Faut-il avoir peur… de son siège de bureau?

Rester assis, que ce soit pour travailler, conduire, regarder la télé ou lire sa tablette est l’archétype même de l’activité sédentaire. 

Photo: George Yanakiev/StockSnap.io
Photo: George Yanakiev/StockSnap.io

Sante_et_scienceLe siège de bureau figurera-t-il bientôt sur la liste des produits cancérigènes de l’Organisation mondiale de la santé, aux côtés du salami?

La position assise, en particulier au travail, est de plus en plus associée dans de nombreuses études à un risque accru de maladies cardiovasculaires, d’obésité, de diabète et de cancers. Mais comment y remédier et nous faire bouger au bureau? Des solutions existent, mais elles sont loin d’être parfaites. Se passer du salami sera beaucoup plus facile…

Rester assis, que ce soit pour travailler, conduire, regarder la télé ou lire sa tablette est l’archétype même de l’activité sédentaire. L’Organisation mondiale de la santé estime que 3,2 millions de décès par an sont attribuables au manque d’exercice physique (en comparaison, le tabagisme tue six millions de personnes par an). Le quart des adultes ne bougeraient pas assez. (La bonne nouvelle, c’est donc que les trois quarts des adultes font assez d’exercice!)

Les études sont cependant nettement moins avancées quant à l’efficacité des solutions à mettre en œuvre pour combattre la sédentarité. Pendant des années, les chercheurs ont cru que pratiquer une activité physique régulière serait suffisant pour compenser. Mais certaines études récentes remettent en cause cette idée, constatant que le simple fait de rester assis longtemps a des effets nocifs, quoi qu’on fasse le reste du temps.

Du coup, les chercheurs s’attaquent désormais aux heures de travail passées devant un bureau, qui occupent une bonne part du temps éveillé d’une grande partie de la population. On a aussi bien plus de chances d’arriver à changer les environnements de travail que de pousser chacun à remplacer son canapé par un vélo d’intérieur!

Cette année, un important groupe d’experts britanniques a publié une position de principe stipulant que les employés de bureau devraient passer au moins deux heures debout par jour sur leur temps de travail, voire quatre, pour annuler les effets négatifs de la sédentarité.

Il faudrait donc passer jusqu’à la moitié de son temps de travail à bouder son siège! Cet objectif semble bien peu réaliste. Changer un comportement aussi naturel que de s’asseoir pour travailler représente un énorme défi.

En 2013, l’Organisation mondiale de la santé, pour sa part, s’est donné jusqu’à 2025 pour faire reculer la sédentarité… de 10 %. Cela semble nettement plus raisonnable, car la position assise est intimement liée à notre mode de vie, qui ne va certainement pas changer rapidement.

Pour s’approcher de cette cible, les experts britanniques conseillent aux employés de bureau de faire une partie de leur travail debout et de prendre plus de pauses actives, et aux employeurs de réaménager les postes de travail au moyen de bureaux réglables ou d’équipement qui permet de bouger en faisant travailler ses neurones.

Ce genre d’équipement est très à la mode. Les entreprises de la Silicon Valley sont nombreuses à avoir investi dans ce domaine, et l’offre commerciale pullule. Le marché à pourvoir est énorme!

Mais la prudence s’impose devant ces solutions qui peuvent être coûteuses et offrir des résultats qui sont loin d’être garantis.

Les études sur l’efficacité de ces équipements sont encore très partielles. Elles portent généralement sur de petits groupes de gens, suivis pendant peu de temps, et la plupart ne comprennent pas de comparaison avec un groupe témoin. Bien des gadgets n’ont jamais été vraiment testés.

Gare aussi aux conflits d’intérêts dans les études, qui sont à scruter à la loupe quand d’importants intérêts économiques sont en jeu. Ainsi, parmi les chercheurs en santé publique britanniques qui conseillent quatre heures de temps de travail non assis par jour figure le représentant d’une association financée entre autres… par des fabricants de bureaux réglables! Ces scientifiques n’ont pourtant déclaré aucun conflit d’intérêts dans leur publication.

Certaines études ont aussi trouvé des limites à l’efficacité de ces équipements. À plusieurs endroits, on a ainsi observé qu’après quelques semaines les bureaux réglables n’étaient plus réglés… qu’en position assise, qui semble manifestement la plus confortable et la moins fatigante pour travailler. Leur usage réel est aussi fortement dépendant de l’âge des travailleurs (les plus vieux tendant à s’asseoir plus vite). Quant aux tapis de marche et autres vélos d’intérieur, ils sont aussi parfois délaissés par des employés, parce qu’ils rendent beaucoup plus délicates des tâches aussi courantes que taper sur un clavier ou prendre des notes.

Dans sa méta-analyse publiée en janvier 2015, la collaboration Cochrane estime que la preuve que les bureaux réglables réduisent le temps passé assis au travail est pour l’instant «très faible», même si de nombreuses études sont en cours.

Bref, il est vraiment trop tôt pour changer le mobilier des écoles ou des bureaux pour combattre la sédentarité.

En attendant, on peut continuer à tenter de se discipliner pour se lever un peu plus souvent, et permettre aux élèves de le faire. Ce sera toujours mieux que rien!

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5 commentaires
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Le pire, c’est que changer ne serait pas si difficile. Il suffit d’avoir des bureaux et une chaise élevés. Un peu comme les anciennes tables à dessin. On peut alors être debout ou assis et être à la bonne hauteur. Ça permet d’alterner.

J’ai voulu faire ça il y a une quinzaine d’années. Et même pas en réaction à des études disant que rester assis était néfaste. Elles n’avaient pas encore été publiées. : )
Juste parce que, à passer de nombreuses heures assises devant mon écran pour le travail (je suis traductrice), j’avais l’impression d’être vissée à ma chaise. J’avais ajusté mon bureau à la bonne hauteur pour travailler debout. J’avais trouvé, après une longue recherche, une chaise confortable pour travailler, et adaptable à la bonne hauteur… mais le mécanisme fonctionnait mal, et c’était la dernière. Le fournisseur n’en avait pas d’autre. J’ai dû me résigner à installer un ameublement conventionnel.
L’idée n’est pas de travailler debout constamment, mais de pouvoir passer d’une position à l’autre quand nous en sentons le besoin. On parle beaucoup de ceux qui travaillent en position assise, mais on ne parle pas de ceux qui travaillent debout depuis toujours (dans les épiceries, les usines, etc.), et des autres problèmes que cela génère.

Tout-à-fait France. C’est pour ça que je préfère un bureau haut avec une chaise haute. Plus facile et rapide de changer.

Une chaise standard et un bureau dont on peut modifier la hauteur est une alternative privilégiée par plusieurs.

La hauteur du bureau n’est pas le seul critère d’ergonomie à considérer par contre.

Je serais curieux de savoir de quelle chaise il s’agissait.

Pour des gens obèses ou qui ont des problèmes de dos, travailler debout peut causer de sérieux problèmes. L’employeur doit y penser avant d’installer des équipements qui pourraient augmenter des problèmes et se retrouver avec des gens en CSST. Est-ce qu’on va vérifier la posture des gens qui sont debout pour s’assurer que celle-ci ne devient pas néfaste. Ironiquement, les caissières de supermarché, de banques et de caisses populaires voudraient travailler assises. Ce sont des hommes qui font la promotion du travail debout au bureau, puisqu’ils ont le choix. Par contre, les caissières n’ont pas le droit de s’asseoir. Où est-la logique ?

Ce mobilier est très intéressant ! Il ne reste plus qu’à voir si les institutions scolaires et professionnelles vont adopter cette façon de penser !