Échapper à la mort, vraiment ?

Selon le biogérontologue britannique Aubrey de Grey, les humains pourront probablement un jour déjouer la Grande Faucheuse.

Vous croyez vraiment que des humains en vie aujourd’hui pourront échapper à la mort?
Ce n’est pas certain, mais c’est très probable. J’estime à au moins 50% les chances que, d’ici 25 à 30 ans, de nouvelles technologies parviennent à minimiser les effets néfastes du vieillissement sur le corps. Ces technologies devraient permettre à ceux qui en bénéficieront de vivre assez longtemps pour attendre la mise au point d’une véritable thérapie antivieillissement, voie royale vers la vie éternelle. Ou plutôt quasi éternelle, parce que rien n’empêchera jamais quelqu’un de mourir dans un accident d’auto ou d’une balle d’arme à feu…

La multiplication des cas d’obésité et de diabète incite pourtant certains experts à prévoir une baisse de l’espérance de vie dans les pays industrialisés…
Les maladies liées au style de vie, comme l’obésité et le diabète, sont une source d’inquiétude, mais il est trop tôt pour dire quelles seront les conséquences de cette tendance. L’espérance de vie continue encore d’augmenter. Si on parvient un jour à vaincre le vieillissement, comme je le pense, on parviendra aussi à éradiquer les plus grands tueurs à l’heure actuelle : les maladies du cœur et le cancer. On sait en effet que la vieillesse est l’un des principaux facteurs de risque de ces maladies.

L’éventuelle thérapie contre le vieillissement que vous évoquez coûtera très cher. Vivre éternellement sera-t-il un privilège réservé aux plus riches?
Cette thérapie coûtera cher au début, c’est vrai. Mais cette période sera courte parce que les pressions du marché en faveur d’une réduction des coûts seront énormes. Mieux encore : ce sera politiquement inacceptable de ne pas rendre accessible cette thérapie au plus grand nombre de gens possible.

Votre promesse de vivre éternellement suscite, pour le moment, beaucoup de scepticisme…
Ça va changer dès qu’on aura démontré, en laboratoire, le réel potentiel des thérapies antivieillissement. La communauté scientifique ne sera dès lors plus embarrassée de parler ouvertement des promesses de la science en cette matière. Des émissions populaires comme celle d’Oprah Winfrey vont également commencer à en parler. À partir de ce moment, la partie sera gagnée. La peur de ce qu’on associe aujourd’hui à la «  science-fiction » sera vaincue.

Une hausse spectaculaire de l’espérance de vie n’aggraverait-elle pas les problèmes de surpopulation?
C’était une des craintes soulevées, il y a 100 ans, quand la médecine s’est attaquée à réduire les taux de mortalité infantile, alors extraordinairement élevés. Depuis, la pilule anticonceptionnelle a été inventée. La société s’est adaptée. Elle s’adaptera de nouveau, même si ça doit se traduire par une baisse importante du nombre de naissances.

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