Experts sous influence pour la prescription d’opioïdes

L’American Geriatric Society, qui réunit plus de 6400 médecins américains spécialisés en gériatrie, aurait caché plusieurs conflits d’intérêts de ses experts en lien avec la prescription de médicaments opioïdes aux aînés, selon une enquête du Milwaukee Journal Sentinel, qui a peut-être mis le doigt sur une des causes du problème de la dépendance aux opioïdes d’ordonnance qui explose dans tous les pays industrialisés, tout comme le trafic de ces médicaments.

L’équipe de journalistes Watchdogs du Milwaukee Journal Sentinel, qui a gagné deux Prix Pulitzer depuis 2008 pour ses enquêtes dans le milieu de la santé, a analysé dans le détail les déclarations de conflits d’intérêt des médecins ayant participé à l’élaboration des lignes directrices pour la prescription des médicaments antidouleurs aux personnes âgées.

Depuis 2007, la prescription d’opioïdes aux Américains de plus de 60 ans a augmenté de 32 % pour représenter aujourd’hui un marché de 9 milliards de dollars et les compagnies qui vendent ces médicaments ont consacré des millions de dollars à promouvoir leurs produits auprès des médecins et du grand public, selon l’enquête.

Les opioïdes comme l’Oxycontin qui étaient auparavant réservé aux personnes atteintes de cancer et au soulagement de courte durée après une chirurgie ou un accident sont désormais largement prescris à long terme pour soulager des douleurs moindres, à la place de médicaments comme l’ibuprofène, par exemple.

En 2009, la American Geriatrics Society a produit des lignes directrices conseillant aux médecins de prescrire des opioïdes plutôt que des antidouleurs en vente libre aux gens de plus de 75 ans atteints de douleurs modérées à sévères, même si plusieurs experts mettaient en garde les médecins contre les répercussions néfastes de la dépendance aux opioïdes.

Les 10 experts membres du panel avaient justifié leur recommandations par les études publiées dans des revues savantes et par leur propre expérience, tout en reconnaissant dans leur rapport que la preuve scientifique était «mince».

Sauf que 5 de ces 10 experts se trouvaient à cette époque en conflit d’intérêt, d’après l’enquête du journal, et recevaient directement ou indirectement de l’argent des compagnies pharmaceutiques produisant les opioïdes.

L’un d’eux, professeur à l’université de l’Utah, avait agi comme consultant ou conférencier invité pour pas moins de six compagnies actives dans ce domaine !

Pourtant, selon Andrew Kilodny, psychaitre et président de l’organisme Physicians for Responsible Opioid Prescribing cité dans l’article du Journal Sentinel, il aurait été facile de trouver des experts indépendants.

Les recommandations de la American Geriatrics Society ont certainement influencé les pratiques des médecins bien au delà des frontières des États-Unis, ainsi que les décisions des autres organisations émettant des lignes directrices dans le monde, notamment au Canada.

La semaine dernière, La Presse a consacré une série d’articles aux ravages de la dépendance à ces médicaments et au vol d’opiacés dans les pharmacies.

Au Québec, le nombre de consommateurs d’opiacés sur ordonnance a bondi de 182 % de 2000 à 2010, pour s’établir aujourd’hui à 235 599 personnes. Durant la même période, les dépenses du gouvernement pour le paiement de l’OxyContin ont augmenté de 1280 %, explique la Presse.

En octobre dernier, le quotidien révélait dans un autre article que certaines personnes âgées revendent leurs ordonnances à des junkies.

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