Faut-il avoir peur… des vaccins à ARN ?

De nombreuses personnes craignent que les vaccins utilisant l’acide ribonucléique puissent donner des maladies auto-immunes, voire qu’ils modifient notre patrimoine génétique. Fausse nouvelle ou vraie préoccupation ?

Photo : Chandan Khanna / AFP / Getty Images

Parmi les vaccins contre la COVID-19 qui sont en cours d’élaboration, plusieurs utilisent de l’ARN pour stimuler la réponse immunitaire. C’est le cas du mRNA-1273, de la société américaine Moderna, dont le Canada a déjà réservé 56 millions de doses. De nombreuses personnes craignent que ces vaccins puissent donner des maladies auto-immunes, voire qu’ils modifient notre patrimoine génétique. Fausse nouvelle ou vraie préoccupation ?

Un vaccin apprend au système immunitaire à reconnaître un microbe, pour qu’il sache par la suite le neutraliser avec des anticorps. On peut par exemple inoculer une version affaiblie d’un virus, mais aussi simplement les protéines situées à sa surface, puisque ce sont elles qui font réagir le système immunitaire. 

Dans les années 1990, des chercheurs ont eu l’idée d’utiliser de l’acide ribonucléique (ARN). L’ARN est, tout comme l’ADN, une molécule qui contient de l’information génétique. Présent dans toutes les cellules, l’ADN est le livre de recettes qui permet de fabriquer les protéines nécessaires au fonctionnement de l’organisme. L’ARN sert de messager en recopiant la recette de l’ADN pour commander la production des protéines, comme les ustensiles servent d’intermédiaires pour concocter un repas à partir d’un livre de cuisine.

Avec un vaccin constitué d’une partie de l’ARN du virus, on peut donc lancer directement dans notre corps la production de la protéine qui va stimuler l’immunité. Ce type de vaccin est considéré comme très prometteur, parce qu’il est beaucoup plus facile, rapide et sécuritaire à produire que ceux faits de protéines ou de virus atténués. Des dizaines de vaccins à ARN sont en phase d’essais cliniques, mais aucun n’a encore été approuvé.

Il est strictement impossible que l’ARN d’un vaccin change nos gènes : d’une part, l’ARN ne pénètre pas dans les noyaux des cellules où se trouve l’ADN ; d’autre part, il est très vite dégradé par les cellules. C’est d’ailleurs pourquoi il a fallu bien du temps pour mettre au point des vaccins à ARN, cette molécule ayant la fâcheuse habitude de se décomposer avant de commander la production de protéines.

On craint par contre que l’ARN puisse dans certains cas induire une surproduction des interférons de type 1, qui régulent le système immunitaire. Ces médiateurs chimiques peuvent accroître l’inflammation et sont aussi en cause dans certaines maladies auto-immunes.

Jusqu’à présent, les essais cliniques, qui ont porté sur des milliers de personnes, sont très rassurants : on a trouvé que les vaccins à ARN n’entraînent pas de réactions indésirables sérieuses. Mais tant que les études ne seront pas terminées, et que les personnes vaccinées n’auront pas été suivies pendant plusieurs semaines après avoir été immunisées, on n’aura pas la certitude qu’ils sont complètement sans risque. 

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C’est interessant car c’est une question que je me posais justement. Mais est-ce possible que les effets indésirables puissent apparaitre plusieurs mois ou même années plus tard, et que donc même a la fin des études de phase 3, on ne le sache pas encore ?

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Très bon commentaire. Il est évident que des études sur le long terme sont nécessaires et même sur plusieurs générations car on sait bien que des vaccins susceptibles de toucher à l’hérédité (on parle bien d’ADN, d’ARN) peuvent par des voies peut-être encore inconnues sur en plan théorique, modifier le patrimoine génétique.

Es ce possible qu’à vouloir éteindre un feu on nous brule plus profondément… comme quand la polio a apparue et disparu

La prudence et un peut être un bon nettoyage de notre atmosphère aiderai autant qu’un vaccin mais il est aussi vrai que un raporte beaucoup d’argent et l’autre non !!!

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Plusieurs sources sites que le gouvernement canadien a réservé 56 millions de doses du vaccin Moderna et 76 millions de doses d’un vaccin produit par une autre compagnie pharmaceutique. C’est étonnant pour un pays d’environ 38 millions d’habitants. Il serait intéressant d’expliquer cet écart.

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