Faut-il avoir peur… du vaccin contre le VPH?

Le vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) donné aux filles en 4e année du primaire est-il ou non sécuritaire?

Photo: Harry Cabluck/AP/La Presse Canadienne
Photo: Harry Cabluck/AP/La Presse Canadienne

Sante_et_scienceLa controverse a rebondi cet automne, quand trois chercheuses des universités Concordia et McGill ont publié une lettre ouverte dans Le Devoir appelant à un moratoire urgent. Le lendemain, près de 40 autres chercheurs et professionnels de la santé répliquaient en qualifiant cette prise de position d’irresponsable de la part des trois universitaires. Selon eux, le programme de vaccination est parfaitement justifié et ne représente aucun danger. D’ailleurs, à partir de septembre 2016, ce vaccin sera aussi donné aux garçons de 4e année. Faut-il s’inquiéter?

Les deux marques de vaccin contre le VPH, Gardasil (produit par Merck) et Cervarix (GSK), immunisent contre plusieurs des souches du virus, qui à elles seules sont responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus dans le monde, ainsi que d’autres cancers, plus rares, du vagin, de la vulve, du pénis, de l’anus et de l’oropharynx. Elles protègent aussi contre les condylomes, des verrues génitales pas toujours précancéreuses, mais très contagieuses et désagréables, qui font partie des infections sexuellement transmissibles les plus courantes.

Le vaccin suscite la controverse depuis qu’il a été mis sur le marché dans les années 2000, à l’issue de multiples essais cliniques, mais aussi d’une campagne de lobbyisme des fabricants considérée comme l’une des plus importantes jamais menées par l’industrie pharmaceutique.

Depuis, environ 72 millions de personnes dans le monde ont reçu le vaccin. Tous les organismes réglementaires qui ont analysé les risques ont conclu, d’une part, qu’il est sécuritaire et, d’autre part, que les rares effets secondaires qu’il peut entraîner sont mineurs et représentent un risque bien inférieur à celui encouru à laisser le VPH se propager dans la population.

Le dernier avis de l’Organisation mondiale de la santé, publié en 2014, est sans ambiguïté :

Les résultats des essais cliniques montrent que les deux marques de vaccin sont sans danger et très efficaces pour prévenir l’infection au VPH de types 16 et 18.

Le vaccin donne de meilleurs résultats s’il précède l’exposition au VPH. Par conséquent, il est préférable de l’administrer avant le début de l’activité sexuelle.

Mais dans plusieurs pays, des femmes et des médecins ont accusé le vaccin d’avoir engendré divers ennuis de santé.

En novembre dernier, l’Agence européenne des médicaments a réexaminé toutes les données à la demande du Danemark, où des problèmes de fatigue, de douleur et d’évanouissement, qui faisaient penser à un syndrome douloureux régional complexe, avaient été rapportés après la vaccination.

L’Agence a conclu que le vaccin ne cause pas ces problèmes, ni de syndrome de tachycardie orthostatique posturale.

En novembre aussi, le parquet de Paris a classé sans suite la plainte déposée par une cinquantaine de Françaises contre la compagnie Sanofi Pasteur MSD (qui commercialise le Gardasil en Europe) et l’Agence européenne des médicaments, aucune preuve d’un lien n’ayant été trouvée entre ce produit et les pathologies du système nerveux rapportées par les patientes.

En décembre, Santé Canada a réaffirmé à son tour que les dernières données disponibles sur le vaccin ne remettent pas en cause sa sécurité.

Dans le monde, une poignée de chercheurs persistent cependant à contredire ces études, sans pour autant apporter de preuves de ce qu’ils affirment.

Bien sûr, dans les semaines qui suivent l’immunisation, la vie continue et il arrive que des maladies se manifestent par hasard à ce moment-là. Certaines personnes inquiètes scrutent aussi le moindre symptôme postvaccination qui pourrait leur sembler anormal. Ces réactions engendrées par la peur, la souffrance ou l’incompréhension sont ensuite montées en épingle par les groupes antivaccination; l’information est relayée par des chercheurs transformés en militants et appuyée dans certains pays par de puissants mouvements religieux ulcérés par l’idée que l’on puisse se mêler de la sexualité des jeunes filles. Les avocats se frottent les mains à l’idée de poursuites contre les compagnies.

Le tout est évidemment amplifié par les médias sociaux, où circule une énorme quantité d’information anxiogène, sans aucun fondement scientifique ou médical.

Les autorités doivent se montrer extrêmement vigilantes face à ces «flambées psychogènes», expliquait Heidi Larson dans une édition récente de la revue Nature. Cette anthropologue à la prestigieuse École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, qui étudie la confiance dans les vaccins, croit qu’elles devraient continuer à enquêter sur les cas suspects, mais surtout rassurer la population et se montrer fermes. Au Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux explique très bien tout ce qu’il faut savoir au sujet du vaccin contre le VPH.

Le Comité sur l’immunisation du Québec, qui conseille le gouvernement, est indépendant de l’industrie, dont il ne suit pas aveuglément les « recommandations ».

Lorsque le vaccin a été introduit, le Comité a conseillé qu’il soit offert en 4e année du primaire aux filles, à un âge où elles ne sont pas encore actives sexuellement. Cette année a aussi été choisie parce qu’elle coïncide avec la vaccination contre l’hépatite B, ce qui permet de minimiser les coûts de l’opération.

En juillet dernier, le Comité a réexaminé les études et conclu que la vaccination en 4e année du primaire devait être étendue aux garçons, qui peuvent aussi contracter le VPH, souffrir de condylomes et de plusieurs des cancers associés à ce virus. On pourra ainsi mieux protéger les homosexuels, sachant que 60 % des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes sont porteurs du VPH.

Selon le Comité sur l’immunisation, chaque année, 485 nouveaux cas de cancer (331 chez les femmes et 154 chez les hommes) pourraient être évités grâce à ce vaccin au Québec.

Même si les vaccins sont fabriqués par des compagnies privées, qui les vantent par des publicités parfois trompeuses, toutes les données sur les effets secondaires sont récoltées et interprétées par les chercheurs des gouvernements. Dans de nombreux pays, leurs études ont réussi à faire baisser le prix des vaccins en mettant la pression sur les compagnies.

En 2014, pas moins de 58 pays dans le monde avaient un vaccin contre le VPH dans leur calendrier d’immunisation universel (pour les filles seulement ou les deux sexes).

Un moratoire n’a tout simplement aucun bon sens.

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