Et maintenant, quel est le risque de souffrir de la COVID longue ?

Quelle est la probabilité que vous développiez une COVID longue si vous attrapez le virus aujourd’hui ? Et combien de personnes pourraient rester handicapées à vie par cette maladie ? De nouvelles études commencent à fournir un embryon de réponse.

Westend61 / feellife / Getty Images / montage : L’actualité

Certaines personnes qui ont contracté la COVID-19 au début de la pandémie vivent toujours avec des symptômes très handicapants dont il est possible qu’elles ne soient jamais débarrassées. D’autres ont connu pendant quelques mois de la fatigue, de l’essoufflement ou une perte de l’odorat, par exemple, et ont fini par s’en remettre. Quel pourcentage des personnes qui chopent le virus sont susceptibles de souffrir du syndrome post-COVID (communément appelé COVID longue) ? 

L’estimation la plus fiable jusqu’à présent évalue qu’une personne sur huit a pu développer une COVID longue après avoir été infectée dans la première année de la pandémie, soit avant les vaccins et jusqu’au variant Alpha, révèle une étude toute récente publiée dans The Lancet. Les doses répétées de vaccins, l’apparition d’un groupe de variants très différents des précédents, les antiviraux mais aussi la probabilité accrue de réinfection ont pu modifier ce risque, et celui que le syndrome post-COVID soit vraiment grave et durable pour certaines personnes. Les données sont encore partielles pour les sous-variants d’Omicron, on n’en a même toujours aucune pour BA.5. Cependant, plusieurs indices pointent vers une baisse du risque individuel… mais une hausse globale du nombre de cas dans la population, étant donné la grande quantité d’infections.  

« Je crois qu’on peut estimer que le risque d’une COVID longue d’au moins quatre semaines pour une personne triplement vaccinée infectée aujourd’hui doit tourner autour de 5 % », dit Simon Décary, chercheur en réadaptation à l’Université de Sherbrooke, qui suit de très près les études publiées sur le sujet depuis le début de la pandémie. 

En juillet, l’Office for National Statistics (ONS) britannique a évalué la prévalence de la COVID longue en fonction des variants récents et du nombre de doses de vaccin reçues. Ces données viennent de l’enquête menée chaque mois depuis janvier 2021 par l’ONS pour estimer le nombre de cas de COVID longue actifs dans ce pays, à l’aide de questionnaires remplis par un groupe représentatif de la population. Avec trois doses, le risque de COVID de quatre semaines ou plus était d’environ 5 % avec les variants Delta, BA.1 ou BA.2. Avec seulement deux doses, le risque était de 9,8 % avec le variant Delta et de 4 % avec BA.1. 

Chez les doublement vaccinés, la gravité des symptômes semble un peu inférieure avec BA.1, mais équivalente pour BA.2 et Delta, alors que chez les triplement vaccinés, la gravité des symptômes est bien moindre avec BA.1 qu’avec Delta. 

En juin, d’autres chercheurs britanniques qui ont analysé les cas déclarés dans Zoe, une application mise au point au King’s College pour étudier la COVID, avaient publié une étude dans The Lancet qui montrait que chez les participants, le risque de COVID longue avait diminué de moitié environ entre Delta et Omicron. L’étude comporte cependant des restrictions, puisqu’elle est basée sur les renseignements que les personnes choisissent de fournir dans l’application.

Le risque de séquelles permanentes, lui, est impossible à quantifier pour le moment, car on manque de recul. Mais comme ni les vaccins ni les nouveaux variants ne semblent occasionner une énorme baisse des cas de COVID longue ou de leur gravité, il y a fort à parier que ce risque persiste. À quel point doit-on s’en soucier ? « Il faudrait pouvoir comparer avec les risques de handicap permanent qu’on court avec d’autres maladies ou des accidents, et on n’en est pas encore là », affirme Simon Décary. 

Peut-être que sur le plan individuel, ce risque sera mince. Il pourrait toutefois augmenter au fil du temps avec les réinfections, ce qu’on ne sait pas encore, ou baisser avec les médicaments antiviraux, les traitements donnés aux personnes hospitalisées et les doses de vaccin répétées. Et on ne sait pas ce que nous réservent les prochains variants. 

D’autres études, d’autres chiffres

Une des premières études sur l’effet de la vaccination, menée au Royaume-Uni, a révélé en janvier 2022 une baisse de moitié du risque de COVID longue après une ou deux doses de vaccin, elle aussi basée sur les éléments notés dans Zoe.

Une vaste étude publiée fin mai dans Nature, et réalisée à partir des dossiers électroniques de santé de cinq millions de vétérans américains, a observé une diminution bien moindre, de l’ordre de 15 %. Elle portait toutefois sur un groupe de gens plus âgés que la population moyenne, comportant 90 % d’hommes, et prenait en compte toutes les séquelles post-COVID à six mois (dont des problèmes qui pourraient ne pas être directement causés par la COVID, comme le risque d’infarctus, par exemple) et non pas simplement ce que d’autres chercheurs considèrent comme des manifestations de la COVID longue. Ces restrictions importantes font que ces résultats sont difficilement transférables à la population générale.

Une autre étude publiée en juin et portant sur 2 560 travailleurs de la santé en Italie a estimé quant à elle que le nombre de doses de vaccin reçues a un effet notable sur le risque de COVID longue de quatre semaines ou plus, dont la prévalence dans ce groupe était de 48 % pour les personnes non vaccinées, 30 % chez les personnes ayant reçu une dose, 17,4 % avec deux doses et 16 % avec trois doses. Autrement dit, selon cette étude, le risque de COVID longue est divisé par trois avec trois doses de vaccin. 

Cependant, les variants contractés par les participants à cette étude ont aussi changé au fil du temps : dans la première vague, 48 % des personnes infectées ont souffert du syndrome post-COVID, contre 35 % dans la deuxième vague et 16 % dans la troisième.

Et les enfants ?

Le consensus semble établi : chez les enfants, la COVID longue est moins fréquente, et moins grave, que chez les adultes. Mais il reste bien des incertitudes sur le risque. Récemment, une étude a fait grand bruit, car elle a été interprétée comme annonçant que 6 % des enfants infectés développaient une COVID longue. Mais plusieurs éléments font que ce chiffre pourrait être surestimé : d’abord, il concerne des enfants ayant consulté dans des urgences, ce qui exclut d’emblée tous les cas de COVID asymptomatiques ou assez légers pour que l’enfant ne soit pas vu en urgence — ce qui représente la grande majorité de ceux qui contractent cette maladie. L’étude ne comportait pas de groupe témoin, et seulement 110 enfants ont été suivis pendant trois mois, dont 66 avaient été hospitalisés. Par ailleurs, elle couvre la période de mars 2020 à janvier 2021, soit avant la vaccination des enfants et les variants actuels.

Un bilan qui s’alourdit progressivement

Sur le plan sociétal, à cause du nombre de personnes touchées, les effets de la COVID sur la prévalence des handicaps permanents risquent fort d’être énormes.

Au Royaume-Uni, l’ONS a signalé au début août une baisse du nombre de personnes se déclarant atteintes de la COVID longue par rapport à mai 2022. On avait observé une première diminution en juin, puis le nombre a baissé encore pour s’établir à 1,8 million de personnes au début juillet. Les chiffres sont récoltés auprès de la population britannique de tout âge ne vivant pas en établissement, ce qui fait que la prévalence actuelle de la COVID longue (de plus de quatre semaines) au Royaume-Uni est estimée à 2,8 % de la population.

En 2021, une baisse d’une ampleur semblable avait été notée à la même période de l’année, signe qu’une partie des cas de syndrome post-COVID ayant suivi des infections contractées en hiver ont fini par disparaître. 

Mais entre les deux années, le total de personnes se disant atteintes de la COVID longue a doublé. Comme la méthodologie du sondage n’a pas changé entre-temps, cela signifie que le nombre de cas réels a probablement doublé aussi, même s’il pourrait être un peu différent de ce qui est mesuré. 

Dans la dernière enquête, les trois quarts des personnes touchées ont déclaré que la COVID longue les empêchait de vaquer normalement à leurs occupations habituelles, et une sur cinq a estimé que les limites étaient majeures.

Et une personne sur cinq a aussi dit que ses symptômes duraient depuis plus de deux ans. 

Comparés au profil général de la population britannique, plusieurs groupes sont surreprésentés parmi les gens se disant atteints de la COVID longue : les femmes, les personnes âgées de 35 à 69 ans, les habitants des quartiers défavorisés, les travailleurs de la santé et des services sociaux, les chômeurs et les gens souffrant d’autres problèmes de santé. 

« Si on se base sur ce qu’on sait des syndromes postinfectieux d’autres maladies et sur les études actuelles, on peut penser que la moitié des personnes touchées par une COVID longue durant au moins trois mois vont se remettre en moins d’un an et 30 % de plus en moins de deux ans. Après, les chances de guérir spontanément semblent très minces pour l’instant », explique Simon Décary. 

Garder espoir

Tous ces constats amènent les gouvernements à accorder à la COVID longue une attention bien plus importante qu’au début de la pandémie. Ça bouge ! Au Québec, la mise en place des cliniques post-COVID promises ce printemps avance bien, selon Simon Décary, qui s’attend à de nouvelles annonces avant les élections. La recherche sur des traitements progresse elle aussi. Au Canada, la conseillère scientifique en chef, Mona Nemer, vient de réunir un groupe de travail sur la condition post-COVID pour définir les priorités de recherche quant aux effets sanitaires et socioéconomiques. Les États-Unis, eux, ont lancé une grande stratégie de recherche, baptisée Recover, dotée d’un budget de 470 millions de dollars. Et selon un bilan du magazine Nature, au moins 26 études cliniques randomisées sont en cours dans le monde pour tester des traitements contre la COVID longue.

Un problème de définition

Encore aujourd’hui, mettre des chiffres sur la COVID longue est un énorme défi, car la définition même de cette maladie n’est pas uniforme. Il semble d’ailleurs de plus en plus clair qu’elle recouvre plusieurs problèmes bien distincts.

En octobre dernier, l’OMS a arrêté une définition de l’affection post-COVID à l’issue d’une consultation avec environ 200 experts dans le monde. Cette définition reste toutefois assez floue et n’a pas eu beaucoup de succès auprès des chercheurs et des autorités des différents pays. 

Selon les études, la liste des symptômes considérés varie en gros d’une vingtaine à 200, ou alors ce qui en fait partie est laissé au libre choix des répondants aux enquêtes. La gravité des symptômes n’est pas qualifiée de manière uniforme, pas plus que leur durée. Certaines études portent sur l’ensemble des cas de COVID, d’autres seulement sur les gens qui n’ont pas été hospitalisés, d’autres encore uniquement sur les personnes qui ne vivent pas dans des établissements comme les CHSLD. Et les enfants sont un cas à part. Bref, vraiment pas facile d’y voir clair ! 

L’Office of National Statistics (ONS) du Royaume-Uni, qui estime chaque mois la prévalence de la COVID longue dans ce pays depuis le début 2021, la définit comme des symptômes persistant au moins quatre semaines après l’infection qui ne peuvent pas être expliqués par autre chose. L’Agence de la santé publique du Canada, elle, parle de COVID longue seulement lorsque des symptômes sont toujours là plus de trois mois après l’infection, tout comme l’OMS. 

Les National Institutes of Health américains regroupent quant à eux sous l’expression « séquelles postaiguës de l’infection par le SRAS-CoV-2 » (PASC) tout ce qu’une infection est susceptible de changer dans l’état de santé futur des personnes touchées, ce qui inclut des symptômes plus ou moins persistants de la COVID — la COVID longue —, mais aussi des maladies qui pourraient survenir plus tard dans la vie et dont le risque pourrait avoir été augmenté par le fait d’avoir eu la COVID. Démêler tout cela va prendre des années.

Note

La version originale de cet article a été modifiée le 25 août 2022 pour préciser que la baisse signalée par l’ONS au Royaume-Uni concernait le nombre de cas de COVID longue, et non de COVID.

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Chère Madame Borde,

Voilà un article synthèse bien fouillé qui tombe à point. Merci de nous informer avec la plus grande rigueur. Cela me conforte dans l’intuition que les risques de « covid longue » diminuent avec le renforcement du système immunitaire et les doses vaccinales de rappel. J’ai apprécié votre effort de définition de la « covid longue ». C’est fondamental.

Comme plusieurs, j’aimerais passer à autre chose, mais la réalité de dépend pas de notre volonté. Touchons du bois et restons vigilants en espérant qu’un nouveau variant plus dangereux ne fasse irruption.

Bravo aux scientifiques qui ont créé des vaccins certes imparfaits mais combien indispensables et à nos héros en blouses bleues, blanches et vertes qui portent notre système de santé à bout de bras.

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

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