Faut-il sauver les bélugas ?

Si les bélugas disparaissent du Saint-Laurent, on perdra plus qu’une partie de notre patrimoine naturel, dit le biologiste Robert Michaud. « Ce sera un constat d’échec sur la façon de partager notre fleuve avec les autres espèces vivantes. »

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En septembre, la Cour supérieure du Québec a suspendu les forages à Cacouna, invoquant des failles dans la démarche du ministre David Heurtel. Mais les forages reprendront sous peu. – Illustration : André-Philippe Côté

De son bureau, à l’étage du Groupe de recherche et d’éduca­tion sur les mammifères marins (GREMM), à Tadoussac, Robert Michaud a une vue imprenable sur les bélugas du Saguenay. Mais depuis quelques années, il observe de moins en moins de ces baleines blanches. Après avoir stagné pendant 30 ans, la population de l’espèce est en déclin. S’il va de l’avant, le projet de port pétrolier de TransCanada à Cacouna pour exporter le pétrole albertain pourrait donner un coup fatal aux bélugas, dit le directeur du GREMM.

Il y a déjà beaucoup de trafic maritime sur le Saint-Laurent. En quoi la construction d’un port pétrolier à Cacouna changerait-elle la donne ?

Le trafic maritime est concentré sur la rive nord. La rive sud est considérée comme le refuge acoustique des bélugas, qui sont extrêmement sensibles aux ondes sonores. Ils habitent une petite portion de l’estuaire, de l’île du Bic à l’île aux Coudres. Certaines zones, désignées par la Loi sur les espèces en péril comme l’« espace essentiel » du béluga, sont surtout habitées par les femelles et les jeunes. Or, l’une des zones les plus critiques se situe exactement sous les piliers prévus du port pétrolier de Cacouna, une immense jetée qui s’avancera sur 700 m. C’est à cet endroit précis que les bélugas s’alimentent au printemps et élèvent leurs jeunes à l’automne. Comme ces mammifères forment une très petite population, moins de 1 000 individus, si on réduisait le succès reproducteur de quelques femelles ou les chances de survie de quelques jeunes, ce serait assez pour accélérer le déclin de tout le troupeau.

Le gouvernement a-t-il sollicité votre avis ?

Non. Même mes collègues de Pêches et Océans Canada n’ont pas été consultés. S’ils l’avaient été, je suis convaincu qu’ils diraient la même chose que moi, parce qu’ils utilisent les mêmes données. En 2007, lorsque TransCanada a voulu construire un port méthanier à Cacouna pour importer du gaz naturel russe, ils avaient publié un avis très clair : aucun forage pendant la période d’utilisation intensive du secteur par les bélugas. À l’époque, la population était stable. Depuis, elle décline. Après des épisodes inquiétants en 2008 et 2010, il y a eu une vague de mortalité sans précédent chez les nouveau-nés en 2012. On a alors retrouvé 16 carcasses.

On ne peut pas rapidement renverser les changements climatiques, qui expliquent en partie ce déclin. Mais on peut réduire les sources de stress, particulièrement dans les aires les plus cruciales pour les femelles et les jeunes. C’est une recommandation formelle des chercheurs du consortium Béluga, auquel participe Pêches et Océans.

Il y a des bélugas ailleurs dans le monde. Pourquoi faudrait-il absolument sauver ceux du Saint-Laurent ?

Si ces animaux disparaissent, on perdra une partie de notre patrimoine naturel et de la biodiversité de cette espèce. Mais on perdra aussi une bataille importante, celle visant à préserver dans le Saint-Laurent des conditions de vie favorables pour les autres espèces vivantes. Depuis une trentaine d’années, nos gouvernements ont consenti des efforts très importants pour rétablir cette population, qu’on avait chassée jusqu’au seuil de l’extinction. On a créé un parc marin pour protéger les bélugas. On les a utilisés comme une sorte d’emblème dans tous les programmes fédéraux, appelés Plans d’action Saint-Laurent. On mesurait notre avancement dans la décontamination du fleuve à l’aune des améliorations de la santé des bélugas. Si ces derniers s’éteignent, ce sera un constat d’échec sur la façon de partager notre fleuve.

De son lumineux bureau, à l’étage du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), à Tadoussac, Robert Michaud a une vue imprenable sur les bélugas du Saguenay. Mais depuis quelques années, il observe de moins en moins de ces baleines blanches. Après avoir stagné pendant 30 ans, la population de l’espèce est maintenant en déclin. S’il va de l’avant, le controversé projet de port pétrolier de TransCanada à Cacouna pour exporter le pétrole albertain pourrait donner un coup fatal aux bélugas, dit le directeur du GREMM, qui a consacré sa vie à l’étude de ces mammifères marins.

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5 commentaires
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Pourquoi sauver les bélugas au détriment des revenus?
Pourquoi sauver la langue française, le monde est de plus en plus à l’anglais?
Pourquoi dépenser pour la culture, c’est plus payant de favoriser le pétrole canadien, comme avec un port pour vendre du pétrole qui fera faire des profits aux pétrolières et les Albertains? Ne faisons-nous pas partie du même pays? Et puis nous recevons de la péréquation? Non? Grâce aux Canadiens? Non?
Pour prouver notre bonne volonté, on achètera le pire combustible qui existe pour faire fonctionner une cimenterie en trop et très hautement subventionnée?
L’environnement? C’est quoi ça?
A-t-on élu un gouvernement Québécois en avril dernier ou un deuxième sous-parlement canadien à Québec?
A-t-on élu un gouvernement libéral ou conservateur?
A-t-on élu Philippe Couillard ou Stephen Harper?
Nous avait-il parlé de cette philosophie qu’il applique maintenant?
Ou nous avait-il promis autres choses?
Au faite, Philippe Couillard est-ce son vrai nom?
N’est-il pas né Harper?

Et si en plus, il y avait une collision entre un ou deux pétroliers apportant un grand déversement?
Il n’existe actuellement aucune intervention efficace et concertée pour contenir un tel accident.
Les seules réponses du gouvernement et de son ministre de l’environnement sur cette question: « …nous prenons très au sérieux… ». Mais encore? « …nous prenons très au sérieux… ». Et donc, il n’existe rien de concret, d’efficace, de « sérieux » qui existe et qui est en place, si non il s’empresserait de nous les décrire!

Pour moi, la journée où il y aura un accident important, pour moi, ils (les décideurs et leurs supporteurs, compagnies impliquées et leurs travailleurs inclus) seront tous des criminels!

Le béluga, ce n’est pas le « canari » dans la mine, d’autres espèces viendront les remplacer. Le réchauffement climatique les chasse de toute façon, après les polycycliques de l’Alcan, les nuées de touristes en kodiaks assourdissants qui veulent à tout prix déclarer leur amour à la baleine à bosse ou au rorqual commun, ou s’admirer sur Facebook dans un selfie édifiant et aimable, ou les habitants de l’Ile aux Coudres chasseurs sans pareil pendant 100 ans, qui auront fragilisé à jamais le troupeau « patrimonial », sans doute par fidélité aux valeurs québécoises.
Et puis, si les pétroliers se transportent ailleurs que Cacouna, on trouvera certainement là-bas un poisson menacé (le bar rayé? l’esturgeon évanescent?), ou quelque batracien aux couleurs exceptionnelles pour s’étouffer d’indignation.
Que l’on commence par imposer une taxe sur le carbone qui ait du sens (50 cents le litre!) et les mammifères marins, comme les poissons ou les batraciens, s’en porteront mieux.

Hautement édifiant que vos propos!
Enfin, je dois rester poli.
Du n’importe quoi grossit à la loupe comme plaidoyer contre ce qui existe déjà et qui est règlementé, surveillé et changé relativement facilement.
Pour les pétroliers dans un nouveau port, il n’existe pas de règlementation appropriée et aucune qui soit véritablement dans les plans du gouvernement de docteurs, plus intéressés aux questions financières qu’à soigner des malades.
De plus, il n’y a aucun revenu à la mesure des profits que les compagnies impliquées feront en vendant leur déchets en utilisant notre seule véritable voie navigable jusqu’à l’océan qui en cas de pépin, sera entièrement bloqué jusqu’à la côte nord. Aucune mesure tangible à part des souhaits et des promesses du ministre de l’environnement et son premier ministre sont présentement en place et sont prévue à être mis-en place pour contrer les effets d’un accident majeur. Ça n’existe pas, à part: « Nous prenons la santé et la sécurité des Québécois à coeur » . Mais encore? Qu’est-ce que cela signifie dans les faits? Aucune réponse! C’est d’autant plus édifiant de la part d’un gouvernement de docteurs!
Quelles leçons avons-nous tiré de lac Mégantic?
A rien!
Les choses vont s’améliorer avec le temps!
1- Le temps n’arrange et ne dérange rien. C’est un mythe! Une autre fausseté! Du n’importe quoi! De madame Blancheville à côté, ça passe, mais pas d’un gouvernement de docteur.
2- On établit des règles et des lois, basées sur des études concrètes et honnêtes.
3- On met en place les infrastructures et le personnel qualifié en conséquences.
4- Après on pourra allez ou non de l’avant!
On est habitué de mettre la charrue de l’économie et des compagnies de avant les boeufs de la prudence, de la sécurité, du bien-être et de la santé de la population. On constate régulièrement ce que ça donne.

Selon ce que je comprend de votre raisonnement: ce n’est pas grave, car on mourra tous et seront tous remplacés un jour ou l’autre de toutes façons. A quoi bon alors?