Faut-il (encore) avoir peur… de la viande ?

Selon une nouvelle série d’études, les preuves scientifiques sur lesquelles les recommandations de diminuer la consommation de viande rouge ont été basées ne sont pas solides. Mais qui, de ces chercheurs ou de ses détracteurs, disent vrai ?

Photo : NurPhoto / Getty Images

Doit-on manger moins de viande rouge et de charcuteries pour rester en santé ? Une série d’études publiées à ce sujet dans la revue scientifique Annals of Internal Medicine ont semé toute une controverse récemment : le groupe de chercheurs mené par l’épidémiologiste Bradley Johnson, de l’Université Dalhousie, à Halifax, y contredit les dernières recommandations du Centre international de recherche sur le cancer et d’autres instances qui, depuis quelques années, conseillent de diminuer sa consommation de viande rouge et de quasiment éliminer les charcuteries pour limiter les risques de cancer, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires.

Johnson et ses collègues estiment que les preuves scientifiques sur lesquelles ces recommandations ont été basées ne sont pas solides. Ils ont donc procédé à de nouvelles méta-analyses et en ont soumis les résultats à un groupe de 14 experts indépendants. Groupe qui a conclu que, du strict point de vue de la santé, rien ne justifie de revoir la consommation de viande à la baisse.

Le plus surprenant dans cette histoire, c’est que toutes les études analysées par ces chercheurs aboutissent grosso modo aux mêmes conclusions ! Elles montrent que les gens qui mangent moins de viande sont un tout petit peu moins touchés par certains cancers et, dans une moindre mesure, par d’autres maladies. Mais la différence est mince : selon le Centre international de recherche sur le cancer, en mangeant chaque jour 50 g de plus de viande rouge ou transformée, vous augmentez de 18 % votre risque relatif de cancer colorectal, la maladie la plus étroitement associée à la consommation de viande. Cela peut sembler énorme, mais en risque absolu, cela revient, pour une personne, à passer d’un risque de 0,7 % d’être atteinte de ce cancer au cours des 10 prochaines années à un risque de 0,82 %.

Johnson, comme bien d’autres chercheurs, conteste la qualité des études épidémiologiques nutritionnelles. Basées principalement sur des questionnaires, elles fournissent des résultats beaucoup moins fiables que des essais cliniques ou des études expérimentales. Mais sa propre méthode a été critiquée par d’autres épidémiologistes, qui l’ont aussi accusé de ne pas avoir dévoilé qu’il avait déjà collaboré, par le passé, avec l’industrie alimentaire.

Un bénéfice mineur mais incertain est-il suffisant pour justifier de nouvelles recommandations ? Entre chercheurs, la bataille fait rage… et la science ne permet pas de trancher, faute d’une méthodologie inattaquable. Alors, que faire ? Manger un peu moins de viande ne peut pas nuire à la santé et, au moins, la planète en sortira gagnante, au vu de l’énorme impact de l’élevage sur le climat qui, lui, est prouvé hors de tout doute !

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