Faut-il avoir peur… des navires de croisière ?

L’augmentation du nombre de paquebots, des distances parcourues et du nombre de passagers poussent les émissions planétaires à la hausse. Et ce, alors que la règlementation peine à suivre. 

Les dommages engendrés par les navires de croisière ont fait la une cet été. Alors qu’à Venise l’un d’eux a violemment percuté un quai, l’ONG européenne Transport & Environment a calculé que les géants des mers de Carnival Corporation, le leader mondial de la croisière de luxe, émettent à eux seuls 10 fois plus d’oxydes de soufre que les 260 millions de voitures qui circulent en Europe, ce qui contribue à détériorer la qualité de l’air et à acidifier les milieux naturels. L’entreprise s’est défendue en arguant du fait qu’il ne s’agit pas vraiment d’une étude scientifique et qu’au contraire, son bilan environnemental tend à s’améliorer.

En moyenne, les quantités d’oxydes de soufre et d’azote émises par chaque paquebot ont effectivement diminué depuis que plusieurs régions du monde, à commencer par l’Europe puis l’Amérique du Nord, ont instauré des limites plus sévères pour les navires accostant dans certaines zones à émissions contrôlées, dans les années 2000. Selon l’ONG européenne, la norme est toutefois 100 fois moins rigoureuse pour les bateaux que pour les automobiles et on pourrait faire mieux. Divers endroits très prisés des croisiéristes, comme la Méditerranée ou la majeure partie des Caraïbes, échappent à cette réglementation et les contrôles seraient insuffisants.

En 2018, une première amende a été infligée en Europe au capitaine d’un navire du groupe Carnival qui utilisait un carburant ne respectant pas les normes. L’entreprise a aussi été condamnée à 40 millions de dollars d’amende en 2016 pour avoir rejeté des hydrocarbures en mer, puis à 20 millions cette année après qu’elle eut reconnu avoir falsifié des documents d’inspection et rejeté des eaux usées et des déchets en Alaska de même qu’aux Bahamas.

Mondialement, l’industrie des croisières a émis 21 millions de tonnes de GES en 2017, a calculé le Griffith Institute for Tourism, un centre de recherche australien qui analyse les impacts environnementaux du tourisme. En moyenne, chaque passager a, pour sa croisière, émis l’équivalent en GES d’un vol Londres-Tokyo aller-retour. Carnival dit avoir diminué de 27 % l’intensité de ses émissions de GES de 2005 à 2018. Mais l’augmentation rapide du nombre de paquebots, des distances parcourues et de la quantité de passagers ainsi que la lenteur des améliorations techniques et les difficultés à réglementer l’industrie poussent les émissions planétaires à la hausse. Environ 26 millions de touristes se sont offert une croisière en 2017, soit deux fois plus qu’en 2005.

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