisat quand même 45 kg à la naissance, contre 22 kg en moyenne pour une vache Jersey ordinaire!

Ning Li et ses collègues croient qu’il serait possible de produire du lysozyme sur une base commerciale d’ici trois ans, et du lait humanisé d’ici 10 ans.

Les protéines humaines ainsi produites par les vaches pourraient être ajoutées aux préparations de lait pour nourrissons, pour que les bébés puissent en profiter même après le sevrage.

À cause de ses propriétés antibactériennes, le lait de vache enrichi en lysozyme pourrait aussi se conserver plus longtemps, selon les chercheurs.

Il restera à franchir la barrière psychologique des consommateurs qui ne sont peut-être pas près à accepter du lait de vache transgénique pour eux, et encore moins pour leurs bébés…

Certains consomment peut-être pourtant déjà une protéine humaine produite dans du lait de chèvre transgénique sans même le savoir.

L’antithrombine produite par la compagnie américaine GTC Biotherapeutics est autorisée comme médicament en Europe depuis 2009, et aux États-Unis depuis 2009 (mais pas encore au Canada). L’ATryn sert à traiter les gens atteints de déficit en antithrombine.

Cette protéine est normalement produite dans le foie et sert à inhiber la coagulation. Un déficit en antithrombine prédispose aux thromboses.

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