Faut-il avoir peur de la rougeole ?

En 2000, la rougeole — mortelle dans un cas sur 3 000 — était devenue rarissime sur le continent nord-américain. Mais par négligence, ou par conviction religieuse ou idéologique, de plus en plus de gens ont cru bon de ne pas faire vacciner leurs enfants contre cette menace devenue fantôme… ce qui a permis au virus de refaire surface, explique Valérie Borde.

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Photo : Getty Images

Huit cas possibles de rougeole sous investigation dans Lanaudière, quatre cas non reliés à Toronto, 102 cas aux États-Unis, issus pour la plupart d’une contamination au parc Disneyland d’Anaheim, en Californie… Faut-il avoir peur ?
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Oui, car la rougeole est une maladie virale grave, qui peut laisser des séquelles et tuer à l’occasion, et qui est surtout très contagieuse. Il suffit de partager pendant quelques minutes l’air d’une personne infectée, dans l’autobus, à l’école ou au bureau, pour risquer de l’attraper. Le virus survit deux heures à l’air libre.

Il se transmet jusqu’à quatre jours avant que les symptômes ne se fassent sentir. Une fois malade, outre les rougeurs caractéristiques qui donnent son nom à la maladie, on souffre généralement d’une forte fièvre — dont il faut, dans le meilleur des cas, une à deux semaines pour se remettre. La maladie s’attrape à tout âge.

Dans un cas sur 3 000, la rougeole est mortelle.

Ce qui devrait nous rassurer, c’est que le vaccin contre la rougeole est hyper-efficace (rien à voir avec celui contre la grippe !), sans danger et gratuit.

Il existe depuis une trentaine d’années et a permis d’abaisser nettement la mortalité infantile dans le monde.

C’est même l’un des plus grands succès de la santé publique : entre 2000 et 2013, le vaccin combiné contre la rougeole a permis d’éviter 15,6 millions de décès, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Toutes les personnes qui ont été vaccinées ou qui ont contracté la rougeole dans le passé sont immunisées. Elles ne risquent strictement rien aujourd’hui.

Mais il reste, dans la population (surtout chez les moins de 40 ans), une minorité de personnes qui ne sont pas protégées.

En 2000, la rougeole était devenue rarissime sur le continent nord-américain. Par négligence, ou par conviction religieuse ou idéologique, de plus en plus de gens ont cru bon de ne pas vacciner leurs enfants contre cette menace devenue fantôme.

Très vite, la baisse du taux de vaccination a malheureusement permis au virus de refaire surface. La rougeole est tellement contagieuse qu’il suffit que 5 % d’une population ne soit pas vaccinée pour que l’effet d’immunité grégaire disparaisse et que le virus puisse à nouveau circuler.

En 2011, près de 700 Québécois ont attrapé la rougeole. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) avait alors estimé que de 10 à 15 % des Québécois n’étaient pas immunisés — alors que le vaccin, qui peut être administré à tout âge, est normalement donné en deux doses aux nourrissons (à 12 mois et à 18 mois).

Parmi ceux-ci figuraient des personnes qui avaient sciemment refusé le vaccin. Nombreux sont ceux s’en sont mordu les doigts quand ils se sont retrouvés à l’urgence avec leur enfant en convulsions fébriles, ou à risque d’une encéphalite susceptible de causer un retard mental permanent…

L’immunité grégaire protège aussi toutes les personnes qui, pour une raison ou pour une autre, ne peuvent pas être vaccinées : les bébés de moins d’un an ou les enfants atteints de leucémie, par exemple.

Pour elles, le retour de la rougeole est définitivement inquiétant.

En 2012, le MSSS a mené une grande opération de rattrapage dans les écoles, au cours de laquelle 10 000 jeunes du primaire et du secondaire ont été vaccinés.

À l’issue de cette campagne, dans son bilan (pdf) publié en 2013, le MSSS estimait que 81,2 % des élèves du secondaire étaient immunisés, et 88,4 % au primaire. La campagne de rattrapage a permis de faire augmenter de 6,6 % le taux d’immunisation dans les écoles.

Sur près d’un million d’élèves inscrits dans les écoles primaires et secondaires, il y avait alors 3,3 % de jeunes que leurs parents avaient refusé de vacciner, et 0,02 % de jeunes pour qui la vaccination était contre-indiquée.

Pour plus de 110 000 jeunes, le statut immunitaire était inconnu ou incomplet.

Grâce à cette campagne de rattrapage, le Québec est aujourd’hui moins à risque. Mais il reste encore de nombreuses poches de sous-immunisation qui pourraient permettre au virus de se répandre de nouveau.

À l’issue de la campagne de 2012, notamment, seuls 80 % des enfants du primaire et 69 % des jeunes du secondaire étaient protégés à Montréal.

Dans Lanaudière, à peine plus d’un jeune sur deux (59 %) au secondaire est immunisé.

Le plus inquiétant, c’est que seules 27 % des 2 860 écoles du Québec atteignent le niveau de couverture vaccinale de 95 %, qui serait suffisant pour faire rempart contre le virus.

Sur l’île de Montréal, 3 écoles secondaires sur 198 avaient atteint ce niveau après la campagne de vaccination de 2012.

On doit faire mieux ! Plus de 20 000 bébés sont nés à Montréal dans la dernière année, et cette sous-couverture vaccinale les met en danger.

Malheureusement, on n’a pas encore réussi à trouver la recette miracle pour faire changer d’avis aux personnes qui refusent catégoriquement la vaccination. Aux États-Unis, les «antivax» suscitent de plus en plus de colère dans la population, et cet épisode de rougeole pourrait bien marquer un tournant salutaire dans la guerre que se livrent pro et antivaccins.

Plusieurs études récentes semblent montrer qu’il ne suffit pas que des médecins et des spécialistes en santé publique présentent les faits scientifiques aux gens pour les convaincre, et que cela pourrait même s’avérer contre-productif.

Insister sur la responsabilité sociale semble plus porteur. On se vaccine pour soi, mais aussi pour les autres, et surtout pour ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir être protégés.

Nous avons tous un rôle à jouer pour convaincre les indécis et rappeler à l’ordre les négligents, qui représentent la vaste majorité des gens non vaccinés.

À quelques semaines de la relâche, racontez donc autour de vous l’histoire de ces parents qui pensaient faire un beau cadeau à leurs enfants en les emmenant à Disneyland et qui se sont retrouvés collés au lit par la fièvre, à l’hôpital. Ou celles de ces enfants atteints de leucémie qui auraient bien aimé, eux aussi, pouvoir aller voir Mickey…

Comme le font bien des gens aux États-Unis en ce moment, c’est aussi un bon temps pour relire cette lettre du romancier Roald Dahl, auteur notamment de Charlie et la chocolaterie, à sa fille de 7 ans, emportée par une encéphalite foudroyante causée par la rougeole.

…«Je me sens tout endormie», dit-elle. En une heure, elle était inconsciente, en 12 heures, elle était morte….

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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Il y a aussi des raisons scientifiques de ne pas se faire vacciner madame.

Il serait intéressant que vous les partagiez afin de savoir si vous ne les confondez pas avec des croyances ou des mythes populaires soit disant scientifiques.
J. Moss

Les raisons non scientifiques tiennent de la superstition, de l’Intégrisme religieux ou d’un foi démesurée dans la rumeur, les qu’en dira-t-on, ou la fausse science.

Oui, M. St-Laurent, faites-nous part de vos connaissances ! Quelles sont ces « raisons scientifiques » auquelles vous faites référence ?

Bon matin.
jJe suis une femme de 58 ans en excellente santé.J ai contracté la rougeole à l âge de 10 ans.
10 jours de fortes fièvres,difficulté à m alimenter,somnolence quasi constante.J ai failli y passer.
Heureusement je m en suis sortie sans séquelle.
Plus tard,on m à demande si mon fils de trois ans pouvait faire partie d une étude sur l efficacité de la vaccination anti rougeole.J ai convaincu mon petit homme de subir des prises de sang.IMalgre la vaccination,il n était pas immunise.
Il a été revaccine et à subit deux autres prise de sang contrôle.
Les programmes de vaccinations ont été changés et sont effectivement très efficace maintenant..
Se faire vacciner contre cette maladie très dangereuse est primordial pour chacun et pour tous!

Que penser de la rumeur qui dit que la vaccin contre la rougeole pourrait causer l’autisme chez l’enfant?

Le médecin britanique qui a inventé de toute pièces cette histoire a perdu son droit de pratique parce que c’est compètement faux, il ne faut pas suivre l’actualité pour continuer de croire à cette fausseté.

La rumeur a été lancée après qu’une minuscule étude ait soulevé l’hypothèse. Les causes de l’autisme étant toujours mystérieuses, de nombreux parents d’enfants autistes ont saisi la balle au bond. La rumeur a été répétée tellement souvent qu’elle est devenue une vérité, voire un dogme pour beaucoup. Des sites expliquent même en long et en large les lient vaccins-autisme avec un florilège de termes scientifiques alors que les vraies causes sont toujours inconnues, malgré que de nouvelles pistes soient prometteuses.

Je ne sais pas si je puis mettre des liens ici, mais voici l’adresse d’un article plus sérieux que les rumeurs ambiantes: http://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2013/11/13/lhistoire-trouble-vaccin-rougeole-lautisme

Les belles valeurs québécoises de solidarité, d’empathie, de modernité, dont nous aimons nous gargariser, devraient nous amener à adhérer aux campagnes de vaccination. Les bottines doivent suivre les babines. Mais hélas…

Nature a publier un article intéressant sur le sujet en voici un extrait (en anglais cependant)

Journalist Seth Mnookin’s new book, The Panic Virus: A True Story of Medicine, Science, and Fear, explores the public health scare over vaccines and autism.Mnookin warns of grave consequences. Vaccine rates are falling below the level needed to prevent an outbreak in a growing number of communities, including ones with wealthy, educated populations. Last week, Mnookin spoke with ScienceInsider about why.

Q: There’s a perception that vaccine refusal is especially common among affluent, well-educated, politically liberal parents—is there any truth to that?

S.M.: I think it taps into the organic natural movement in a lot of ways.

I talked to a public health official and asked him what’s the best way to anticipate where there might be higher than normal rates of vaccine noncompliance, and he said take a map and put a pin wherever there’s a Whole Foods. I sort of laughed, and he said, « No, really, I’m not joking. » It’s those communities with the Prius driving, composting, organic food-eating people.

Une personne qui refuse les vaccins et qui en contamine d’autres peut il ètre poursuivi?

Une personne qui est vaccinée, qui contracte tout de même la maladie (on oublie dans les pseudo articles scientifiques comme celui-ci de parler de la couverture qui n’est pas à toute épreuve hein!) et qui en contamine une autre peut-elle être poursuivie?
Un homme qui fume à l’entrée d’un magasin et dont la fumée secondaire représente un danger pour les enfants qui passent devant lui peut-il est poursuivi?
Une mère qui n’allaite pas son enfant peut-elle être poursuivie?
Une famille qui mange du junk food quatre fois par semaine peut-elle perdre le droit d’être soignée gratuitement?

On parle bien de grandeur d’âme et d’altruisme quand ça nous arrange…

Madame Borde, je suis sans mot devant votre éditorial! Je serais gênée de me prétendre journaliste scientifique, sérieusement!!!

J’ai 59 ans. J’ai moi aussi vécu à l’époque où la vaccination anti-rougeole n’existait pas. J’ai entendu dire que la rougeole provoque toujours une encéphalite plus ou moins grave: est-ce le genre d’expérience à souhaiter à son enfant? Mon petit frère de 3 ans n’ a pas eu de séquelles, mais la fille de ma logeuse au Cégep en est devenue sourde.

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