Faut-il croire aux nouvelles scientifiques ?

Les Sceptiques du Québec m’ont invitée dimanche soir à Québec à donner une conférence sur le thème «Faut-il croire aux nouvelles scientifiques ?» (pdf).

J’y parlerai des raisons qui font qu’à mon avis, il y a parfois lieu de se montrer effectivement très sceptique sur ce que les médias nous apprennent quand ils nous parlent de science.

Même si elle est très souvent dans l’actualité, la science reste un parent pauvre des médias écrits et électroniques au Québec et ailleurs, compte tenu de l’importance des enjeux qu’elle sous-tend.

Exploitation du gaz de schiste, gestion de la pandémie, épisode de listeria, programme universel de procréation assistée, marée noire, séismes… dans tous ces sujets de Une, ce que nous apprend la recherche scientifique est crucial pour bien saisir les enjeux et informer adéquatement.

Le problème, c’est que bien peu de journalistes possèdent les compétences ou les moyens nécessaires pour aborder des questions de science qui sont elles-mêmes de plus en plus complexes.

Sur les 2100 journalistes membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), seuls 45 ont indiqué «Sciences et technologies» dans la liste des domaines qu’ils couvrent.

Sur les 200 membres de l’Association des communicateurs scientifiques du Québec, une cinquantaine sont journalistes.

Plusieurs, comme moi, sont membres de ces deux associations.

La couverture journalistique des questions de science souffre à mon avis de plusieurs défauts:

– soucieux de toujours donner le pour et le contre dans leurs topos ou leurs articles, les journalistes donnent la parole à des gens dont les opinions sont en complète contradiction avec ce que la méthode scientifique a clairement établi, sans prendre les précautions qui s’imposent. Ils contribuent ainsi à véhiculer des idées fausses. Les pseudo-experts en tout genre se taillent une place beaucoup trop importante dans les médias.

– les journalistes jugent parfois assez mal de la valeur des études qu’ils rapportent, présentent des conclusions d’études préliminaires comme des faits avérés et confondent les corrélations avec des liens de cause à effet.

– la notion de risque est souvent mal perçue. Comme de nombreuses autres personnes, les journalistes ont tendance à confondre risque relatif et risque absolu, ce qui fait qu’on surestime de nombreux risques tout à fait négligeables.  C’est un excellent fonds de commerce pour les médias sensationnalistes.

– les journalistes ont parfois tendance à sous-estimer les différents processus de mise en marché de la science qui devraient imposer de toujours retourner aux sources. Ils ne prennent pas assez de recul par rapport aux communiqués de presse émanant des universités ou des revues savantes.

Évidemment, tout cela n’empêche pas qu’il y ait de très bons articles ou topos scientifiques dans les médias. Mais disons qu’il y a place à de l’amélioration.

Là où je suis contente, c’est qu’il semble y avoir une vraie prise de conscience de ce problème du côté des journalistes, comme en témoigne la tenue d’un atelier consacré au traitement des questions scientifiques lors du prochain congrès de la FPJQ.

On s’en reparle dimanche soir?

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J’ai essayé de faire partie des Sceptiques du Québec!

Mais ils ne m’ont pas cru quand j’ai dit que j’étais sceptique 🙁

« soucieux de toujours donner le pour et le contre ». Vrai dans plusieurs cas. Mais pas dans le cas du réchauffement climatique. Le « contre » (les inconvénients) a été relayé ad nauseam, mais pas le « pour » (les avantages).

Le journaliste scientifique, comme les autres journalistes, est souvent à la recherche de « sensations » qui vont « faire peur au monde », car cela est plus vendeur qu’une position flegmatique qui calme les gens et les invite à regarder les choses avec perspectives. Plus vendeur: cela veut dire plus susceptible de se retrouver en première ou deuxième page, d’être mis en vedette par une grosse photo, etc.

A part cela, vous cognez sur les bons clous dans votre diagnostic.

Vous présentez les défis que présente la nouvelle scientifique pour les journalistes. Un semblable défi attend aussi les lecteurs.

Dans les médias non spécialisés, la nouvelle scientifique nous est souvent présentée comme une curiosité, sans contexte ni analyse. Il faut alors au lecteur un minimun de connaissance, de sens critique et de réflexion personnelle pour la juger pour ce qu’elle vaut. Pas toujours facile, mais s’il y a intérêt, on y arrive.

Il ne faut pas «croire» aux nouvelles scientifiques. Mais il faut avoir un minimum de confiance en la science et en ceux et celles qui la font.

De premier abord, on peut aisément affirmer que la nouvelle scientifique est plus crédible que les nouvelles sur les miracles…
Cela dit, quelle que soit la nouvelle, il ne faut jamais perdre son esprit critique.
Les scientifiques eux-mêmes ont une carrière à mener, des subventions à obtenir, une réputation à établir. Ils ont donc tout intérêt à faire mousser le moindre petit résultat. Ils ont même, souvent, tout intérêt à fabriquer des résultats de toutes pièces, sans quoi ils risquent de ne pas avoir le financement qu’ils réclament ou la promotion qu’ils attendent… Savoir trier dans le lot demande savoir, expérience et doigté.
Or les journalistes, vous le dites vous-même ont fort rarement le savoir nécessaire pour en traiter. Combien confondent virus et bactéries, isotopes et ions etc. C’est souvent lors de la vulgarisation que la nouvelle perd toute sa crédibilité car, déformée, elle devient carrément incompréhensible.

Vous avez bien raison. Et les probèmes que vous évoquez ne sont pas sans conséquences. Comment voulez-vous que les gens prennent leur médecin au sérieux lorsqu’ils entendent toutes sortes de nouvelles mal relayées et qui se contredisent? Les gens en deviennent confus, mais comme ils ont un besoin d’informations ils se tournent vers… l’internet. Et n’ont aucun moyen d’évaluer l’exactitude de l’information, et la compétence de leur source…

Et ajoutons qu’il y a des journalistes qui ne comprennent pas toujours les nouvelles scientifiques car ils ont des carences dans les champs de connaissance nécessaires. Des rédacteurs de billets de presse dans certaines agences souffrent apparemment de ces maux, ce qui n’aide pas.

Sinon, honorable a raison. Dans leur volonté de vouloir donner toujours le pour et le contre sur tout, une visibilité beaucoup trop grande a été donnée aux pseudo-scientifiques qui nient le réchauffement climatique (ceux qui sont « contre » n’importe quelle mesure visant à le combattre) sans y comprendre quoi que ce soit ! Il est plus intéressant (financièrement) d’alimenter les fantaisies de complots chez certains paranoïaques que de donner la vérité « banale ».

Vous avez oublier de mentionner réchauffement climatique dans vos situations où c’est parfois douteux! 😉

Il y a aussi un essai américain qui montre la monté inquiétante de choses comme le conspirationisme et l’anti-scientisme(grammaire?)…

Ca fait peur…