Fraude et PPP : Monique Jérome-Forget se serait-elle trompée?

Monique Jérome-Forget l’avait affirmé en 2011 : « «Les PPP, ça sauve la fraude. » Justifiant rétrospectivement ce choix controversé, elle traçait ainsi la ligne, Elliott Ness des temps modernes: «Pourquoi pensez-vous que toutes les firmes étaient contre moi? Et qu’elles se sont arrangées pour convaincre le gouvernement que ce n’était pas bon. Elles savaient qu’avec ça [les PPP], tu ne peux pas frauder».

Mais l‘UPAC ayant lancé mercredi des mandats d’arrêt contre l’ex-directeur général du CUSM Arthur Porter, son ex-bras droit, Yanaï Elbaz, l’ex-PDG de SNC-Lavalin Pierre Duhaime, l’ancien VP de SNC Riadh Ben Aïssa et Jeremy Morris, administrateur de Sierra Asset Management soupçonné d’avoir agi comme entremetteur pour les tractations douteuses entre SNC et le CUSM, potentiellement en lien avec le contrat de PPP, ça laisse planer comme un doute. De « fraude, de complot pour fraude, de fraude envers le gouvernement, d’abus de confiance et de recyclage des produits de la criminalité. »

Un mandat d’arrêt ne veut pas dire la culpabilité, mais avouons que le bruit courait depuis déjà un bout de temps : l’attribution du PPP du CUSM aurait-il été influencé par des dollars sonnants, quoique canadiens, versés à l’hyperstar du management hospitalier recrutée aux USA, le formidable Arthur Porter, doté notamment d’un « sens aigu des affaires »? Mais non! Ce ne sont que des « allégations calomnieuses et scandaleuses ».

Ce n’est pas non plus comme si les CHU en PPP avaient passé comme une lettre à la poste à l’époque. À l’instigation des MQRP, une coalition regroupant des médecins, des infirmières, des architectes, des constructeurs, des ingénieurs, des syndicats, des économistes – beaucoup de monde dont la position avait été reprise par des éditorialistes du Devoir, de la Gazette et même de la Presse – avait dit non aux PPP!

Arguant que les coûts pourraient bondir, que la souplesse requise pour un futur mégahôpital n’y serait pas et que les expériences difficiles apparaissaient ailleurs dans le monde, la coalition avait demandé au gouvernement de reculer.

Rien n’y fit : malgré un rapport très critique émis en 2009 par le vérificateur général, qui avait remis en cause le processus décisionnel et les paramètres de calcul utilisés par la défunte agence des PPP, le gouvernement avait persisté.

Au fait, selon Madame Jérome-Forget « ambassadrice des PPP au sein du gouvernement », des pots-de-vin, ça ne coûtent rien en mode PPP: « Si elles (les compagnies) veulent donner des pots-de-vin au monde, ben j’ai des nouvelles à leur apprendre, nous autres [l’État] ça ne nous coûte pas plus cher. C’est elles qui le paient, le pot-de-vin! » On respire. Une sorte de philanthropie, par le biais de pots-de-vin aussi autofinancés qu’inutiles, parce que le processus des PPP est imperméable aux influences!

De toute façon, la concurrence était là pour réguler les coûts, n’est-ce pas? Même s’il n’y avait que deux concurrents pour le CUSM. Ce qui est déjà beaucoup: dans le cas du centre de recherche en PPP du CHUM, il ne restait qu’un seul concurrent, se concurrençant en quelque sorte lui-même. Mais on avait tout de même respecté « l’esprit de compétition ».

Un doute nous vient: ces activités philanthropiques ont-elles pu influencer l’octroi du contrat de 1.3 milliards $ du CUSM? Aurions-nous alors perdu au change? Parce qu’une concurrence famélique et un probablement un peu moins libre qu’on pense, on convient que ça ne fait pas un libre marché très vigoureux, non? Fâcheux, d’entacher ainsi la réputation des PPP! C’est Pierre Lefebvre, ex-président de l’Agence des PPP, qui a du avaler son café de travers.

Déjà que les PPP en santé étaient loin de faire l’unanimité, si ça commence en plus à sentir la corruption alors qu’on nous avait vanté l’étanchéité du processus, peut-être que les opposants aux PPP, dont je suis, je ne m’en cache pas, recommenceront-ils à poser des questions après avoir jugé le dossier clôt? D’autant plus que des problèmes commencent à apparaître.

Le ministre Réjean Hébert considère visiblement ce choix comme une erreur. Qui sait alors jusqu’où, avec un peu de volonté politique, on pourrait aller? Jusqu’à faire marche arrière, si on n’y perd pas trop au change? Ou même revenir à un mode conventionnel de construction? C’est une question qu’on peut se poser.

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Les PPPs contre la fraude?? Assez bizarre comme raisonnement : les montages financiers sont faits par des firmes externes, tous les plans et devis, la contruction, l’entretien, etc. Ah ce gouvernement libéral nous aura vraiment coûté cher. Imaginez si on les avait laissé faire tout ce qu’ils voulaient.

Eh oui, être urgentologue, c’est être autre chose qu’un robot spécialisé en réparations en tout genre… Nobostant la sympathie que nous inspire toujours Mme Jérôme-Forget, le mandat que le lui avait donné Jean Charest, celui de la promotion tout-azimut des PPP était en soit une insulte à l’intelligence. Du fait même de l’absence de transparence du processus, loin du regard inquisiteur du vérificateur général!, la porte ne pouvait qu’être grande ouverte aux magouilles en tout genre. Peut-être était-ce le but de l’exercice?

PPP ou Pour la Privatisation du Profit!

Comme ont dit: « Privatisons les profits et socialisons les pertes! »

La réalité est que la mésentente en Mme Forget et les firmes était au niveau que les firmes voulaient plus de garantie contre les risques!

@jack2
M. Vadeboncoeur est pas seulement un urgentologue. (quoique c’est déjà beaucoup!)

À jack2. Il parle de la gaffe monumental des libéraux et du cusm et du ministre de la santé actuel. Me semble qu’il y a un lien la mettons. Parce qu’on a un métier on peut pas comprendre autre choses. Comme métier tu es critique des personnes. Je peux me fier sur toi et que tu ne feras rien d’autre.

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