Faut-il avoir peur… des poisons à rats ?

Des solutions de rechange existent. Pourquoi ne pas les utiliser ?

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Depuis quelques mois, Julien Bourdeau, un Montréalais de 17 ans, se bat pour faire interdire les rodenticides employés par des entreprises à Montréal, après avoir constaté que des dizaines de pièges étaient installés dans le Technoparc de Saint-Laurent, un lieu très prisé par les oiseaux. La Ville de Montréal étudie la question et pourrait imiter la Californie et 13 villes de Colombie-Britannique, qui ont banni l’utilisation de ces produits hors des fermes afin de protéger les animaux sauvages.

Les rodenticides servent à limiter les populations de rats, souris et autres rongeurs dans les villes ainsi qu’en zones agricoles et industrielles. Ils sont incorporés dans des appâts déposés dehors, le long des murs. Certains sont aussi vendus sous forme de granules ou d’appâts insérés dans de petits pièges, pour usage domestique à l’intérieur ou à l’extérieur. 

Dans les années 1940, la mort-aux-rats, un poison à base d’arsenic, a commencé à être remplacée par des anticoagulants, comme la warfarine, qui tuent les rongeurs après quelques jours en provoquant des hémorragies internes ou une anémie grave. Mais au fil des décennies, de nombreuses populations de rongeurs ont acquis une résistance à ces substances. Des anticoagulants de deuxième génération encore plus toxiques, tel le brodifacoum, les ont donc largement supplantées. « En raison de leur mode d’action, ces produits sont susceptibles d’affecter tous les vertébrés », explique Sébastien Sauvé, professeur à l’UQAM, spécialiste des contaminants dans l’environnement. 

Diverses études ont démontré que ces anticoagulants de seconde génération persistent longtemps dans l’environnement et s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Dans les années 2000, des chercheurs en ont repéré dans le sang de presque tous les rapaces trouvés morts et chez différents prédateurs aux États-Unis, au Canada et ailleurs dans le monde. Beaucoup d’animaux étaient très intoxiqués, certains avaient vraisemblablement été tués par les rodenticides. D’autres travaux ont même révélé leur présence chez des bêtes ne se nourrissant pas de rongeurs. L’an dernier, par exemple, des scientifiques allemands ont découvert que près du tiers des passereaux capturés à proximité de fermes employant ces pesticides en avaient dans leur sang. 

En 2012, le Canada a interdit ces molécules dans les produits à usage domestique, pour diminuer le risque d’intoxication accidentelle des humains et des animaux de compagnie. La vitamine K est un antidote efficace, mais elle peut mettre plusieurs mois à contrer l’effet des anticoagulants de seconde génération. Pour les jardins et les habitations, des pièges mécaniques ou contenant des substances bien moins dangereuses sont utilisés.

« Comme il existe des solutions de rechange, Montréal et les autres villes du Québec devraient éliminer ces produits hautement toxiques », estime Sébastien Sauvé.

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