Faut-il avoir peur… de la canicule?

D’ici 2050, les canicules feront en moyenne au moins 550 morts de plus par an qu’aujourd’hui… et une plus grande partie du Québec sera à risque.

Après un hiver plutôt froid, nombreux sont les Québécois qui rêvent à des températures estivales dignes de ce nom jusqu’en septembre. Mais gare aux vagues de chaleur, dont le nombre va augmenter année après année en raison des changements climatiques !

Pour l’instant, les épisodes de canicule demeurent rares : il en survient en moyenne un tous les deux ans dans le sud du Québec.

Mais avec les changements climatiques, le nombre et la durée des vagues de chaleur iront en augmentant au Québec, prévoit Ouranos, un consortium de recherche sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques.

Ces chercheurs ont estimé que d’ici 2050, la température moyenne dans le sud de la province grimpera d’au moins 2,5 °C. Les canicules feront alors en moyenne au moins 550 morts de plus par an qu’aujourd’hui, et une plus grande partie du Québec sera à risque.

Quand la chaleur tue

Au-delà d’un certain seuil (propre à chaque région du monde), le taux de mortalité augmente directement avec la température, montrent les études.

Au Québec, selon une analyse (pdf) réalisée en 2006 par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le nombre de morts par jour commence à grimper avec la température dès qu’il fait plus de 10 °C en moyenne du jour et de la nuit.

À Montréal, selon les calculs des chercheurs, lorsqu’on dépasse 33 °C le jour et 22 °C la nuit pendant plus de trois jours, la mortalité peut augmenter de 60 % par rapport à la normale. La dernière grande vague de chaleur, en 2010, a fait 106 morts dans la métropole et envoyé de nombreuses personnes à l’hôpital.

Tous à risque

Personne n’est immunisé contre la chaleur. La déshydratation guette particulièrement les bébés et les personnes âgées. Le coup de chaleur — une augmentation rapide de la température corporelle à plus de 40 °C — provoque des malaises chez les travailleurs en extérieur, qu’il faut refroidir d’urgence s’ils commencent à tenir des propos incohérents ou à perdre l’équilibre, ou encore s’ils s’évanouissent.

La canicule aggrave aussi l’état des personnes souffrant de problèmes cardiovasculaires, respiratoires et rénaux. De plus, des études encore préliminaires montrent que de nombreux médicaments utilisés en santé mentale, comme les antidépresseurs ou les sels de lithium, provoquent plus d’effets secondaires lorsqu’il fait chaud.

Le danger s’accroît dans les îlots de chaleur urbains, où l’omniprésence du béton et de l’asphalte peut faire augmenter la température de plus de 12 °C comparativement aux zones environnantes ! Les personnes qui y habitent ou qui y travaillent sont donc particulièrement exposées au stress thermique.

Or, ces espaces ne sont pas l’apanage des métropoles comme Montréal : même des villes aussi nordiques que Rouyn-Noranda ou Sept-Îles sont parsemées d’îlots de chaleur, tel que le montre une carte réalisée en 2012 par l’INSPQ.

En juin dernier, une équipe de chercheurs dirigée par Caroline Larrivée, chef d’équipe du groupe Vulnérabilités, impacts et adaptation d’Ouranos, a calculé (étude en pdf) que ces vagues de chaleur pourraient coûter 33 milliards de dollars au cours des 50 prochaines années — soit 660 millions par an en moyenne — si rien n’est fait pour s’y adapter.

Quelles solutions ?

Pour éviter d’en arriver là, il faut d’abord informer largement la population des mesures à prendre pour se protéger de la chaleur : boire beaucoup, se mettre au frais et veiller sur les personnes vulnérables permettent de minimiser le stress thermique subi au moment où une canicule survient.

Petit à petit, aussi, le Québec commence à s’attaquer à ses îlots de chaleur. Cette année, la Ville de Montréal, par exemple, a franchi un pas décisif à cet égard dans son nouveau schéma d’aménagement et de développement de l’agglomération, qui prévoit que les arrondissements se penchent sur des dispositions spécifiques aux îlots de chaleur dans leurs règlements d’urbanisme.

L’objectif : faire en sorte que la Ville, les habitants et les entreprises plantent des îlots de verdure, utilisent du gravier clair plutôt que de l’asphalte pour couvrir les stationnements et diminuent l’absorption de la chaleur par des toits blancs ou verts.

Cet été, profitez donc des journées pas trop chaudes pour verdir murs, rebords de fenêtres et stationnement chez vous… Bon jardinage !

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