Fausses factures des firmes d’ingénieurs: « tolérance » ou « normalité »?

L’ex-vice-président de la firme Genivar, François Perreault poursuivait ce matin son témoignage éclairant à la CEIC, dévoilant un stratagème des fausses factures pour payer notamment Union Montréal. « Il y a une tolérance » a-t-il dit. À un système de fraude, on comprend. Mais si c’était simplement « normal »?

Pitoyable, que des firmes de génies agissent ainsi, alors qu’elles défendent souvent leur probité et sont impliquées partout dans la gestion de projets financés par les fonds publics. On s’entend. Mais cette question de la « tolérance » m’apparaît mal posée.

La tolérance est l’acceptation d’un comportement « anormal », qui dépasse la norme acceptée. Mais quelle est la norme acceptée? Pas la norme écrite, qui est claire, mais dans ce qui se pratique tous les jours? Je veux dire : pour rénover une cuisine, payer un terrassement, couper des arbres ou tous les menus services? Vous me voyez venir?

Vous avez sûrement déjà entendu cette question : « Avec ou sans facture »? « Avez ou sans taxe? »Souvent prononcée plus bas que le reste du boniment. Sur un ton complice… de « collusion »?

On ne s’en vante pas tout haut, mais on se comprend : c’est une question « acceptable », qui fait partie de la conclusion de beaucoup de petits contrats. Mais quelle est donc la réponse « normale »?

Si on répond « avec facture », on se fait parfois regarder bizarrement, non?  « Tu veux vraiment payer des taxes? » dit parfois le fournisseur, pris au dépourvu.

On en convient, c’est un peu téteux, de payer des taxes. La « norme » quotidienne, en ce domaine, n’est-ce pas « sans facture ». Et dans les milieux que la CEIC nous dévoile, la « norme » n’est non plus toujours celle prescrite par la loi.

Alors est-ce vraiment par « tolérance » que Genivar acceptait ainsi de délivrer des fausses factures pour payer un parti politique? Ou n’était-ce pas tout simplement parce que c’était devenu un peu « normal » et que nous « tolérons » tous ça, un peu, chaque jour?

« Quand tout le monde est là et en retire son bénéfice… » soupirait monsieur François Perreault.

« C’est donc dire que toutes les firmes avaient l’appât du gain et peu de conscience sociale » a ajouté avec à propos dépit la Juge France Charbonneau…

Parce que ceux qui écopent, au fond, c’est tout le monde, par le biais des impacts sur nos systèmes publics de solidarité.

Le CEIC, n’est-ce pas aussi un regard posé sur nous-mêmes?

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Que dire des frais en médecine dont il est impossible de suivre la trace..?? Plus personne ne peut savoir ce que coûte réellement l’utilisation des services médicaux et ce serait pourtant un début de conscience. Pourtant, on en a de moins en moins pour de plus en plus de hausses.