E.coli : entre prudence et paranoïa

Si les scientifiques ont tant de mal à retracer la source de l’épidémie d’infections à E. coli en Allemagne, c’est que ces bactéries pullulent littéralement dans notre environnement et qu’ils disposent d’indices bien minces pour mener leur enquête.

E. coli est très commune dans l’intestin des humains et des mammifères à sang chaud. Certaines souches sont inoffensives, d’autres qui sécrètent des vérotoxines peuvent causer des maux plus ou moins graves, des gastroentérites banales jusqu’à la mort par septicémie.

La souche repérée en Allemagne fait partie du groupe des ECEH, E.coli entérohémorragiques qui donnent des colites mêlées de sang et peuvent provoquer un syndrome hémolytique et urémique potentiellement fatal.

Mais la bactérie incriminée n’est ni nouvelle, ni mutante, contrairement à ce que vous pourrez lire ou entendre à plusieurs endroits.

Elle a déjà été isolée chez des malades par le passé mais n’a jamais été à l’origine d’une épidémie (de mémoire de microbiologiste, s’entend!).

Quant à la «mutation», il s’agit d’un banal transfert de gènes entre deux souches de bactéries comme il s’en produit sans cesse.

Connu depuis 1959, cet échange dit «horizontal» constitue un moyen courant d’évoluer chez les bactéries, tout comme le fait le transfert «vertical» de gènes d’un individu à sa descendance que connaît l’être humain.

Les infections à E.coli sont courantes et des épidémies se produisent quelques fois par an dans un pays comme le Canada.

Le Laboratoire national de microbiologie repère environ 1000 cas d’infections par E.coli par an au Canada, dont une partie résulte d’éclosions ou d’épidémie – soit plusieurs cas reliés à une même cause.

Le nombre de gens touchés dépend du caractère pathogène de la souche (celles qui envoient peu de gens chez le médecin ou à l’hôpital peuvent passer inaperçues) et de l’étendue de la contamination à l’origine des intoxications.

Dans les dernières années, la plus importante épidémie recensée à travers le monde a touché 10 000 Japonais, en 1996.

Au fur et à mesure que la surveillance sanitaire se perfectionne, la probabilité qu’on détecte rapidement ce genre de contamination augmente.

Mais le seul moyen de retracer l’aliment incriminé consiste toujours à interroger les malades pour savoir ce qu’ils ont mangé dans les 2 à 10 jours précédents (le temps d’incubation), puis à procéder à des recoupements en ciblant d’abord les aliments connus pour leur facilité à transmettre des infections à E.coli.

Tout un défi! Surtout quand on s’adresse à des gens parfois très malades, et souvent âgés.

Il faut ensuite remonter à la source et analyser les aliments qui figuraient au menu de la plupart des malades, en espérant y dégotter des traces d’E. coli.

Dernière étape : confirmer en laboratoire qu’on tient la bonne souche, et non une autre E.coli qui n’a rien à voir avec l’épidémie.

Du point de vue de la santé publique, il est tout à fait logique de recommander d’éviter un aliment donné dès lors qu’il est sous enquête, même si les analyses de laboratoire ne sont pas terminées.

Surtout dans nos pays riches où l’on peut se passer de n’importe quel aliment pendant plusieurs jours sans en souffrir!

Mais cette prudence salutaire tourne facilement à une ridicule paranoïa, alimentée par des médias sensationnalistes ou des élus trop heureux de proclamer n’importe quelle interdiction pour montrer à la population qu’ils savent agir.

En Allemagne, on a d’abord ciblé des concombres, puis plus récemment des fèves germées, mais ces deux suspects ont été relaxés.

Le vrai coupable court toujours, et le nombre de cas continue d’augmenter, ce qui laisse penser que l’aliment contaminé est toujours en circulation.

Les labos font-ils bien leur travail? Comme en criminologie, il y a des preuves qui sont plus faciles à établir que d’autres et il serait simpliste d’accuser les enquêteurs d’incompétence sans connaître le détail des indices dont ils disposent.

Il y a tant de coupables possibles !  

Voici pour terminer quelques informations pour vous rassurer si vous avez récemment séjourné en Allemagne ou si vous prévoyez vous y rendre prochainement:

E.coli n’est pas transmissible d’une personne à une autre autrement que par un contact selles-mains-bouche. Se laver les mains avant de manger et laver ce que l’on mange suffit à éliminer le risque.

L’eau peut aussi transmettre E.coli, mais si elle était liée à cette contamination (comme à Walkerton), on le saurait très probablement déjà!

La bactérie ne résiste pas à la cuisson.

Les victimes vivent ou ont séjourné dans une même région géographique, ce qui indique une contamination locale qui n’a aucune raison de se propager à travers le monde.

Si vous êtes sur place, inutile de tenter le diable en mangeant des aliments considérés comme suspects.

Mais sachez que même si vous avez consommé un aliment contaminé, il se pourrait bien, avec un peu de chance, que vous ne vous en aperceviez même pas, puisque tous les gens ne tombent pas malades avec E.coli.

En cas de fièvre ou de diarrhée, mieux vaut cependant consulter.

D’autres précisions sur le site grand public de l’OMS.

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