Élections 2014 : en santé, le PQ dans la continuité

Que suggère donc la plateforme du Parti québécois en ce qui a trait aux services de santé ? Voici l’analyse détaillée du Dr Alain Vadeboncœur.

Sante_et_scienceLe Parti québécois voit grand : «Nous pouvons devenir l’une des grandes nations les plus en forme au monde». Rien de moins.

On peut s’interroger sur le réalisme de la prédiction, alors que l’épidémie d’obésité est toujours en croissance, avec son lot de complications et de maladies qui risquent de lui être associées. Par contre, le tabagisme est en diminution, ce qui est une excellente chose.

Une politique nationale de prévention en santé, actuellement en préparation au Ministère depuis quelque temps, serait toutefois bienvenue, mettant l’accent sur «le sport, le loisir et l’activité physique».

Toujours l’accès

Mais le vrai défi demeure l’accessibilité, comme les Québécois l’ont mentionné dans le sondage de Radio-Canada publié récemment. Et, notamment, l’accessibilité en première ligne.

On continue de miser, au PQ, sur les Groupes de médecine familiale (GMF), ce qui est certainement une bonne idée — dans la mesure où il me semble assez ardu de relancer la mission des CLSC en première ligne (voyez mon texte à ce sujet). On a vaguement promis un médecin de famille pour chaque québécois en 2016, ce qui reprenait l’idée de 2012, où l’horizon était de quatre ans.

L’élément plus novateur reste la question du Guichet d’entrée «permettant un accès à un système de prise de rendez-vous pour des services de première ligne et des soins spécialisés dans les établissements publics».

On planifierait de l’étendre aux cliniques médicales privées, ce qui est une bonne idée. (1) En effet, actuellement, plusieurs compagnies (comme Bonjour-Santé) offrent des services intéressants pour faciliter la gestion des rendez-vous rapides et l’accès à des cliniques médicales. Malheureusement, certains de ces services sont payés par les patients, alors qu’ils pourraient dès lors être récupérés par le gouvernement et intégrés à Info-Santé, pourquoi pas. Un beau projet.

Informer et coordonner

La question du Portail santé est pertinente, bien qu’il existe déjà des sources d’informations assez fiables pour le grand public et qu’il y a risque de duplication.

J’irais beaucoup plus loin : on devrait offrir une formation sur la santé aux étudiants du secondaire. Le niveau de connaissances réel sur les problèmes de santé courants est en effet très limité.

On parle également d’«améliorer le suivi des personnes atteintes de maladies chroniques». C’est certainement louable, mais on ne dit pas comment ; des projets d’intégration à la coordination des soins de première ligne autour des malades chroniques seraient certainement bienvenus.

On ajoute également un Plan d’action en santé mentale, bienvenu d’ailleurs, mais dont on attend les résultats.

Il y a également, dans la plateforme du Parti québécois, des mesures pour aider les personnes vulnérables — notamment par la politique sur l’itinérance et l’appui aux jeunes, ce qui est bienvenu, dans la mesure où les programmes sociaux ont des répercussions manifestes sur la santé.

Augmenter l’offre et modifier le financement

Le PQ continue dans sa volonté d’augmenter l’accès à l’imagerie, mais en augmentant l’offre de services dans les établissements publics. C’est certainement louable et une bonne chose.

Cependant, il vient d’être doublé par le PLQ qui propose carrément, comme en Ontario, de couvrir l’ensemble de l’imagerie dans (ou en dehors) des établissements par l’assurance publique de la RAMQ.

Enfin, tout comme le PLQ, le PQ propose le financement axé sur le patient, un mode de financement qui peut permettre de mieux répondre ponctuellement à l’attente pour certaines chirurgies (comme cela a été le cas avec les chirurgies de la hanche, du genou et de la cataracte)… mais qui peut aussi avoir des effets pervers, sur lesquels je reviendrai sur un billet ultérieur.

Concernant les soins aux personnes âgées, le Parti québécois poursuit avec la Loi sur l’assurance autonomie, un projet qui marque une volonté d’investir davantage dans les soins à domicile, ce qui est tout à fait bienvenu — mais qui remet en cause un certain nombre de principes importants, soit, notamment, celui de la gratuité des services offerts par les CLSC de même que la professionnalisation des soins.

Le PQ à mi-chemin entre les autres partis

Les propositions du Parti québécois se situent donc à mi-chemin entre celles du Parti libéral du Québec (qui prône la mise en œuvre de supercliniques et la couverture publique de l’imagerie effectuée hors de l’hôpital) et celles de Québec solidaire, qui mise plutôt sur l’implantation des CLSC et de l’accès 24 h sur 24/7 jours sur 7 à leurs structures.

On reste cependant muet (du moins dans la plateforme) sur l’accroissement souhaitable des infirmières praticiennes, contrairement au Parti libéral du Québec, qui en propose 2 000 (un chiffre probablement difficile à atteindre dans le contexte réel), et à Québec solidaire, qui suggère d’en appliquer l’utilisation, mais à travers le prisme d’une porte d’accès par le CLSC.

À mi-chemin, aussi, pour le financement : contrairement à la CAQ, le Parti québécois ne mise pas sur une augmentation du financement privé en santé. Aussi, contrairement au Parti libéral du Québec, il n’insiste par sur l’établissement de la prestation au privé financée publiquement — de type «superclinique» —, si ce n’est dans le cadre relativement limité et bien accepté des GMF.

Le Parti québécois maintient également le projet Mourir dans la dignité, que le Parti libéral du Québec a d’ailleurs promis de réintroduire s’il était porté au pouvoir. J’ai écrit à plusieurs reprises à propos de ce projet qui m’apparaît comme une pièce législative d’un très haut niveau, élaboré patiemment et sans partisanerie, et qui mériterait certainement d’aboutir, étant donné qu’il constitue (à mon avis) une avancée significative sur un terrain particulièrement difficile.

Autrement dit, un programme prudent, qui mise davantage sur les projets en cours et les approches actuelles que sur de nouvelles propositions. Disons que le passé reste garant de l’avenir.

Tel que me le mentionnaient jeudi matin mes étudiants dans le cours d’administration de la santé, il y a bien des promesses sur la table, faites par tous les partis — plusieurs intéressantes, d’ailleurs, ou du moins à discuter. Mais on trouve assez peu d’information sur le «comment», sur les moyens et sur le mode d’emploi. C’est de la politique, après tout.

* * *

À propos d’Alain Vadeboncœur

Le docteur Alain Vadeboncoeur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, il enseigne l’administration de la santé et participe régulièrement à des recherches sur le système de santé. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter : @Vadeboncoeur_Al.

 

(1) J’avais d’abord écrit que cela ne s’appliquait pas aux cliniques, mais on m’a informé que oui. J’ai corrigé mon texte initial.

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