En rediffusion – La palme d’or de la pire coupe d’Ottawa en recherche

EN REDIFFUSION – BILLET PUBLIÉ LE 29 MAI 2012

La Région des lacs expérimentaux, un laboratoire de recherche de Pêches et Oécans Canada devra fermer ses portes en 2013, car sa mission «ne correspond plus aux priorités du gouvernement fédéral», ont appris ses employés le 17 mai dernier.

Parmi les innombrables coupes d’Ottawa dans les domaines de la recherche fondamentale et de l’environnement, celle-ci est probablement une des pires.

Commne vous le verrez (si le lien ne disparait pas rapidement) dans cette vidéo présenté par Ottawa pour vanter la science canadienne, la RLE (ELA, Experimental Lakes Area en anglais) est une infrastructure de recherche unique au monde et d’importante planétaire.

Depuis 1968, les scientifiques du RLE analysent en continu les caractéristiques physico-chimiques et biologiques de 58 lacs typiques de la région du bouclier canadien, situés en Ontario, à environ 250 km à l’est de Winnipeg.

C’est l’endroit au monde où l’on dispose de la série de données la plus longue et la plus complète sur l’eau douce, dans une région épargnée par le développement urbain et industriel.

Des données qui ont été essentielles pour étudier et comprendre le phénomène des pluies acides, et qui servent entre autres, aujourd’hui, à analyser les éclosions de cyanobactéries, la pollution par des nanoparticules et des perturbateurs endocriniens, ou l’impact des changements climatiques et du développement hydroélectrique sur l’eau.

Pour économiser moins de 3 millions de dollars par an, Ottawa veut se départir de la RLE et espère qu’un repreneur se manifestera.

Cette annonce suscite de nombreuses réactions. 

La fermeture de la RLE est ni plus ni moins qu’une catastrophe pour la recherche sur l’eau douce, comme l’explique ce communiqué du Groupe de recherche en limnologie et en environnement aquatique, qui regroupe 39 professeurs-chercheurs du Québec et leurs équipes.

Dans un article de la revue scientifique Nature, un chercheur de l’Arizona estime quant à que c’est aussi choquant que si les États-Unis décidaient de fermer les labos de Los Alamos, fleuron de la recherche en physique nucléaire, ou qu’on décide de démanteler le meilleur télescope du monde.

Bob Brennan, qui a quitté la direction de Manitoba Hydro en février après 22 ans en poste, qualifie pour sa part cette décision de «honteuse». 

En 1996, dans la dernière grande période de coupes dans la recherche fédérale, la RLE avait déjà failli fermer, raconte cet article du magazine Science publié en 2008.

Pressé par plusieurs sociétés savantes internationales, le gouvernement fédéral avait alors reculé et s’était contenté d’abolir plusieurs des postes des chercheurs de Pêches et Océans Canada affectés à la RLE qui depuis, avait repris du mieux.

Cette fois-ci, ce ne sera pas facile, vu le peu de considérations que le gouvernement Harper semble accorder aux arguments des scientifiques, particulièrement quand ceux-ci travaillent en recherche fondamentale sur le milieu naturel.

Et dire qu’un centième du montant consacré au programme d’achat d’avions militaires F-35 pourrait faire vivre la RLE pendant près de 100 ans…

Les chercheurs ont formé une Coalition pour la sauvegarde de la RLE et recueille des appuis sur leur page Facebook  Savetheela et sur la pétition savetheela.org.

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