Faut-il avoir peur… de la bigorexie?

La bigorexie, qu’on nomme parfois «anorexie inversée», est très difficile à diagnostiquer et à traiter.

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Selon certaines estimations, jusqu’à une personne sur 10 qui fréquentent les salles de musculation souffrirait de bigorexie, un trouble mental qui perturbe le rapport au corps, considéré comme pas assez musclé, trop petit ou trop maigre. Les jeunes hommes seraient particulièrement à risque. Alors que de nombreuses personnes profiteront sûrement de la nouvelle année pour prendre la bonne résolution de faire plus d’activité physique, faut-il s’en inquiéter?

Le mot «bigorexie» a été inventé dans les années 1980 à partir de l’adjectif anglais «big» (gros) et du suffixe grec «orexia», qui signifie désir ou appétit. Les chercheurs parlent plutôt de dysmorphie musculaire. On entend aussi parfois l’expression «anorexie inversée».

Ce trouble est très difficile à diagnostiquer et à traiter, car il est encore mal connu. Les personnes touchées ne savent pas qu’elles sont malades ou ne veulent pas être considérées comme telles et se cachent pour souffrir en silence plutôt que de consulter.

Elles sont obsédées par l’idée de pouvoir se modeler un corps qui les satisfasse, n’hésitant pas à passer de très longues heures au club de gym, à courir ou à faire des exercices seules chez elles, aux dépens de leurs autres activités sociales. Elles recourent à toutes sortes de suppléments alimentaires ou de régimes parfois déséquilibrés, souvent bien trop riches en protéines et pauvres en gras, censés les aider à atteindre leur but. Elles ont généralement l’air en excellente santé, du moins en apparence.

Mais elles sont incapables de se fixer des objectifs réalistes, ne sont jamais satisfaites du résultat et n’exhibent pas leur musculature (contrairement aux culturistes). Quels que soient leurs efforts, le combat n’est jamais terminé, le corps jamais assez parfait. S’ensuit une grande détresse, qui parfois finit par tourner à la dépression.

Dans la classification de la dernière édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le DSM-5, publié en 2013, la dysmorphie musculaire fait partie des «troubles obsessionnels compulsifs et connexes». Même si les personnes touchées ont l’air «accros au sport», ce ne serait donc pas vraiment une dépendance, mais plutôt une obsession maladive. D’autres chercheurs considèrent plutôt qu’il s’agit d’une forme d’anorexie, qui toucherait particulièrement les garçons à l’adolescence ou au début de l’âge adulte.

En 2002, trois chercheurs américains publiaient un livre-choc, The Adonis Complex, dans lequel ils évoquaient un véritable drame silencieux se déroulant dans les salles de sport. Depuis, des études réalisées un peu partout dans le monde ont permis de raffiner les questionnaires pour détecter la bigorexie. Les chercheurs ont trouvé des personnes atteintes aux quatre coins de la planète. La valorisation sociale de l’exercice physique et d’une image corporelle saine encouragerait l’apparition de cette maladie.

Mais la bigorexie reste extrêmement mal connue. La plupart des études ont porté sur de petits groupes, généralement des hommes jeunes fréquentant des salles de musculation. On ne peut donc pas déduire la prévalence de ce trouble dans la population générale ou chez les gens qui s’entraînent autrement, en courant ou en multipliant les tractions dans leur sous-sol. Même l’estimation de 10 % de personnes atteintes parmi les gens adeptes des clubs sportifs, évoquée lors d’un reportage de la BBC, est très incertaine.

Une revue de la littérature scientifique publiée récemment montre que la recherche est encore très embryonnaire: on ne sait pas quelles personnes sont plus à risque d’être touchées ni ce qu’il faudrait vraiment faire pour les aider. Et la prévention est à peu près inexistante.

En attendant, si vous voyez qu’une personne de votre entourage commence à être obsédée par le sport au point de négliger ses autres activités, qu’elle scrute son alimentation à la loupe, ne semble pas satisfaite malgré tous ses efforts et continue de s’entraîner lorsqu’elle est blessée, il est peut-être temps de lui en parler. Plusieurs organismes, comme l’Association des parents et amis de la personne atteinte de maladie mentale, donnent des conseils sur la façon d’inciter quelqu’un à consulter si on soupçonne qu’elle va mal.


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