Endémique, la COVID ? Attention aux faux espoirs !

La possibilité que la COVID-19 devienne endémique en 2022 laisse entrevoir un retour à la normale, mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

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Devant le risque d’hospitalisation moins grand lié au très contagieux variant Omicron, l’Espagne a annoncé le 10 janvier dernier qu’elle considérerait la COVID-19 comme une maladie endémique semblable à la grippe saisonnière, une fois la vague Omicron terminée. Le pays, qui a l’un des meilleurs taux de vaccination d’Europe (82 % des gens ont reçu deux doses), a déjà laissé tomber plusieurs des mesures sanitaires. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a toutefois émis des réserves, affirmant que la propagation du coronavirus ne s’était pas encore stabilisée et qu’il était trop tôt pour parler d’endémicité. 

Malgré tout, d’autres gouvernements, dont celui de l’Alberta, ont eux aussi évoqué une transition vers une réponse endémique à la COVID-19. L’endémicité est vue comme un espoir de « vivre avec le virus ». Mais selon Jesse Shapiro, professeur agrégé au Département de microbiologie et d’immunologie de l’Université McGill et spécialiste de l’évolution des populations microbiennes, nous devons faire preuve de prudence avec ce concept.

Le fait qu’une maladie soit endémique la rend-il moins dangereuse ?

Réponse courte : non. Il existe des maladies endémiques très graves. Le paludisme (ou malaria) est considéré comme une maladie endémique dans les régions équatoriales. La situation est relativement stable depuis des années, mais le paludisme tue des milliers de personnes, surtout des enfants, tous les ans. Le terme « endémicité » ne désigne pas quelque chose de moins grave. 

Comment alors définit-on l’endémicité ?

L’endémicité fait référence à la stabilité d’une maladie dans une zone géographique : les cas ne montent pas et ne descendent pas. Il n’y a toutefois pas de mesure du niveau de cet équilibre. Est-ce que le nombre de cas reste stable à un niveau élevé ou très bas ? Dans les deux situations, on peut parler d’endémicité.

Si la virulence n’a rien à voir avec l’endémie, la notion de « vivre avec le virus » non plus ? 

Exactement. On devra « vivre avec le virus », parce qu’on ne pourra pas l’éliminer. On sait qu’il peut se répliquer dans des réservoirs animaux. On peut faire beaucoup de choses de manière active pour mieux vivre avec le virus, mais on ne sait pas encore à quoi va ressembler la COVID-19 endémique. Est-ce que ça va être stable avec beaucoup de mortalité ? Il va falloir choisir quelles interventions on veut privilégier. 

Existe-t-il un consensus scientifique quant à la possibilité que la COVID-19 devienne endémique comme la grippe ? 

Il y a toujours un débat parmi les scientifiques pour déterminer si la grippe (ou influenza) est endémique ! On peut prédire l’évolution de la grippe, ponctuée de phases pandémiques à chaque nouveau variant. Elle est donc endémique, en ce sens qu’il sera probablement impossible de l’éradiquer un jour, mais c’est un pathogène qui continue d’évoluer. 

Il y a des parallèles à faire avec la COVID-19. Ça va se rapprocher de l’endémicité, car on ne va pas s’en débarrasser, mais il est difficile de prédire à quel point ce sera stable. Déjà, après seulement deux ans, on peut voir des tendances en Amérique du Nord, avec un pic hivernal et une baisse à l’été. Est-ce que ça va continuer comme ça ? C’est raisonnable de proposer que oui, mais un nouveau variant peut toujours surgir. Par exemple, le variant Delta est arrivé pendant l’été. Il est donc possible que la COVID soit moins prévisible que l’influenza. 

La vaccination reste-t-elle la meilleure façon de se rapprocher du stade endémique ? 

Absolument ! Quand plus de personnes sont infectées, il y a une augmentation du risque que de nouveaux variants apparaissent, notamment des variants différents avec beaucoup de mutations, comme Omicron, qui peuvent relancer des phases pandémiques. Or, des millions de personnes dans le monde n’ont pas encore reçu leur première dose. La mise au point de meilleurs vaccins pourra aussi nous rapprocher d’une phase endémique. L’idéal serait qu’ils nous protègent contre tous les variants ou contre plusieurs coronavirus. 

En Europe, les hospitalisations diminuent et le taux de mortalité commence à ressembler à celui des années prépandémiques, mais je ne crois pas qu’on en soit au stade endémique.