Électrification des transports: des attentes réalistes ?

La stratégie d’électrification des transports, annoncée vendredi dernier par le gouvernement Marois, permet à Québec de soutenir l’industrie et les centres de recherche qui travaillent dans ce secteur et d’encourager des projets de développement porteurs.

À long terme, elle vise à aider le Québec à s’affranchir de carburants fossiles polluants et de plus en plus coûteux.

À court terme, elle aura toutefois des répercussions parfaitement négligeables sur les émissions de gaz à effet de serre, que le document se garde d’ailleurs bien de préciser.

Comblons cette lacune avec un calcul grossier, mais qui donne une idée des chiffres en jeu.

En 2010, selon l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre, le transport routier a rejeté dans l’atmosphère une quantité de gaz à effet de serre de 27,5 millions de tonnes équivalent CO2 (l’unité reconnue et utilisée par tous les gouvernements pour quantifier les émissions de GES), soit 43 % des émissions totales de GES du Québec.

Les 3,1 millions d’automobiles en circulation cette année-là ont engendré 39 % de ces émissions, soit 10,78 millions de tonnes équivalent CO2.

Les VUS, qui représentent la majeure partie des véhicules définis comme «camions légers», comptent quant à eux pour 29 % des émissions.

En matière de transport individuel, la stratégie d’électrification des transports vise principalement à mettre sur les routes 12 500 voitures électriques de plus qu’aujourd’hui en trois ans.

Autrement dit, chaque année, environ 4 200 voitures à essence — sur 3,1 millions en circulation — seront remplacées par des véhicules électriques, soit 0,14 % des voitures.

Supposons pour simplifier le calcul que ceux-ci n’émettent aucun GES (ce qui n’est pas tout à fait exact, puisque produire et transporter de l’hydroélectricité implique quand même quelques émissions de GES, et que plusieurs véhicules dits électriques, comme les hybrides rechargeables ou ceux à autonomie prolongée consomment un peu d’essence).

Grâce à ces nouveaux véhicules électriques, on devrait donc voir, après un an, une diminution de 0,14 % de 39 % de 43 % des émissions de GES du Québec, soit 0,003 %.

Soit, toute diminution est bonne à prendre en matière de GES.

Mais convenons qu’il n’est guère étonnant que ce chiffre (ou un autre un peu plus élevé qui tiendrait compte de l’ensemble des mesures annoncées) ne figure pas dans la stratégie, où l’on peut lire que :

La Stratégie d’électrification des transports contribuera à la réduction des émissions de gaz à effet de serre à court et surtout à moyen et à long termes.

Il est évident que la politique de mobilité durable que Québec veut publier prochainement aura le pouvoir d’infléchir de manière bien plus nette le bilan écologique désastreux des transports au Québec, en encourageant les transports en commun et actifs au détriment de l’automobile.

Les promoteurs de l’électrification ne sont pas dupes et reconnaissent qu’il faudra des années avant que les véhicules électriques aient un impact important sur le climat.

Ils ont par ailleurs parfaitement raison de mettre de l’avant des mesures qui donneront des résultats à long terme. Il faut bien commencer quelque part !

Surtout que la tendance vers l’électrification des transports est mondiale, et que les opportunités économiques sont bien réelles.

Je les comprends aussi de vouloir mousser l’impact écologique de ces véhicules auprès des acheteurs, qu’il va falloir convaincre un à un de s’embarquer dans la grande aventure de l’auto électrique.

Reste que par souci d’honnêteté et de transparence, on aurait pu se montrer un peu plus explicite à ce sujet dans la Stratégie…

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4 commentaires
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Vous reconnaissez que ça prend un début à tout, c’est toujours ça de pris, pour le reste il est clair qu’au bout d’une année on ne peut espérer de changement majeurs au niveau de la réduction des GES qu’au niveau mais une autre justification importante de cette nouvelle stratégie est de donner une impulsion à un virage technologique qui va avoir aussi des impacts favorables sur la diversification de l’économie du Québec.

C’est de conserver le statu quo qui ne serait pas réaliste, pas la stratégie qui vient d’être annoncée.

Le secret est DANS la batterie. Faut qu’elle dure la durée de l’automobile ou de l’autobus, qu’elle coûte pas trop cher, qu’elle ne prenne pas trop de place et qu’elle ne soit pas trop dangereuse, en cas de collision ou d’autres évènements, avec une autonomie du Genre Québec-Montréal sans longues recharges. Probablement, avec petit moteur à essence, pour recharger la batterie, au commencement de la transformation de l’essence à l’électricité.

Avec ce qui précède acquis, « sky is the limit » pour les véhicules électriques et le dépotoir pour celles à essence. Nous y sommes presque. Le Québec devrait encourager un des grands constructeurs d’automobiles à venir installer une usine de voitures électriques au Québec qui v a disposer de nombreuses bornes, de l’électricité en masse et de l’aluminium itou.

Quand le projet de l’Électrification des transports a été mis de l’avant, j’étais sous l’impression qu’il s’agissait de l’électrification des transports de masse comme les chemins de fer, les modes de transports urbains, etc…

Or, on nous parle de l’achat d’un parc automobile qui sera, sans doute, le fruit d’une fabrication hors Québec et qui ne pèsera pas bien lourd dans la lutte contre la pollution.

Jean-Luc Lemieux

Il y a une autre chose que la Stratégie ne dit pas. Tant qu’à parler pourcentages, en voici un autre: si on continue à consommer autant d’énergie fossile, 100% des vies humaines disparaitront de la planète. Si vous êtes en faveur de la transparence, il faudrait peut-être l’écrire sur chaque pompe à essence, non?

Est-il vraiment si important de dire que l’impact de la Stratégie sera minime après un an? Tant qu’à y être, pourquoi ne faites-vous pas le calcul pour un mois ou une semaine pour ridiculiser davantage la Stratégie? C’est à cause de commentaires de ce genre que rien n’a été fait depuis 20 ans. Or, si on avait commencé en 1990, les gains seraient aujourd’hui gigantesques. Qu’est-ce qu’un an dans l’histoire d’une espèce animale?

Quand on court le marathon, on ne se demande pas quel pourcentage de la distance on a franchi après une minute de course.