Faut-il arrêter les malades qui ne suivent pas les règles ?

Notre journaliste avait rendez-vous avec son enfant pour une otite. Avant elle, une dame potentiellement atteinte de la COVID-19 a menti sur ses symptômes pour voir un médecin de la clinique. Est-ce criminel ?

Photo : iStockPhoto

J’écoutais le point de presse quotidien de François Legault samedi, pendant lequel il a été question des personnes qui ne respectent pas leur quarantaine alors qu’elles se savent malades. Faudrait-il des mesures plus coercitives ? Je n’ai pas envie que le Québec ressemble à la Chine à cet égard — on ne se mettra pas à souder les portes des maisons pour empêcher le monde de sortir ni à embarquer sauvagement dans une fourgonnette les gens qui font de la fièvre. Mais une mésaventure vécue vendredi me porte à réfléchir.

 Je venais de franchir le seuil de la clinique médicale de ma région en compagnie de mon fils, en raison d’une possible otite, quand j’ai aperçu le visage effaré du personnel soignant. L’une d’elles se frottait frénétiquement les bras jusqu’aux coudes avec du savon. C’est qu’une patiente qui présentait tous les symptômes de la COVID-19 venait de sortir, escortée d’une infirmière. Elle avait menti pour obtenir un rendez-vous. Les consignes de la santé publique sont pourtant claires : si on a de la fièvre et de la toux et qu’on a voyagé à l’extérieur du pays récemment, ou qu’on a été en contact avec des gens ayant voyagé, pas question de se pointer dans n’importe quel établissement de santé. Il faut composer le 1 877 644-4545. Au besoin, les répondants transmettent les cas potentiels à l’une des 31 cliniques désignées au Québec, où le personnel médical dispose de tout l’arsenal pour se protéger du très contagieux virus SARS-CoV-2, responsable de la pandémie de COVID-19.

La patiente qui s’est présentée à la clinique de mon village ne pouvait l’ignorer — la secrétaire répète les consignes et fait subir un interrogatoire en règle avant de proposer un rendez-vous. C’est donc en toute connaissance de cause que la dame a contourné les règles. Dans le cabinet de la médecin, elle a fini par avouer qu’elle revenait effectivement de voyage, après que cette dernière l’eût auscultée sans équipement de protection particulier, tout comme l’infirmière au triage avant elle. La dame avait aussi passé du temps dans la salle d’attente, contaminant peut-être d’autres personnes.

On m’a demandé de sortir avec mon fils et d’attendre dans la voiture, le temps que l’équipe désinfecte les lieux. Je suis plutôt rentrée à la maison — tant pis pour le mal d’oreille. La secrétaire de la clinique m’a dit : « Je vous comprends, madame. » Manifestement, elle avait le goût de rentrer chez elle, elle aussi. Imaginez le week-end d’angoisse qu’a dû vivre le personnel soignant, à surveiller l’apparition du moindre symptôme. Je pense aussi aux commerces de ma région, où la dame tripote peut-être les bananes que je vais acheter, ou la bouteille de vin si bénéfique à ma santé mentale en ces temps de pandémie. Elle n’a peut-être pas la COVID-19. Mais mettre ainsi des gens à risque me semble à la limite de la légalité. La clinique aurait-elle pu — ou même dû — appeler la police ?

La réponse à cette question n’est pas claire comme de l’eau de roche, m’ont dit en fin de semaine des représentants de la police et du ministère de la Santé, ainsi que l’avocat Julien David-Pelletier, collaborateur à L’actualité. La situation est inédite pour tout le monde.

Pour le moment, les policiers doivent obtenir un ordre de la Direction de la santé publique avant d’intervenir. C’est ce qui s’est passé vendredi quand le Service de police de la Ville de Québec a arrêté une personne atteinte du coronavirus qui ne respectait pas sa quarantaine. Elle a été conduite à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec.

Mais sinon, les policiers misent surtout sur la « collaboration des citoyens et les actions de sensibilisation », même quand les gens font fi des mesures obligatoires décrétées depuis qu’on est en état d’urgence sanitaire — comme l’interdiction de se rassembler ou de se tenir à moins de deux mètres d’une autre personne, par exemple. C’est la consigne qu’ils ont reçue de la Direction de la santé publique, qui pourrait toutefois décider de hausser le ton dans les jours à venir, surtout à l’égard des gens qui se savent infectés et qui se baladent tout de même dans la nature. Horacio Arruda, le directeur national de la santé publique, a dit hier en point de presse que « les droits d’un individu s’arrêtent là où l’impact à la communauté est très élevé », et que « les directeurs [de santé publique] n’auront pas de problème à envoyer des agents de la paix, qui vont s’organiser pour que la personne soit isolée ».

La Loi sur la santé publique du Québec permet aux directeurs de santé publique d’ordonner à quelqu’un de s’isoler pour 72 heures, ou de respecter « certaines directives précises afin d’éviter toute contagion ou contamination », s’il y a motif de croire que cette personne a été en contact avec « un agent biologique transmissible médicalement reconnu comme pouvant mettre gravement en danger la santé de la population ».

Cette même loi indique aussi qu’une personne qui fait une fausse déclaration, ou une mention fausse ou trompeuse, dans le but d’induire en erreur le ministre, le directeur national de santé publique, un directeur de santé publique ou une personne autorisée à agir en leur nom, est passible d’une amende de 1 000 à 6 000 dollars. Est-ce que ça s’applique à la dame ayant obtenu un rendez-vous à ma clinique sans dire qu’elle avait voyagé ? Je ne sais pas encore. Mais dans tous les cas, ça ne me semble pas cher payé, compte tenu de la gravité de son geste. 

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Petit retour en arrière : on se souviendra que les gens qui sont revenus de Chine sur des vols nolisés du gouvernement canadien ont été placés en quarantaine de 14 jours sur une base militaire près d’Ottawa. C’était une précaution normale dans les circonstances.

Toutefois, depuis ces quelques épisodes, c’est devenu le « free for all » et on a commencé à parler d’isolement volontaire. On venait d’ouvrir la porte toute grande à la pandémie. Évidemment, le gouvernement s’est dit qu’il ne pourrait pas, avec les moyens du bord, forcer la quarantaine dans des endroits sécuritaires pour la horde de voyageurs qui revenaient de l’étranger (dont beaucoup de touristes étrangers pendant un certain temps). On n’a pas voulu se donner les moyens de se protéger et on a préféré dire aux vieux de 70 ans et + de rester chez eux pour se protéger de la horde de voyageurs qui rentrent au pays…

Donc, pas étonnant qu’on ait ce scénario de gens qui se fichent des « suggestions » du gouvernement car ce ne sont que ça, des suggestions puisque l’État ne peut plus rien faire ayant laissé entrer le loup dans la bergerie. Peut-être que si on était sérieux, on mettrait au moins ces récalcitrants en quarantaine forcée sur une base militaire; ça en découragerait probablement un certain nombre de faire les fanfarons et de ne pas se préoccuper de la santé des autres.

Ma première constatation, c’est qu’on n’échappera pas à la pandémie. Tout ce qu’on peut faire, c’est d’essayer de limiter le nombre de malades par semaine dans les hôpitaux.

Ma seconde constatation, c’est que le nombre de personnes infectées présentement semble bien faible au pays. Je me demande si on n’a pas pris des mesures excessives trop vite, ce qui aura pour effet de limiter grandement la propagation, et de la retarder sur des mois, voire des années.

Sur le plan humain et économique, on ne peut pas vivre en isolation pendant des mois ou des années. Si l’économie est trop affectée, les gens auront de la difficulté à joindre les deux bouts. C’est déjà un problème pour les démunis avec la fermeture des banques alimentaires.

C’est une chose de vouloir protéger les personnes qui ont une santé fragile, mais si l’économie dérape, on aura d’énormes pertes d’emploi et des faillites ; des gens perdront leur maison, ou ne pourront plus payer leurs loyers, etc. Couplé à l’isolation, ceci engendrera bien des dépressions et des suicides.

Bref, le remède actuel va-t-il être pire que le mal ? Va-t-on trop loin avec nos mesures de protection ?

Je comprends que vous êtes d’accord avec la stratégie initiale ado ptée par le gouvernement Trudeau, qui semblait consister à intervenir au minimum afin de ne pas trop nuire à l’économie.

On peut cependant constater que les pays – la Chine et, surtout, la Corée du Sud – où ont été observés les meilleurs succès contre le COVID-19 sont ceux où de sévères mesures ont été mises en place, et où les citoyens sont généralement disciplinés.

Par ailleurs, les pays – notamment la Grande-Bretagne et les Pays-Bas – ayant d’abord adopté la stratégie du laisser-faire, ont rapidement réalisé que cela revenait à sacrifier volontairement une certaine partie de la population, et se sont ravisés.

Alors, il s’agit d’établir la priorité entre économie et vie humaine. Sans compter que certains pourraient voir des bénéfices collatéraux au sacrifice d’un certain nombre de citoyens, surtout âgés : par exemple l’accélération du transfert de richesse entre les générations. Bien sûr, personne n’évoquera cet argument parmi les tenants du laisser-faire.

Après tout, depuis le temps que certains ont hâte de se débarrasser des boomers, l’occasion paraît belle…

Une question qui se pose ! Un proche m’a rapporté que des situations similaires se sont produites dans sa propre clinique, à plus d’une reprise ! Ça met tous les intervenants en danger et ça force la mise en quarantaine du personnel (médecins, infirmières), au moment où on a le plus de besoins. Lorsque des gens ont un tel mépris pour la vie des autres, j’ai peur pour ce proche, qui met tout son intelligence, ses connaissances et son cœur à justement protéger la vie des autres.

L’humanité fait face en ce moment à un danger mortel : un dangereux virus combiné avec la bêtise que démontrent trop de gens. Comme l’a si bien dit Einstein : « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »