Faut-il avoir peur du virus Zika?

Les autorités de santé publique mondiale sont sur le qui-vive alors que le virus Zika se répand comme une traînée de poudre en Amérique latine.

Un travailleur extermine les moustiques au cimetière El Angel, à Lima. (Photo: Martin Mejia/AP Photo)
Un travailleur extermine les moustiques au cimetière El Angel, à Lima. (Photo: Martin Mejia/AP Photo)

Sante_et_scienceZika n’est pas du tout de la même trempe qu’Ebola, puisque la très grande majorité des gens qui l’attrapent, en se faisant piquer par un moustique infecté, ne s’en rendent même pas compte. Mais ce virus peut causer une grave malformation congénitale chez les nouveau-nés quand il touche des femmes enceintes. Et l’épidémie actuelle risque d’être très difficile à maîtriser.

Le virus Zika est considéré comme émergent, même s’il a été découvert en Ouganda en 1947. Depuis, il était resté confiné à l’Afrique et à l’Asie, où on constate à l’occasion de petites éclosions. Il est transmis à l’humain par les moustiques femelles du genre Aedes, présents en grand nombre dans toutes les régions tropicales et subtropicales du monde.

En 2013 et 2014, le virus a été repéré sur l’île de Pâques et en Polynésie française, où près de 9 000 personnes auraient été infectées.

Puis, en mai 2015, il était détecté pour la première fois dans le nord-est du Brésil. La population des Amériques n’avait jamais été en contact avec ce virus, contre lequel elle n’a donc pas acquis d’immunité.

Depuis, jusqu’à 1,3 million de Brésiliens pourraient avoir contracté le Zika par l’intermédiaire des moustiques, selon une étude publiée la semaine dernière dans la revue The Lancet. Et ce n’est probablement qu’un début.

Le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé rapporte que le virus a été diagnostiqué dans 17 autres pays et territoires d’Amérique latine et des Caraïbes (Barbade, Colombie, Équateur, Guatemala, Guyana, Guyane française, Haïti, Honduras, Martinique, Mexique, Panamá, Paraguay, Porto Rico, Saint-Martin, Salvador, Suriname, Venezuela).

Plusieurs Canadiens auraient d’ailleurs attrapé ce virus en voyageant dans ces régions, selon l’Agence de santé publique du Canada.

Mais il est bien difficile de suivre sa progression. Zika ne cause en effet aucun problème de santé chez les trois quarts des gens qu’il infecte! Il peut donc passer totalement inaperçu.

La très grande majorité des personnes qui en ressentent les effets souffrent de symptômes mineurs tels qu’une légère fièvre, une irritation cutanée, des maux de tête, les yeux qui brûlent ou des douleurs diffuses dans tout le corps, qui disparaissent spontanément après deux à sept jours. Rien pour inquiéter vraiment.

Sauf que dans de rares cas, Zika semble pouvoir entraîner des problèmes beaucoup plus graves.

Les femmes enceintes n’ont ni plus ni moins de risques que les autres personnes de contracter le virus ou d’en ressentir les symptômes, mais les conséquences peuvent être plus sérieuses. À l’automne 2015, les autorités brésiliennes ont noté une hausse rapide et très importante du nombre de fœtus et de bébés atteints de microcéphalie dans les régions du nord du pays où Zika s’est installé. En quelques mois, la quantité de cas aurait été multipliée par 20, d’après les premières estimations!

Selon le dernier bilan, 3 530 cas de microcéphalie possiblement liés au virus Zika font l’objet d’une enquête dans 23 États du Brésil sur 26.

Cette anomalie de la croissance du crâne et du cerveau touche habituellement environ un enfant sur 5 000 naissances vivantes. On sait qu’elle peut être causée, entre autres, par des maladies infectieuses contractées pendant la grossesse, comme la rubéole ou la toxoplasmose.

Les bébés atteints peuvent éprouver toutes sortes de problèmes plus ou moins sévères tels un retard de développement, la cécité, la surdité ou la difficulté à s’alimenter. Cette malformation peut s’avérer fatale pour le fœtus ou le bébé.

Début janvier, les autorités brésiliennes ont confirmé avoir trouvé des traces du virus Zika dans les tissus de  nouveau-nés microcéphales, ainsi que dans le liquide amniotique de femmes enceintes.

Ces observations indiquent que le lien entre Zika et cette maladie est de plus en plus probable. Le risque serait surtout élevé lorsque les femmes enceintes contractent le virus au cours du premier trimestre de leur grossesse.

Par ailleurs, le virus semble aussi être associé à une augmentation des cas du syndrome de Guillain-Barré, même si cela reste à confirmer. Cette maladie neuromusculaire, dans laquelle le système immunitaire attaque les nerfs, est connue pour apparaître souvent après une infection virale. Elle demeure cependant très rare, touchant en moyenne une personne sur 100 000. On en guérit généralement en quelques mois, mais elle peut laisser des séquelles graves. De 10 % à 15 % des personnes touchées en meurent.

Pour finir, les scientifiques ont aussi la preuve que le virus peut se transmettre d’une personne à une autre par le sang ou par des relations sexuelles, même si cela semble extrêmement rare. Mais les études sont encore embryonnaires.

Comment se protéger ?

Pour l’instant, il n’existe ni vaccin ni traitement contre le virus Zika. Et celui-ci est bien difficile à éviter, puisqu’il est transmis par une espèce de moustique fort répandue, qui affectionne particulièrement les humains et vit souvent dans les maisons.

Le risque de contracter le virus au Canada est toutefois nul, puisque les moustiques qui le transmettent ne vivent qu’en zones tropicales et subtropicales.

Dans les régions touchées, les stratégies visant à diminuer le risque de contracter le virus ont une portée limitée. On peut certes réduire la prolifération de moustiques en éliminant les eaux stagnantes. Mais il est bien difficile, voire illusoire, d’éviter tout risque de piqûre en s’équipant de moustiquaires, en portant des vêtements couvrants ou en se protégeant avec des lotions antimoustiques à longueur de journée.

Ces mêmes conseils prévalent pour se prémunir contre la dengue et le chikungunya, deux autres maladies virales transmises par les moustiques du genre Aedes, dont la présence a beaucoup augmenté ces dernières années dans les Amériques.

Toutes ces précautions diminuent assurément le risque de contracter un de ces virus. Néanmoins, dans l’état actuel des choses, les femmes enceintes qui envisagent d’aller en vacances sous les tropiques devraient y réfléchir à deux fois cette année, surtout si elles sont en début de grossesse. Passer son temps à s’inquiéter du moindre moustique, ou se morfondre après chaque piqûre, n’est peut-être pas la meilleure manière de profiter de ses vacances!

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1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

Mme. Borde
Y-a-t-il des études de faites sur la microcéphalie en Afrique ou en Asie? Pourquoi tout d’un coup on associe le zika avec cette déformation? Le Brésil est parmi les pays les plus empoisonnés par les pesticides. Faite donc des investigations de ce coté si vous voulez vous distinguez. Une autre chose, si les micro billes ne sont pas filtrées, qu’en est-il avec toutes ces drogues prescrites et en bonne partie éliminées par les addicts?!
Bien a vous