Est-ce que je dois aller à l’urgence pour ma pression ?

La pression artérielle élevée est une raison courante de consultation aux urgences. Or, il n’y a pas toujours lieu de s’inquiéter. Les explications du Dr Alain Vadeboncœur.

Yaroslav Litun / Getty Images / montage : L’actualité

L’auteur est urgentologue, ex-chef du département de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur titulaire à l’Université de Montréal, il enseigne, participe à des recherches en médecine d’urgence et intervient fréquemment sur les enjeux de santé.

Vous avez 75 ans, vous êtes suivi pour de l’hypertension et traité avec un médicament courant, l’amlodipine. Vous mesurez votre pression tous les jours à la maison avec votre appareil portable.

En cette fin d’après-midi plutôt stressante — votre chat a disparu la veille —, elle est à 200/100. Inquiet, vous vous rendez en pharmacie, où elle affiche 210/110.

Vous avez pourtant pris votre médicament comme d’habitude. Vous n’avez pas vraiment de symptômes, sinon un vague étourdissement qui vous vient de temps en temps, et un peu mal à la tête.

À l’urgence

Comme il y a beaucoup de clients à la pharmacie, vous décidez de consulter à l’urgence. Là-bas, votre pression est à 190/100. Plus tard, au moment de voir le médecin, à 175/90. Après une évaluation, il vous donne congé, sans changer votre traitement, qui d’habitude fonctionne bien.

Votre visite à l’urgence n’a rien d’exceptionnel : plein de gens consultent par inquiétude devant leurs chiffres de pression, accompagnés ou non de symptômes plus ou moins précis.

Nous l’avons montré dans une recherche portant sur une centaine de patients, applicable du moins dans notre milieu assez spécialisé, la majorité s’y rendent d’eux-mêmes à la suite d’une prise de pression avec un appareil automatisé. La plupart s’en retournent à la maison sans changement de traitement, après une évaluation médicale.

Ce qui n’est pas surprenant non plus : les vraies urgences liées à des montées de pression sont rarissimes, et habituellement associées à des pressions supérieures à 220/120.

Le véritable critère de gravité, c’est ce qu’on appelle une atteinte aiguë des organes cibles (le cœur, le cerveau, les reins, les grandes artères), une situation beaucoup plus inusitée qu’on ne le croit généralement, qui implique la souffrance d’un de ces organes, retrouvée chez moins de 2 % des patients.

Bien évaluer

En général, les gens qui consultent à l’urgence le font parce qu’ils craignent une complication, souvent un AVC, selon mon expérience. Même si on sait que l’hypertension chronique, surtout mal contrôlée, est un facteur de risque d’AVC, le fait que la pression monte ponctuellement, surtout en situation de stress, ne causera pas vraiment d’AVC.

Le premier rôle du médecin d’urgence est d’évaluer si vos symptômes — je ne parle pas des chiffres de pression, mais de ce que vous ressentez — sont liés ou non à un problème aigu pouvant toucher les organes cibles.

Ce qui requiert un bon questionnaire, un examen physique précis, et parfois un électrocardiogramme et des prises de sang si on soupçonne un trouble sérieux — sinon, aucun bilan n’est recommandé.

Il faut dire que dans la vaste majorité des cas, surtout s’il y a peu de symptômes, il n’y a pas de complication importante sous-jacente. Quant aux chiffres de pression eux-mêmes, il n’y a pas d’indication de donner un médicament tout de suite pour l’abaisser plus rapidement, cela ne change rien.

On pourrait aussi tenter un « traitement » bien simple : faire s’allonger les personnes pour 30 minutes dans un endroit calme — parfois difficile à trouver dans une urgence, peut-être plus facile à la maison ! Chez le tiers des patients, on observe alors une réduction spontanée de 20 pour le chiffre du haut et de 10 pour le chiffre du bas au terme de ce repos. Ce qui aura aussi l’avantage de rassurer la personne.

Comment décider ?

Si vous êtes enceinte et que votre pression est élevée, vous devriez contacter rapidement votre médecin ou vous rendre à l’hôpital, en raison des risques d’hypertension liée à la grossesse.

Toute autre personne jeune devrait sans doute aussi aller à l’urgence si ses chiffres de pression sont très élevés et qu’elle ne souffre pas déjà d’hypertension, surtout en présence de symptômes, en raison de rares troubles plus sérieux dans ce groupe d’âge. Je ne peux pas vous donner de chiffres à garder en tête, parce que c’est très variable selon l’âge.

Si vous êtes plus vieux, évaluez si des symptômes (douleur dans la poitrine, mal de tête important, palpitations, trouble respiratoire, faiblesse, problème neurologique, etc.) vous mèneraient à consulter à l’urgence de toute manière. En général, ça n’aura pas de lien avec votre pression, mais il faudra peut-être vous traiter pour un autre problème !

Mais si vous avez déjà reçu un diagnostic d’hypertension et n’éprouvez pas de symptômes inquiétants, il n’est généralement pas requis de vous rendre à l’urgence pour des chiffres de pression élevés. Il n’est d’ailleurs pas recommandé d’envoyer un patient à l’urgence pour cette raison.

Dans une vaste étude sur le sujet portant sur 58 535 patients, qu’on a répartis au hasard entre une visite à l’urgence et un suivi externe, il n’y avait pas de différence dans les complications à 30 jours et 6 mois. Par contre, on a réussi à éviter plusieurs hospitalisations, au prix mineur d’une pression un peu moins bien contrôlée après un mois.

Les recherches montrent par ailleurs qu’il n’y a pas d’avantage à diminuer de manière aiguë une pression élevée qui ne cause pas de problème aigu, ni d’observer ou d’hospitaliser les gens pour cette raison. Et que cela ne change rien à ce qui va se passer plus tard. Tout au plus mentionne-t-on de parfois commencer à prendre un médicament si la pression est de plus de 180/110.

Une pression qui monte et descend

Il faut savoir que la pression varie beaucoup dans une journée normale, et qu’elle monte particulièrement si vous vivez un stress indu, surtout si vous avez tendance à souffrir d’anxiété.

Ces variations habituelles sont liées à l’activation par le cerveau du système sympathique, qui ajuste constamment la pression en fonction des besoins perçus — l’anxiété étant… un stress !

Outre l’anxiété, la douleur peut être un facteur, l’oubli de médicaments pour la pression aussi, la prise d’anti-inflammatoires ou une diète trop riche en sel pouvant également aggraver la situation.

Fait intéressant, il est faux de penser que les maux de tête sont causés par une pression élevée. Les gens avec de l’hypertension ont même… moins souvent mal à la tête ! Le plus souvent, c’est le mal de tête qui fait monter la pression !

Par contre, il existe bien une association entre l’hypertension et les saignements de nez, dont le risque est augmenté de 50 %, sans pourtant qu’on soit certain dans quel sens va le lien causal.

Un risque… d’hypertension !

Il arrive souvent qu’on trouve à l’urgence par hasard une pression plutôt élevée, ce qui n’est pas si surprenant puisqu’il s’agit d’une situation de stress aigu.

Attention, on sait que chez les personnes non connues pour faire de l’hypertension, découvrir une pression haute par hasard pourrait être relié à un vrai diagnostic d’hypertension dans 25 % à près de 50 % des cas, comme l’a montré une étude portant sur 30 000 patients en Alberta.

On devrait donc suggérer de consulter en clinique, de prendre sa pression régulièrement en pharmacie ou au moins de se procurer un appareil d’automesure.

D’où l’importance non pas d’abaisser cette pression maintenant, mais de s’assurer de la contrôler dans les prochaines semaines pour permettre un dépistage possible d’hypertension.

Retour à la maison

Dans votre cas, un questionnaire détaillé a trouvé une prise récente d’anti-inflammatoires pour un mal de dos, l’examen physique n’a rien montré d’anormal.

Comme votre pression s’est améliorée à l’urgence après deux heures, vous recevez votre congé avec la recommandation de bien prendre vos médicaments, d’éviter les anti-inflammatoires et… d’essayer de diminuer votre stress, peut-être en apprenant des techniques de relaxation. Votre chat ne vous écoutera pas, lui, on s’en doute.

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Ah notre système de santé a créé des abonnés à l’urgence sans le vouloir, c’est selon. Lors de la création des CLSC, accompagné de ma mère, nous sommes allé à l’inauguration par une visite guidée. À la fin du tour, je dis à notre guide, ce ne sont que des bureaux feutrés pas très invitant. Est-ce qu’une personne souffrant d’hypertension peut justement se présenter pour la faire vérifier puisqu’une infirmière est sur place? Bien non, vive l’urgence? Zip, à quoi vous server d’abord? Ensuite, on se demande pourquoi un patient ne se sent pas rassuré, il n’a aucun appui pour prendre le temps de lui expliquer. Au fait, quelle est la meilleure application recommandée?
Je m’en servirais pour la faire suivre à mes gars dans la mi quarantaine.

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Cher Dr Vadeboncoeur!

J’ai hâte que nos bons médecins et leur regroupement soient plus branchés sur la vraie population qui est analphabète à 50% et qui par conséquent ne peuvent comprendre vos textes.

Le vrai problème dans notre population québécoise est le manque de jugement dû au manque flagrant d’EDUCATION qui doit commencer dans la famille, se poursuivre à l’école et dans notre société.

Regardons cette violence dans les réseaux sociaux , Chez nos jeunes
avec des armes, dans les différentes attentes ….
Les mots RESPECT, BIENSÉANCE , LIBERTÉ ne peuvent être compris et intégrés sans de l’EDUCATION.
Il y aura révolte lorsque les changements climatiques exigeront de la compréhension et de l’abnégation ( Oui, cela fera mal)
Nous jouons encore à ne pas voir .Nos politiciens s’amusent à faire de la surenchère pour avoir le pouvoir au lieu d’être audacieux et dire les VRAIS AFFAIRES….
On calvode encore le mot VRAI.
Almée Perreault déçue de ce qu’elle voit de notre monde Le Québec.

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Je n’en reviens pas qu’on soit obligé d’afficher partout dans les établissements de santé que la violence envers le personnel n’est pas tolérée! Est-ce que les gens se croient sur les réseaux sociaux partout? D’autres part pour ce qui est de la pression je dois dire que depuis que j’ai un médecin de famille et qu’il me la prend régulièrement j’au mis de côté mon appareil. Si lui me dit qu’elle est acceptable, je le crois.

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On m’a fait remarquer sur FB qu’il n’était pas nécessaire de prendre sa pression aussi souvent: « Vous mesurez votre pression tous les jours à la maison avec votre appareil portable. » C’est tout à fait juste, ça faisait partie de l’histoire, mais j’aurais pu le préciser. Prendre sa pression tous les jours ne sert à rien, sauf en période diagnostique pour avoir plusieurs valeurs consécutives.

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