Faut-il avoir peur… du plomb dans l’eau ?

Avant de paniquer, il faut savoir que le problème du plomb n’a jamais été, depuis des décennies, aussi peu grave.

photo : Anne-Christine Poujoulat / Getty Images

La nouvelle a de quoi inquiéter : dans bien des villes du Québec, l’eau du robinet contient à l’occasion des quantités de plomb supérieures aux normes et les contrôles sont déficients, selon des reportages publiés l’automne dernier.

Mais avant de paniquer, il faut savoir que le problème du plomb n’a jamais été, depuis des décennies, aussi peu grave. Le plomb a commencé à être extrait de la croûte terrestre à l’âge de bronze. La quantité mise en circulation dans l’environnement a beaucoup augmenté lors de la révolution industrielle : il était présent dans l’essence, les émanations industrielles, les munitions, les canalisations et dans de nombreux produits comme la peinture, les boîtes de conserve, certains jouets… Il s’est ainsi retrouvé partout dans notre environnement, collé aux poussières, transporté dans l’eau, s’accumulant dans l’organisme des plantes et des animaux comme dans le corps humain, où il augmente le risque de multiples maladies. La mesure du taux de plomb dans le sang, qu’on appelle la plombémie, donne une idée des risques pour la santé. Chez un enfant, par exemple, une plombémie moyenne accrue d’un microgramme par décilitre de sang est associée à une baisse d’un point du quotient intellectuel.

Depuis les années 1960, le plomb a été progressivement interdit dans diverses applications, et des normes plus sévères ont été instaurées en ce qui concerne les rejets industriels et la qualité de l’eau. C’est ainsi que, depuis la fin des années 1970, la plombémie moyenne des Canadiens a baissé de 70 %.

On peut certainement diminuer encore les effets négatifs du plomb, notamment en remplaçant les vieilles canalisations. Il faut cependant prendre conscience que l’eau ne constitue qu’une source de plomb parmi d’autres : selon Santé Canada, environ la moitié de ce métal ingéré par un enfant de deux ans provient de son alimentation, 38 % de la saleté et des poussières, 10 % de l’eau et 1 % de l’air.

Remplacer toutes les canalisations ne réglerait donc qu’une partie du problème et n’est peut-être pas la meilleure manière de dépenser des fonds publics pour améliorer la santé de la population. Avant de se lancer dans de gros travaux, il faut d’abord un portrait juste de la situation, comme l’a recommandé l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) en juin dernier. En mesurant le taux de plomb dans l’eau ayant stagné plusieurs heures dans les canalisations, comme le recommandent les experts, on pourra repérer les cas les plus problématiques. Mais il faut également comprendre que, la plupart du temps, faire couler l’eau quelques minutes suffit à diminuer radicalement le taux de plomb et à rendre l’eau aussi sécuritaire que celle qu’on nous vend embouteillée et qui pourrait contenir, elle aussi, des traces de plomb.

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