Faut-il avoir peur… du dépotoir nucléaire de Chalk River ?

Le risque zéro n’existe pas lorsqu’il s’agit de stocker des déchets nucléaires. Ce sera à la Commission canadienne de sûreté nucléaire de décider si le projet de Chalk River répond aux normes… ou dépasse les bornes.

L’entrée des laboratoires de Chalk River, en Ontario. (La Presse canadienne/Sean Kilpatrick)

Sans tambour ni trompette, la Commission canadienne de sûreté nucléaire a invité, en mars, la population à participer à une consultation sur la construction d’un site de stockage de déchets nucléaires à Chalk River, en Ontario, à 200 km au nord-ouest d’Ottawa. Les Canadiens avaient 60 jours, soit jusqu’au 17 mai, pour commenter l’étude d’impact environnemental, une brique de 990 pages (attention, gros pdf!), sans compter les annexes.

Les chiens de garde du nucléaire ont vite réagi, constatant dans un premier temps que le document de consultation n’avait été publié qu’en anglais. La Commission a donc accepté de faire traduire le document en français et annoncé, le 15 mai, que la période de consultation est prolongée au moins jusqu’au 16 août.

Selon ses opposants, ce projet de dépotoir le long de la rivière des Outaouais est un véritable danger public. D’une part, il pourrait être facilement submergé par des inondations. D’autre part, on s’apprêterait à cacher dans cette installation à rabais — dont la technologie est mal maîtrisée — des déchets dangereux parmi les résidus plus inoffensifs. Martine Ouellet, chef du Bloc québécois, y voit un projet insensé et une grave menace pour des millions de Québécois.

Mais est-ce si fou que ça? Voici quelques éléments pour mieux comprendre.

Il faut avant tout préciser que les déchets dont il est ici question ne sont pas des résidus du combustible hautement radioactif qui produit l’énergie des centrales nucléaires. Ce sont, dans le jargon du nucléaire, des déchets de faible et moyenne activité constitués essentiellement de matériel de laboratoire, de matériaux de construction ayant été exposés à de la radioactivité et de la couche de sol sur laquelle des produits radioactifs ont été manutentionnés.

La classification des déchets dans ces deux catégories correspond à la définition de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Cette agence, créée par l’ONU, veille à la sûreté des installations nucléaires civiles dans le monde. Elle compte 158 pays membres, dont le Canada.

Les installations de stockage prévues à Chalk River doivent recevoir un million de mètres cubes de déchets, dont 99 % de faible activité et 1 % de moyenne activité.

Selon l’AIEA, le stockage en surface de déchets nucléaires de faible et moyenne activité est une option parfaitement recevable. Plusieurs installations de stockage en surface (par opposition au stockage en profondeur dans la roche, plus sécuritaire mais infiniment plus coûteux) existent déjà dans le monde.

Généralement, les déchets de moyenne activité sont stockés dans des installations bétonnées, alors que les déchets de faible activité peuvent être simplement empilés pour former des monticules qui sont ensuite recouverts. Mais ce n’est pas une règle absolue: dans la mesure où le promoteur parvient à faire la démonstration que son installation est assez résistante, un monticule pourrait éventuellement abriter des déchets de moyenne activité. Dans le cas de Chalk River, le promoteur, la Canadian National Energy Alliance, est un consortium d’entreprises privées comprenant notamment SNC-Lavalin et Rolls Royce.

Quand on parle de dépotoir, bien des gens s’imaginent un tas de déchets volant au vent et des oiseaux tournant tout autour. Rassurez-vous: ce qu’on envisage est plus sécuritaire.

Les déchets seraient stockés sur un lit imperméable constitué de plusieurs couches de divers matériaux et de membranes géoplastiques de 1,85 m d’épaisseur. Environ 600 000 m3 de matériaux seraient nécessaires pour en imperméabiliser le fond.

Le site de stockage serait divisé en 10 cellules isolées les unes des autres et qui seraient remplies tour à tour. Une fois pleine, après environ 5 ans, chacune serait recouverte d’une couche de 50 cm de sol puis d’une géomembrane de plastique. Du sable serait aussi versé pour combler les espaces entre les déchets. Après 50 ans de remplissage progressif, tout le site serait couvert de deux mètres d’épaisseur de divers matériaux, comme l’argile, d’une autre membrane plastique et de terre.

Une usine de traitement de l’eau doit aussi être construite pour décontaminer les eaux de pluie qui mouilleront le site tant qu’il ne sera pas recouvert, ainsi que les eaux de surface des environs. Là encore, il ne s’agit pas d’une simple station d’épuration comme en sont équipées les villes, mais d’une installation conçue pour éliminer les résidus de radioéléments par un ensemble de techniques, dont des résines échangeuses d’ions. C’est la manière habituelle de procéder pour ce genre d’installation.

Est-ce suffisant pour éviter tout risque de contamination de la rivière des Outaouais, qui passe à un kilomètre de là? Non, car le risque nul n’existe pas. Mais le risque est-il suffisamment important pour qu’il faille modifier le projet? C’est ce que devra examiner la Commission canadienne de sûreté nucléaire pendant ses audiences prévues en janvier prochain, à l’issue de la période de consultation.

Dans son document de consultation, le promoteur examine des technologies de stockage et des sites de rechange selon plusieurs critères, dont la gestion des risques, les impacts environnementaux et les coûts (section 2.5, page 62 du document de consultation). Il en déduit que la solution envisagée représente le meilleur compromis.

La construction des installations de stockage coûterait 250 millions de dollars, somme à laquelle il faudrait ajouter 580 millions de dollars pour exploiter le site pendant 50 ans, le temps d’y placer les déchets, et assurer sa maintenance dans les 30 années suivantes. Sans être nécessairement beaucoup plus sécuritaire, une installation de béton coûterait 3,4 milliards de dollars, selon le promoteur. Elle occuperait jusqu’à deux fois plus d’espace et aurait un impact environnemental bien plus important, notamment à cause de la quantité de béton à fabriquer et à transporter. Est-ce vraiment mieux?

Mais le promoteur étant une société privée, il a évidemment tout à gagner à diminuer les coûts. Pourrait-on placer les déchets plus loin des humains, comme le réclame Martine Ouellet? Oui. Il ne faut cependant pas oublier que 90 % des déchets qui doivent être stockés sont pour l’instant… à Chalk River, où ils ont été produits depuis que ce centre de recherche sur le nucléaire et de production d’isotopes médicaux est entré en service en 1957.

Transporter un million de mètres cubes de déchets radioactifs sur les routes ou les rails, en plus de représenter d’importants risques pour l’environnement et une nuisance pour le voisinage, n’est pas sans danger. Il est en outre bien plus facile de surveiller un seul site que des camions circulant sur des routes isolées, où des accidents pourraient passer inaperçus aux yeux du public.

Pourrait-on bonifier le projet en prévoyant, par exemple, de confiner dans du béton les seuls déchets de moyenne intensité, qui ne représentent que 1 % du volume? C’est le genre de question qu’il faudra poser à la Commission canadienne de sûreté nucléaire.

Chose certaine, ces déchets ne disparaîtront pas comme par magie et aucune solution ne sera jamais sécuritaire à 100 %.

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Dans une période comme celle-ci où nous devons faire face à des évènements météos plus intenses qu’auparavant, il est facile de comprendre que la question des eaux de ruissellement, un risque plus élevé de contamination des nappes phréatiques, tout comme la présence assez proche de la rivière des Outaouais (qui n’est pas à l’abri de crues printanières intenses) ; que ces éléments soient déterminants.

Tout cela doit être pris en compte. Plus encore dans le cadre des études d’impacts, ces éléments doivent être volontairement surpondérés. Si on évalue le pire des scénarios, on se donne une bonne chance qu’aucune catastrophe écologique ou environnementale ne se produise.

À contrario, si on agit et si on pense « selon la norme » actuelle, bien malin est celui ou celle qui pourra prévoir comment évoluera le climat dans les 300 prochaines années. Quel sera le comportement de ce genre de déchets pendant cette période de temps.

Pour cette raison je pense qu’on ne saurait ne pas être assez prudents quant à la manière de disposer de tels déchets. Même si ceux-ci sont à 99% de niveau faible en termes de radioactivité.

Un niveau très faible peu avoir un impact sur la qualité, voire la quantité de vie des gens, sur l’ensemble de la faune et la flore. Si la capacité d’adaptation des espèces est réelle. L’adaptation c’est aussi la mutation.

Bien que j’aie compris que le coût du confinement des déchets soit partie intégrante des solutions prises en considération, je ne suis pas convaincu que l’enfouissement soit la solution. Il est possible que les fruits de la recherche permettent dans un temps raisonnable (peut-être dix, quinze, vingt ou trente ans) de trouver d’autres pistes de solution pour pouvoir mieux disposer de toutes sortes de déchets.

Ainsi au lieu d’enfouir ces résidus en vue de s’en débarrasser tant bien que mal…, devrait-on plutôt considérer l’hypothèse de les stocker adéquatement en vue de pourvoir les valoriser ultérieurement en les combinant avec d’autres composantes notamment.

Pour cette raison je suggèrerais d’envisager un stockage dans des structures aériennes, montées sur pieux et contrôlées thermiquement, ce qui permettrait d’isoler, conserver et protéger les produits pour fin d’en disposer adéquatement en vue d’usages futurs.

À une époque où toutes formes de déchets peuvent être d’une manière ou d’une autre recyclés et valorisés, ce serait une manière proactive, prospective de considérer, d’appréhender, de chercher à vivre plus en harmonie avec notre environnement.

Tout ceci semble d’autant plus simple à concevoir que les laboratoires de Chalk River disposent déjà de déchets depuis les années 40, lesquels ont pu être gérés et conservés convenablement jusqu’à présent. Cependant, l’accident nucléaire qui s’est déroulé sur le même site le 12 décembre 1952, devrait nous interpeler suffisamment pour nous inviter à considérer très soigneusement des réels bienfaits apportés par le projet qui est ici exposé.

« Chose certaine, ces déchets ne disparaîtront pas comme par magie et aucune solution ne sera jamais sécuritaire à 100 %. »

En effet, ces déchets existent déjà et là où ils sont ils représente sans doute un risque plus élevé que s’ils étaient stockés dans ces cellules de confinement.

Je serais curieux de connaitre la composition radioactive de ces déchets, et leurs temps de demi-vie. Si la grande majorité n’est que du tritium, qui ne pénètre pas une feuille de papier, ou de l’iode, dont le temps de demi-vie se compte en jour, il n’y a pas de grands dangers. Par contre, s’il faut garder le tout sous terre pendant 300 ans, le danger de contamination augmente pas mal.

« Low-level radioactive waste contains material that is more radioactive than clearance levels and exemption quantities allow. This type of waste loses most or all of its radioactivity within 300 years. » http://nuclearsafety.gc.ca/eng/waste/low-and-intermediate-waste/index.cfm

@ M Belley,

Vous posez une question pertinente. Voici pour éclairer quelque peu votre lanterne :

Plus un déchet radioactif a une activité longue dans le temps et moins la radioactivité est forte. Toute radioactivité aura tendance à décroitre dans le temps. Il est difficile d’après la littérature consultée, de déterminer de façon précise la durée de radioactivité qui dépend de l’origine des combustibles et du volume de combustibles irradiés.

Si on considère un combustible nucléaire standard, il contient en réalité un ensemble de composantes radioactives entre autre du strontium-90, du cesium-137 et des isotopes.

La demi-durée de vie du strontium-90 est estimée à 30 ans, il est mentionné dans la littérature médicale que la présence de strontium-90 dans l’organisme peut-être la cause de plusieurs cancers.

On estime que le cesium-137 perd 99% de sa radioactivité sur trois siècles. Il appert que de par la diversité des activités des Labs de Chalk River, ils disposent de toutes sortes de déchets radioactifs principalement d’une durée d’activité inférieure à 300 ans. Certains sont de très courte vie comme vous le mentionnez (iode notamment), lesquels sont usuellement plus présent dans les hôpitaux.

Certains déchets doivent aussi être renvoyés aux fournisseurs pour retraitement. Donc aussi une logistique au niveau du transport de matières dangereuses ou toxiques. Ce sont des déchets de moyenne activité qui d’après ce projet pourraient être stockés sur le site au lieu d’être renvoyés.

Pas plus que vous, je ne connais la composition précise des déchets, ni du reste la proportion en volume de ceux-ci.

Le projet prévoit de recevoir d’autres déchets, probablement présents d’Ontario ou d’ailleurs.

Compte-tenu du fait que les installations prévues pourraient recevoir jusqu’à un million de mètres cubes de déchets. Qu’une simple tonne de déchets radioactifs n’est pas dépourvue de tous dangers, J’estime qu’il n’est pas incongru de prendre en considération un période minimum de confinement des déchets d’environ 300 ans.

Au cours de la seconde guerre du Golfe, nous savons que les forces britanniques notamment, ont fait usage dans le sud de l’Irak de missiles chargés en uranium appauvri pour percer la coque de certains bâtiments. Bien que la radioactivité de ces charges soit considérée comme négligeable. De nombreux cancers et toutes sortes de malformations chez les nouveau-nés se sont développées depuis au fil des ans.

Entre autre pour ces raisons, je pense qu’il faut prendre toutes les précautions pour éviter à la région de Chalk River tous risques quels qu’ils soient et sous quelque forme que ce soit de contamination.

Inévitable vérité qui est bien expliqué dans cet article, qu’il faut s’en occuper. Évident que personne en veut chez eux. L’écosystème et surtout la très belle rivière des Outaouais doit être préservé. L’inquiétude des citoyens est surtout que notre gouvernement ne s’en occupe pas et a confié cela aux entreprises privés. C’est ce qui m’inquiète beaucoup et je ne crois pas être le seul.

Merci

« Le risque zéro n’existe pas »
Voilà une expression commode pour n’en faire pas assez et justifier tout injustifiable. C’est simple, simpliste et simplet, et ça ne tient pas compte que le risque 1/1000, 1/1000 000, 1/1000 000 000 existent aussi.
Un risque, c’est la probabilité d’occurrence multiplié par l’ampleur de la conséquence.
Une « chance » de 1 millionnième de contaminer l’eau ou l’air de 10 millions de personnes, c’est trop, comme on l’a vu à Fukushima. Quelle était la probabilité de tsunami à cet endroit particulier? Quelle était l’ampleur prévisible des dégâts??
Si le site peut être « facilement submergé par des inondations. », c’est déjà trop !

Par ailleurs, un tel article aurait dû mentionner la demi-vie des matériaux à « faible » et à « moyenne » activité, et mentionner la durée de contrôle de 300 ans recommandée pour les matériaux à « faible activité ». La Confédération n’a que 150 ans… !