Faut-il avoir peur… de devenir crétin ?

Selon certains chercheurs, l’être humain serait en train de s’abêtir. Le développement de notre intelligence est-il réellement en péril ? 

Photo : RichVintage / Getty Images

Les produits chimiques sont-ils en train d’affecter notre intelligence ? Cette thèse pour le moins inquiétante est défendue par des chercheurs interviewés dans Demain, tous crétins ?, un documentaire français qui fait grand bruit. Mais leurs preuves sont encore bien minces !

L’idée que l’être humain s’abêtit a pris de la vigueur avec la publication d’une demi-douzaine d’études récentes, qui ont montré que les résultats moyens aux tests de quotient intellectuel baissent ou stagnent dans certains pays depuis les années 1990. Mais que peut-on vraiment déduire de ces études ? Pas grand-chose.

D’abord, il faut savoir que les tests de Q.I., inventés il y a près d’un siècle pour comparer les capacités d’une personne à celles de la moyenne, sont une mesure imparfaite de l’intelligence, une faculté complexe que la science comprend encore mal. Toute interprétation est donc sujette à caution.

Nombre d’études menées à partir des années 1980 ont montré qu’au XXe siècle la moyenne des résultats aux tests de Q.I. avait augmenté de trois points par décennie dans les pays industrialisés. Ce phénomène, appelé l’effet Flynn, fait maintenant l’objet d’un consensus scientifique. Mais on ne sait ni à quoi il est dû ni ce qu’il signifie vraiment. Des chercheurs, par exemple, pensent que les progrès dans l’éducation et la nutrition ont pu bénéficier au Q.I. moyen.

Assisterait-on aujourd’hui à un effet Flynn inversé ? Les études publiées jusqu’ici ne font pas consensus : trop peu nombreuses, elles ont surtout porté sur de petits groupes de gens, ont donné des résultats peu significatifs ou qui variaient beaucoup selon les échantillons. L’interprétation de ce phénomène, s’il existe, n’est pas non plus évidente. Les progrès qui pourraient avoir dopé l’intelligence dans le passé sont-ils simplement moins marqués de nos jours ? Les tests de Q.I. sont-ils moins adaptés à la réalité du XXIe siècle ? On ne le sait pas.

Les scientifiques en vedette dans Demain, tous crétins ? ont, eux, trouvé les coupables : les perturbateurs endocriniens. Il est vrai que de multiples substances — les pesticides, par exemple — peuvent interférer avec des mécanismes hormonaux. La recherche en ce sens avance, et par précaution, on a restreint l’usage de molécules comme le bisphénol A et certains retardateurs de flamme. Mais on peine à établir les effets réels de ces produits que le corps humain absorbe généralement à des doses infimes. Et une chose est sûre : on n’a aucune preuve claire que l’un d’eux nuit à nos capacités intellectuelles !

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11 commentaires
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Voici un article bien peu et bien mal documenté.

Les études pullulent sur la toxicité des pesticides, insecticides, cosmétiques, savons, lessives, additifs alimentaires, OGM, produits pharmaceutiques (en prise directe et indirecte – par l’eau de consommation), hormones, stéroïdes, nanoparticules, plastiques, composants des produits manufacturés, polluants atmosphériques, ondes, bruit, contenus des médias, réseaux sociaux, etc.

Les maladies endocriniennes augmentent, le taux de prévalence de l’autisme aussi ( je ne le range pas dans la crétinerie), les formes diverses du TDAH (je ne le range pas dans la crétinerie), la détresse humaine générale : bref, tous phénomènes qui ne démontrent pas le rehaussement de la santé humaine, laquelle ne peut pas être lus en silos.

Un peu de négligence dans cet article….

Vu votre réponse (très mal documentée), il semble vrai que les gens s’abrutissent. Toxicité des ogms? Des produits pharmaceutiques? De la lessive? Vous prenez ça où? Sur le site de Greenpeace? C’est la réponse typique des antisciences de gauche malheureusement.

Au lieu de chercher vainement la preuve « scientifique » (i.e. neurobiologisante) de la prédominance du crétin, je conseille plutôt aux lecteurs le formidable bêtisier de Fruttero et Lucentini, ‘LA PRÉDOMINANCE DU CRÉTIN’ (1989).

Le premier tome ainsi intitulé est facile à trouver en Livre de poche. Les deux sequels, ‘LA SAUVEGARDE DU SOURIRE’ (1990) et ‘LE RETOUR DU CRÉTIN’ (1993) (éditions Arlea) sont hélas disponibles seulement en édition courante (donc plus chers). Comme d’habitude avec les livres italiens, les trois tomes ont été traduits en français et bien d’autres langues, mais pas en anglais.

C’est dévastateur, ironique, grinçant, éclairant, terriblement « on target », de plus en plus contemporain à mesure que le temps passe, et surtout c’est à se tordre de rire !

Pour madame Borde, puisqu’elle est vulgarisatrice scientifique, signalons-lui justement un court article dans ‘LE RETOUR DU CRÉTIN’ qui nous montre (je cite de mémoire, hélas) que «s’il existe certes une science bienfaisante et une science malfaisante, il existe aussi une science stupide». F et L y commentent une recherche sur la pollution qui conclut, triomphale – car ça n’avait jamais été établi scientifiquement auparavant, hi hi – que la ville est plus polluée que la campagne. Bravo, ragazzi !

donc ce reportage nous sit absolument rien, sauf que les études scientifiques faites ne comptes pour rien? En tout cas, avoir vécu plus de 40 ans je peux constater pour moi même que les gens deviennent de plus en plus crétin.

Le film Demain tous crétins se présente comme un reportage scientifique, mais il n’a de reportage que le nom. C’est plutôt un reportage pseudoscientifique alarmiste et à forte tendance apocalyptique, puisqu’on va même jusqu’à suggérer que notre cerveau est en danger de disparaitre… De plus, les coupables sont identifiés comme les perturbateurs endocriniens, et ce, sans preuves crédibles. Le film ne fait référence qu’à des corrélations, et nous fait croire que cela établit un lien de cause à effet, ce qui est tout à fait faux. Ce film nous prend pour des crétins…

Bien sûr, bien des études ont démontré des effets nocifs des perturbateurs sur les animaux, mais, la plupart du temps, on a utilisé des doses auxquelles les humains ne sont pas exposés. L’effet chez l’humain n’est donc pas démontré. De plus, la baisse du QI ne semble pas affecter certains pays comme les États-Unis. Elle affecterait plutôt les pays européens, et l’explication avancée par l’un des chercheurs est que les gens de bas QI ont davantage d’enfants que ceux de haut QI. Rien à voir avec des produits chimiques quelconques.

Pour un complément d’infos, je recommande les articles suivants: http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/detecteur-rumeurs/2018/02/06/demain-cretins-3-choses-savoir-baisse-qi
Une critique du film: https://www.soundofscience.fr/644
Sur les perturbateurs endocriniens: http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2907

Michel Belley
VP Sceptiques du Québec

Intéressante mise au point.

Mais dites donc : « L’explication avancée par l’un des chercheurs est que les gens de bas QI ont davantage d’enfants que ceux de haut QI. » Ah, le fameux « QI » serait donc héréditaire ?

Parlant de scepticisme, je suis assez généralement méfiant à l’égard des explications naturalistes. Trop lu Vercors, sans doute. Ou Croce.

@ Marc Provencher
Pour ce qui est de l’héritabilité du QI, elle est assez bien établie. On parle de 50 à 80% d’héritabilité. Mais le QI est corrélé aussi avec l’éducation, les notes en mathématique et le statut socioéconomique.
L’un des meilleurs critères prédictifs du QI d’une personne, c’est aussi le nombre d’années d’étude de la mère.
On sait aussi que l’éducation permet d’augmenter le QI d’une personne, du moins temporairement. Lorsque la personne cesse d’étudier, son QI redescend généralement au niveau de celui de ses parents.

«bref, tous phénomènes qui ne démontrent pas le rehaussement de la santé humaine»

Pourtant, nous vivons de plus en plus vieux (sauf aux États-Unis). À vous lire, il y a un paradoxe non?

On parle de l’influence des polluants et autres agents perturbateurs tels l’hérédité, les études, etc, mais oublie-t-on volontairement les influences technologiques tels appareils dits « intelligents », la robotisation et l’intelligence artificielle dont seront-dotés ces robots et autres appareils plus ou moins utiles ? Quand je vois des gens de tous âges avachis devant leur cellulaire de 5 à 10 heures par jour à attendre après je ne sais quoi, à jouer à des jeux sans fin et totalement vides de toute intelligence, à lire des potins aussi stupides que leurs vedettes à qui ils vouent un culte d’idolâtrie irraisonné… Alors, je ne suis pas surpris de voir la moyenne du QI universel en pleine déchéance. Oui, le monde s’abêtit et on ne peut plus rien y faire, il est déjà trop tard.

Votre article est bien peu et bien mal documenté, il discrédite le volet scientifique de la revue L’Actualté, dommage.

« Le contraire de crétin n’est pas intelligent mais sobre. »

– Fruttero et Lucentini, ‘LE RETOUR DU CRÉTIN’