Faut-il avoir peur… des régimes amaigrissants ?

Les scientifiques ont beau chercher depuis des décennies un régime qui permettrait de perdre durablement du poids, ils n’en ont pas trouvé.

Régimes miracles : inefficaces, mais populaires
Photo : iStockphoto

La perspective de porter bientôt maillot de bain, robe légère ou bermuda vous donne le goût de perdre quelques rondeurs ? Retenez-vous !

Même les personnes qui souffrent d’embonpoint ou d’obésité ne devraient pas succomber aux sirènes d’un régime amaigrissant express, pour une raison fort simple : tous sont, par nature, voués à l’échec.
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Consommer moins de calories que ce dont le corps a besoin pour fonctionner ; bannir des groupes d’aliments ou des ingrédients spécifiques ; ingurgiter des produits dits «amaigrissants» ; faire une cure «détox» ou adopter le régime paléolithique (deux pratiques particulièrement à la mode, ces temps-ci)… Des centaines de formules ont vu le jour depuis 1864, l’année où William Banting, un notable anglais qui souffrait d’obésité, a mis au point le premier régime. Basé sur l’élimination des glucides, celui-ci a connu un énorme succès.

Malheureusement, les scientifiques ont beau chercher depuis des décennies un régime qui permettrait de perdre durablement du poids, ils n’en ont pas trouvé.

Traci Mann, professeure de psychologie à l’Université du Minnesota, étudie les régimes depuis plus de 20 ans. Dans son labo, elle a analysé les comportements alimentaires de milliers de candidats à la minceur ! Dans Secrets from the Eating Lab, un livre qu’elle vient de publier, cette spécialiste reconnue explique pourquoi le principe même d’un régime amaigrissant va à l’encontre de la biologie humaine.

Si, immanquablement, les gens finissent par abandonner leurs résolutions, ce n’est pas parce qu’ils manquent de volonté, explique la chercheure. C’est parce qu’un régime amène une foule de changements dans l’organisme, qui se défend avec l’énergie du désespoir, comme s’il était menacé de famine — et, ultimement, de mort.

Quels sont ces changements ?

Le premier changement est neurologique. Quand on se concentre sur le choix de ses aliments, le cerveau devient hyper-réactif. Ce à quoi on cherche à résister devient d’un coup beaucoup plus tentant ! Résultat : après avoir banni les croustilles durant un temps, on a toutes les chances de descendre le paquet au complet sans pouvoir se raisonner…

Le second est hormonal : perdre du gras perturbe la sécrétion des hormones. Plus on maigrit vite, moins on ressent la satiété et plus on a faim facilement. Une torture !

Le dernier changement est métabolique. Moins on consomme de calories, plus l’organisme est capable d’en tirer profit… et plus il va facilement stocker le moindre excédent.

L’effet yoyo est très bien documenté : on sait aujourd’hui que multiplier les cures minceur ne fait que conduire à un gain de poids, à des troubles alimentaires graves (comme l’anorexie) ou à d’autres problèmes de santé.

Un commerce florissant

À grand renfort de marketing, l’industrie du régime a depuis longtemps réussi à faire croire à ses clients que leurs échecs résultent d’un manque de volonté, et que les miracles existent. Des milliards de régimes entrepris puis abandonnés au fil des ans l’ont rendue plus florissante que jamais.

Aux États-Unis seulement, chaque année, 45 millions de personnes s’essayent à une cure amaigrissante, ce qui alimente une industrie de plus de 33 milliards de dollars de chiffre d’affaires !

Plus la population grossit, plus elle devient obnubilée par son poids. Au Québec, selon un sondage du Conseil québécois sur le poids et la santé réalisé l’an dernier, 57 % des adultes espèrent maigrir dans les six prochains mois. Au Canada, parmi les personnes en surpoids, 6 sur 10 ont déjà essayé au moins six fois de faire un régime, sans pour autant se débarrasser de leur embonpoint ou de leur obésité!

Si vous voulez perdre du poids, la première chose à faire est de vous demander si c’est vraiment nécessaire, estiment les chercheurs. Est-ce une question de santé ?

Deux valeurs donnent une idée du risque de maladie associé au poids. Si votre indice de masse corporelle (poids [en kg] divisé par la taille [en m] au carré) est supérieur à 25 — et votre tour de taille supérieur à 80 cm pour une femme, ou 94 cm pour un homme —, vous devriez sans doute manger moins, même si un petit excès de poids n’est pas dangereux pour une personne en bonne condition physique.

L’objectif devrait alors être de changer durablement vos mauvaises habitudes, en changeant lentement votre alimentation — à l’échelle des mois plutôt que des semaines (ou des jours !) que proposent les vendeurs de miracles. La deuxième étape est donc celle de l’observation : en notant tout ce que vous mangez et buvez dans une journée, vous risquez fort de découvrir vos points faibles. À ce stade-là, vous pourrez comparer vos habitudes et portions à celles préconisées dans les guides alimentaires ou par des nutritionnistes reconnus, comme ceux de l’équipe d’Extenso.

Il ne vous restera plus qu’à faire progressivement les ajustements nécessaires, sachant qu’une saine alimentation n’interdit aucun aliment… mais compte notamment beaucoup moins de sucre que ce que la plupart des gens consomment !

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