Faut-il avoir peur… du nucléaire iranien ?

De nombreux scientifiques se portent à la défense de l’accord historique conclu en juillet sur le controversé programme nucléaire de l’Iran.

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Centrale nucléaire à Natanz, en Iran – Photo : Hamed Saber/Flickr

L’accord historique conclu sur le programme nucléaire iranien il y a quelques semaines doit énormément aux efforts de la diplomatie scientifique.
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Avant que l’entente n’ait été scellée par le regroupement international P5+1 (États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni, Russie et Chine), le 14 juillet dernier, ce sont en effet les échanges entre physiciens américains et iraniens qui ont permis aux négociations de débloquer. Des relations qui ne datent pas d’hier !

Dans les années 1970, les deux physiciens Ernest Moniz (États-Unis) et Ali Akbar Salehi (Iran) ont fréquenté le Massachusetts Institute of Technology (MIT) sans se connaître. Quarante ans plus tard, voilà qu’ils se sont retrouvés face à face pour négocier les termes de l’accord sur la restriction du programme nucléaire iranien.

Qui sont-ils ?

Ernest Moniz (que j’avais interviewé en 2011 au sujet de l’avenir énergétique de la planète) est devenu secrétaire à l’Énergie du président Barack Obama en 2013, après avoir été l’un de ses conseillers scientifiques. Diplômé de l’Université Stanford en physique théorique, il a fait toute sa carrière au MIT comme spécialiste de l’énergie et a notamment dirigé la Massachusetts Institute of Technology Energy Initiative (MITEI), un des hauts lieux de la recherche sur les nouvelles énergies dans le monde.

Ali Akbar Salehi, quant à lui, est aussi professeur et physicien. Formé au MIT, il est aujourd’hui président de l’Organisation pour l’énergie atomique de l’Iran. Deux fois ministre de l’Éducation supérieure depuis la révolution iranienne, il a toute la confiance du guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei.

Dans une entrevue exclusive accordée il y a quelques jours au magazine Science, Salehi raconte comment il a accepté de participer aux négociations avec les États-Unis, à la condition qu’Ernest Moniz puisse y participer de son côté.

Terrain d’entente

Les deux hommes se sont rencontrés en février dernier, alors que les échanges au sujet d’un accord étaient au point mort depuis 18 mois. Ils se sont découvert des amis scientifiques communs, se sont parlé comme deux physiciens, se sont compris et ont trouvé un terrain d’entente, raconte Science.

Ils ont ensuite réussi, chacun de leur côté, à convaincre leurs dirigeants politiques d’adopter le Plan d’action conjoint entre le P5+1 et l’Iran, qui vise à lever les sanctions économiques en contrepartie d’une restriction du programme nucléaire de l’Iran. L’entente prévoit notamment de limiter l’utilisation de centrifugeuses servant à enrichir l’uranium et de permettre à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) d’enquêter sur le passé du programme nucléaire iranien.

Réactions positives

Depuis la signature de cette entente historique, en juillet, celle-ci a reçu le soutien de très nombreux spécialistes du nucléaire.

Le 8 août, un groupe de 29 scientifiques américains ont publié une lettre de deux pages adressée à Barack Obama, le félicitant pour un accord qu’ils qualifient d’innovant et de très rigoureux.

Cet appui est survenu alors que le président américain doit encore convaincre le Congrès, la population américaine et plusieurs pays alliés (dont le Canada) du bien-fondé de cet accord.

Les signataires de la lettre, dont six lauréats de prix Nobel, sont tous des scientifiques reconnus pour leur implication dans le nucléaire américain et la non-prolifération des armes nucléaires. Parmi eux figurent entre autres Richard Garwin, un des pères de la bombe à hydrogène, qui a notamment travaillé dans le laboratoire du Prix Nobel Enrico Fermi, après la Seconde Guerre mondiale ; Siegfried S. Hecker, ancien directeur du célèbre laboratoire de recherche sur l’armement de Los Alamos ; et Rush Holt, un des directeurs de l’American Association for the Advancement of Science, qui regroupe environ 130 000 scientifiques.

Le 17 août, 70 autres spécialistes de la non-prolifération — provenant majoritairement des États-Unis, mais aussi du Japon, de l’Allemagne ou d’organisations internationales — ont également appelé (PDF) à soutenir cet accord.

Des contraintes efficaces

Selon ces experts, le Plan d’action conjoint entre l’Iran et les 5+1 établit des restrictions à long terme et vérifiables sur les capacités de l’Iran d’enrichir l’uranium, de même que sur la recherche et le développement dans ce domaine. Il limite aussi la recherche et le déploiement de nouvelles centrifugeuses qui pourraient servir à enrichir l’uranium.

Avec ces nouvelles contraintes, estiment-ils, il faudrait au moins 10 ans à l’Iran afin d’arriver à produire assez d’uranium enrichi pour une seule bombe, contre 1 an aujourd’hui. Les mesures d’inspection prévues font aussi que, selon ces spécialistes, tout effort — même clandestin — que l’Iran mettrait dans la mise au point d’armes nucléaires serait très rapidement repéré.

«Nous ne voyons aucun plan réaliste pour un meilleur accord nucléaire», concluent-ils.

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2 commentaires
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On oublie de mentionner qu’Israël a dénoncé vigoureusement cet accord. Pourquoi ce silence? Pourquoi ce désaccord?

Sans être un spécialiste de la question, j’aurais tendance à penser qu’Israel redoute la levée des sanctions et le rétablissement de l’économie de l’Iran. Israël possède l’arme nucléaire et je ne crois pas que les Ayatollah seraient très intéressés par une confrontation nucléaire dont personne ne sortirait gagnant. Par contre, l’Iran avec une économie en santé pourrait prendre une place plus importante au Moyen Orient probablement au grand déplaisir de l’état juif.