Faut-il avoir peur… du plomb dans l’eau?

La contamination par du plomb de l’eau du robinet à Flint, au Michigan, a fait rejaillir les inquiétudes sur les risques d’intoxication par ce métal toxique jadis omniprésent dans les canalisations.

Photo: Paul Sancya/AP Photo
Photo: Paul Sancya/AP Photo

Rassurez-vous: boire de l’eau du robinet au Canada n’a jamais été aussi sécuritaire… même si tout danger n’est pas écarté.

Dans les plus vieilles villes du Canada comme à Montréal ou Toronto, plus de 60 000 maisons sont encore équipées d’entrées d’eau en plomb, selon une évaluation récente réalisée par les chercheurs du Réseau canadien de l’eau. Il en reste aussi dans certains grands bâtiments, dont de vieilles écoles.

Le plomb est un métal très toxique. Il est particulièrement dangereux pour les fœtus et les nourrissons, car il interfère entre autres avec le développement du cerveau. Les études récentes montrent que des doses jadis considérées comme sécuritaires ont quand même un effet nocif, et les normes sur les seuils acceptables de plomb dans l’eau du robinet sont en cours de révision.

Ceci dit, dans la population générale, la plombémie (le taux de plomb dans le sang) s’est littéralement effondrée dans les 40 dernières années. En moyenne, les Québécois de moins de six ans ont aujourd’hui dix fois moins de plomb dans le sang qu’au début des années 1970!

Toutes les sources potentielles d’exposition au plomb sont en train de se tarir. Au début du XXe siècle, ce métal très malléable et inoxydable a largement été utilisé pour raccorder la plomberie intérieure aux réseaux d’aqueducs municipaux, avant d’être progressivement remplacé par le cuivre à partir de la seconde guerre mondiale. Depuis, les vieilles soudures et canalisations disparaissent au fil des rénovations puisque le plomb est interdit d’usage au Canada depuis 1980 dans la plomberie (qu’on devrait aujourd’hui donc plutôt appeler cuivrerie ou plastiquerie…).

Au fil des ans, on a aussi éliminé le plomb de l’essence, de la peinture, des joints de boîtes de conserve, des bijoux et des jouets, et restreint d’autres usages.

Aujourd’hui, les personnes les plus à risque d’intoxication au plomb sont celles, peu nombreuses, qui en manipulent fréquemment dans leur travail ou leurs loisirs (par exemple des recycleurs de batteries ou des fabricants de vitraux) et ne respectent pas les règles de sécurité, les jeunes enfants vivant dans un vieux logement non rénové ou en cours de rénovation (à cause des écailles de vieille peinture) et ceux ayant immigré récemment d’un pays où ils ont été exposés à de grandes quantités de plomb.

En 2009, des chercheurs de l’Institut national de santé publique du Québec et de l’École polytechnique de Montréal ont mesuré la plombémie de plus de 300 enfants âgés de 1 à 6 ans résidant dans des vieux logements de Montréal, et sont allés chez eux pour analyser l’eau du robinet et repérer d’autres sources possibles de contamination au plomb.

Résultat: dans 5 logements sur 306 seulement, la concentration en plomb dans l’eau du robinet dépassait la norme pour l’eau potable de 10 microgrammes de plomb par litre d’eau. Sur les 306 enfants, un seul avait une plombémie considérée comme problématique.

La Direction de la santé publique de Montréal croit aujourd’hui que seules les femmes enceintes et enfants de moins de six ans vivant dans une résidence de moins de 8 logements  construite avant 1970 et toujours raccordée au réseau d’aqueduc municipal par un raccord en plomb devraient se protéger en buvant de l’eau embouteillée ou en équipant leurs robinets d’un filtre. La précaution vaut particulièrement pour les bébés nourris avec des préparations de lait reconstituées avec de l’eau. Tous les détails pratiques sont ici.

Dans la ville de Flint, au Michigan, les raccords en plomb ne posaient aucun problème de santé particulier jusqu’à récemment. C’est le recours à une nouvelle source d’eau potable, plus corrosive que celle utilisée depuis des décennies, qui a déclenché la crise actuelle.

Le problème est donc bien en amont des robinets… et c’est de cela qu’on devrait vraiment s’inquiéter. Les villes devraient toujours surveiller la qualité de leur source d’approvisionnement en eau potable comme du lait sur le feu. Or, c’est loin d’être le cas.

Québec est en train de l’apprendre à la dure. Depuis des années, la qualité de l’eau se dégrade peu à peu dans le lac Saint-Charles, où la ville puise plus de la moitié de son eau potable. Les autorités municipales ont fait preuve de négligence en laissant l’étalement urbain et la construction de nouvelles routes à proximité risquer d’empirer le problème sans trop s’en soucier. Les priorités étaient ailleurs, on avait par exemple un urgent besoin d’un nouveau stade pour une équipe de la ligue nationale de hockey…

Maintenant, il est minuit moins une. Cette semaine, le maire Régis Labeaume a annoncé qu’il faudrait dépenser en catastrophe plus de 100 millions de dollars pour avoir une chance de garder le lac Saint-Charles à peu près propre. Peut-être que finalement Québec va passer à l’action un tout petit peu avant Flint…

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Bien évidement qu’un stade sportif passe avant la santé publique; « Du pain et des jeux », vous ne saviez pas ça ? Et un anneau de glace couvert pour 100 patineurs aussi c’est vital. Pendant ce temps, les écoles, hôpitaux, routes, ponts etc. se décomposent à vue d’œil. Même Ste Brigitte-de-Laval, population de 7000 âmes maximum est endettée de 26 million$, et c’est qu’un début. Alors, avant qu’on élimine tous les métaux dits lourds; plomb, cuivre, nickel etc. de nos maisons et édifices publics, la génération de nos arrière-arrière petits enfants n’auront même pas fini de commencer à payer les dettes faramineuses que nous sommes encore en train de leur bâtir. À chaque tranche de 7 ans, chaque niveau de gouvernement, municipal, provincial, fédéral, paye juste en intérêt le montant de la dette du début de chaque cycle de 7 ans, sans même toucher au capital pour le faire baisser. Et les banques n’en finissent de rire. Plus personne ne semble connaître cet adage: « Qui paye ses dettes s’enrichit » Alors, restons pauvres comme d’habitude.

L’eau se dégrade partout. Nous fonçons droit dans un mur, le mur de l’ignorance, tellement blindé que nous y laisserons tous notre peau. Personne ne se soucie de la qualité de l’eau. Les adolescentes, nos petites princesses, gaspillent l’eau potable en prenant des douches qui n’en finissent plus. Heureusement qu’on peut acheter de l’eau en bouteille. La belle excuse !

Ici à Saguenay l’eau potable provient du lac Kénogami et on permet les bateaux à moteur sur le lac. En plus il y a une augmentation constante de maisons et de chalet tout le tour du lac ce qui nécessairement amène une augmentation des polluants chimiques dans cette source d’eau. Mais ville Saguenay recherche à augmenter ses sources de taxation et se soucie peu de la détérioration de la qualité de son eau. Les systèmes de filtration des municipalités ne peuvent enlever de l’eau les polluants chimiques.
J’ai entendu plus d’une fois parler de propriétaires de bateau à moteur préférant vidanger leurs huiles usées et/ou leurs fosse sceptique dans le lac prés des rivières aux Sables et Chicoutimi qui sont nos sources d’eau potables. À quand une interdiction des bateaux à moteur sur le lac Kénogami comme au lac St-Charles à Québec? Je ne crois pas que ce soit une priorité de notre maire Jean Tremblay. Je vais faire une petite prière pour que cela se réalise en attendant