Faut-il avoir peur de son équipement de plein air?

Greenpeace dénonce la présence de composés toxiques pour la santé et l’environnement dans de nombreux articles de plein air.

Photo: Unsplash/Pixabay
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Dans son enquête baptisée Leaving Traces, la branche suisse de Greenpeace a repéré des traces de polyfluorocarbures, aussi appelés composés perfluorés ou PFC, dans 36 produits sur les 40 qu’elle a testés. Elle en a par exemple trouvé dans des anoraks, sacs de couchage, chaussures ou sacs à dos de marques populaires, comme Columbia, The North Face ou Mammut.

Le problème des PFC n’est ni nouveau ni propre à l’équipement de plein air.

Ces composés chimiques de synthèse sont nés dans les années 1940. Des chimistes se sont aperçus qu’en remplaçant des atomes d’hydrogène par des atomes de fluor dans des molécules d’hydrocarbures, et en les modifiant pour y ajouter quelques autres atomes, on pouvait les empêcher de réagir avec à peu près n’importe quoi.

Au fil des ans, des dizaines de perfluorés ont vu le jour. Ces composés quasi indestructibles ont été utilisés principalement pour leurs propriétés hydrophobes (ils n’absorbent pas l’eau), antitaches (ils repoussent les matières grasses) et ignifuges (ils sont difficilement inflammables). On en trouve, entre autres, dans des adhésifs, cosmétiques et produits industriels de toutes sortes, dans des mousses et tissus ignifugés ou imperméabilisés servant à fabriquer des canapés, des habits de pompier… ou de l’équipement de plein air.

Mais dans les années 1990, la recherche a démontré que ces substances s’étaient accumulées dans l’environnement partout sur la planète. Une étude menée aux États-Unis a notamment établi que tous les Américains avaient dans leur sang d’infimes doses du perfluoré le plus utilisé, le PFOS (pour acide perfluorooctanesulfonique).

En 2000, l’entreprise 3M, premier producteur mondial de PFOS, a renoncé à fabriquer cette molécule, utilisée dans son imperméabilisant-vedette Scotchgard depuis 1956.

Le PFOS a été interdit de fabrication et d’usage au Canada en 2008. Puis, en 2009, il a officiellement été inscrit sur la liste des «polluants organiques persistants» que les Nations unies, par la convention de Stockholm, visent à éliminer. Il est cependant encore employé dans nombre d’applications industrielles, par exemple comme additif pour les fluides hydrauliques des avions, mais dans des concentrations très limitées.

Le sort des autres composés perfluorés, lui, n’est pas réglé.

Dans bien des produits, le PFOS a d’abord été remplacé par le PFOA (acide perfluorooctanoïque), aussi connu sous le nom de C8, car chaque molécule compte huit atomes de carbone.

Sauf que ce second perfluoré s’est également montré biopersistant et omniprésent. On en a décelé des quantités infimes jusqu’en Arctique. En 2012, des chercheurs du ministère de l’Environnement du Québec en ont trouvé des traces dans la plupart des cours d’eau de la province, dans des quantités similaires à celles présentes ailleurs dans le monde.

Pour l’instant, le PFOA n’est pas interdit, mais les autorités réglementaires canadiennes, américaines et européennes, tout comme l’OCDE, l’ont dans le collimateur. En Europe, il est considéré comme une «substance extrêmement préoccupante».

La Norvège a pris les devants avec une norme particulièrement stricte. En 2014, elle est devenue le premier pays au monde où la vente de produits contenant du PFOA à une concentration supérieure à un microgramme par mètre cube est interdite.

Sur 40 produits testés par Greenpeace, 11 contenaient du PFOA en quantités supérieures à la norme norvégienne, sans pour autant contrevenir aux réglementations en vigueur ailleurs.

En ciblant les fabricants d’équipement de plein air, l’ONG cherche à toucher la corde sensible de leurs clients préoccupés par l’environnement. Greenpeace espère ainsi pousser cette industrie à aller de l’avant pour au final accélérer l’élimination des perfluorés et sensibiliser la population à cet enjeu.

Les autorités ne sont toutefois pas encore prêtes à sonner l’arrêt de mort de ces produits.

Les études écotoxicologiques n’ont toujours pas permis de déterminer la concentration minimale, si elle existe, à laquelle chacun de ces composés serait dangereux pour les espèces vivantes, particulièrement pour l’homme. La plupart des études portent sur des animaux de laboratoire ou sur des travailleurs exposés à des doses quotidiennes de perfluorés beaucoup plus importantes que celles qu’on trouve dans notre environnement.

Selon une analyse de l’Agence de protection de l’environnement américaine, le PFOS est pour l’instant le seul perfluoré dont on sait qu’il atteint dans la nature des doses toxiques pour les poissons. Mais faut-il éliminer totalement les autres PFC, ou simplement en limiter l’usage? Les avis divergent.

Le ministère de la Santé du Canada a analysé les quantités de perfluorés présents dans les aliments. Il estime que les Canadiens en consomment environ 10 000 fois moins que les doses associées aux effets nocifs pour les animaux de laboratoire. Rien de très inquiétant, donc. Sauf que si ces produits continuent de s’accumuler, les doses ne peuvent qu’augmenter…

Les industriels, pour leur part, ne sont bien évidemment pas pressés de modifier leurs produits. Certains ont cependant commencé à remplacer le C8 par des C6 ou C4 (des perfluorés à six ou quatre atomes de carbone au lieu de huit), dont on sait qu’ils se dégradent plus rapidement dans l’environnement. Mais il ne faut pas se leurrer: s’ils s’éliminent plus vite dans la nature, ils vont aussi imperméabiliser moins longtemps votre tente ou vos chaussures…

Poussées par Greenpeace, les entreprises vont-elles accélérer la «détox»?

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Ça me fait penser à tous les produits dont sont en contact les bébés (et nous). Genre retardateur de flamme, etc.

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