En rediffusion – Compteurs intelligents : de la lecture pour Bernard Drainville… et les autres

EN REDIFFUSION – BILLET PUBLIÉ LE 31 JANVIER 2012

Le débat sur les ondes électromagnétiques émises par les «compteurs intelligents» d’Hydro-Québec a rebondi hier alors que le député péquiste Bernard Drainville demande que le gouvernement élargisse le mandat de la Régie de l’Énergie pour y inclure notamment une étude des effets sur la santé de ces fameux compteurs.

Il n’y a pourtant aucune chance que, dans ce mandat élargi, la Régie dise autre chose des ondes émises par les compteurs que ce que l’on sait déjà : dans l’état actuel des connaissances scientifiques, l’impact sur la santé est très certainement négligeable.

Cela signifie que le risque qu’ils posent n’est pas nul, mais qu’il est très minime comparé à toutes sortes d’autres facteurs susceptibles d’affecter notre santé, comme par exemple le fait de traverser la rue  (3 234 piétons ont été tués ou blessés au Québec en 2010, dont 370 jeunes de moins de 14 ans. Devrait-on interdire les voitures?).

Ce qui pose problème actuellement, ce n’est donc pas le risque engendré par les compteurs mais bien la communication de ce risque qui, si elle est mal gérée, est susceptible d’avoir des retombées négatives importantes pour la population.

Si les décideurs (tout comme les groupes de pression, Hydro-Québec et les journalistes) ne sont pas très clairs sur l’état des connaissances sur les ondes électromagnétiques et le niveau de risque encouru, ils risquent d’augmenter la paranoïa ambiante et probablement le nombre de gens qui souffrent du syndrome d’électrosensibilité (dans laquelle la peur des ondes semble jouer un rôle important).

Ils risquent aussi d’inciter les pouvoirs publics à dépenser là où ce n’est pas nécessaire, pour des études qui n’en valent pas la peine. On n,a certainement pas besoin de gaspiller l’argent public.

Quand je lis dans le Devoir que le député Bernard Drainville ne sait pas comment rassurer les gens qui viennent le voir parce qu’ils s’inquiètent des ondes, je m’inquiète! Quel fâcheux exemple de manque de culture scientifique !

Une connaissance ne serait-ce que superficielle du sujet devrait amener à commencer par relativiser le risque, ce qui devrait rassurer nombre de citoyens. Dire qu’on manque d’études sérieuses, comme semble le croire M. Drainville, c’est jeter de l’huile sur le feu, et c’est faux.

D’un autre côté, expliquer que les compteurs ne posent pas de danger parce que l’intensité des ondes qu’ils émettent sont bien inférieures aux normes en vigueur est loin d’être suffisant, puisque bien des gens ne font pas confiance à ces normes.

Ce qu’il faut expliquer, c’est que même si on n’aura jamais de certitude absolue, à date la très grande majorité des études menées dans le monde à ce sujet (et pas seulement par des industriels) n’ont pas trouvé d’impact significatif aux seuils d’émissions concernés, et que les études se poursuivent.

Le Québec est loin d’être le premier endroit au monde où s’engage un débat sur les ondes électromagnétiques. Peut-il apprendre ce que qui s’est passé ailleurs pour éviter que la situation ne tourne au vinaigre ? Oui!

Pour le bien commun, Messieurs Drainville et Gignac, tout comme les gens de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique et d’Hydro-Québec,  auraient tout intérêt à jeter un oeil à cette publication (pdf en français) de 2008 de l’Organisation mondiale de la santé au titre explicite : Instauration d’un dialogue sur les risques dus aux champs électromagnétiques. Tout y est !

Quant à savoir si les «compteurs intelligents» auront un impact sur la consommation d’énergie des Québécois et sur leurs factures, c’est évidemment un tout autre débat.

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Le relativisme est souvent un faux couvercle mais, ici, il est de mise. Combien de gens s’opposent à l’ouverture d’un comptoir de malbouffe dans leur rue alors qu’ils en connaissent les effets négatifs vérifiables à l’oeil nu sur la santé? Le syndrome de l’électrosensibilité pourrait possiblement être associé au manque de transparence systémique des mesures adoptées par nos dirigeants et pourrait alors être invoqué pour qu’on fasse de la politique autrement au Québec.