Fraude sur les internets avec ma face dedans

Voir son identité usurpée pour promouvoir un produit « miracle », c’est déjà en soi une cata. Mais ça l’est plus encore de ne pas pouvoir y faire grand-chose !

Crédit : L'actualité

Voilà quelques semaines, le courriel suivant, envoyé à mon adresse publique (pas facile à trouver) par une certaine Jeannine, m’a vraiment rendu perplexe :

« Bonjour,
Sur Facebook, vous faites la promotion des gélules keto pour maigrir, j’aimerais savoir si le produit est vraiment efficace ou si c’est un fake news.
Votre opinion est importante pour moi. »

Ça ne pouvait être qu’une erreur. Une « fake news » ! Je lui ai répondu tout de suite par une autre question :

« Je ne comprends pas votre question.
Je n’ai jamais fait une telle promotion.
Pouvez-vous me dire où ? »

Elle m’a indiqué avoir vu passer cela sur Facebook et qu’elle allait me revenir sitôt le lien retrouvé. Mais en attendant le message de retour de cette gentille dame, j’ai reçu, dans les heures qui ont suivi… d’autres courriels du même ordre, me demandant chaque fois si j’appuyais le produit ou quelques informations.

Jeannine m’est revenue avec le lien. J’ai cliqué dessus. Et là, j’ai été vraiment étonné : je suis tombé sur ma propre face, mon nom, mes mots (apparemment) dans un reportage publicitaire provenant du magazine Clin d’œil (pas du tout en fait) et signé par une journaliste (qui ne savait rien non plus de l’affaire). En fait, la photo avait été prise au Salon du livre de Montréal de 2018.

Ce genre de photos sur lesquelles on tombe tout de suite quand on effectue une recherche Google avec mon nom. Autour, du texte en français d’assez bonne qualité, sans trop de fautes, faisant complètement illusion. Et un Institut des sciences de la nutrition en prime ! Tout un montage !

Malgré moi, je me retrouvais donc à la tête d’une campagne de publicité organisée pour vendre un produit permettant (pas vraiment ) de perdre du poids, appelé Keto Advanced. Wow !  Comment en étais-je arrivé là ? Moi qui ne bois pas, je ne pouvais quand même pas avoir signé un contrat sans m’en souvenir après une soirée arrosée !

C’est tout simple, cette campagne (frauduleuse) de la compagnie américaine BioTrim Labs (dont j’ignorais l’existence) a fait de moi, à mon corps défendant, un marchand de pilules santé, le produit (douteux) Keto Advanced Fat Burner.

Et accessoirement, j’étais devenu une sommité canadienne aidant certaines grandes vedettes à améliorer leur santé, rien de moins.

Tout cela est faux, archifaux, bien entendu.

En fouillant ce lien et d’autres qu’on m’envoyait sans cesse, j’ai retrouvé plusieurs photos de moi insérées dans des textes qui laissent croire que j’en suis l’auteur, et de nombreux échanges avec des (sans doute pseudo) clients, qui se posent des questions auxquelles je réponds (apparemment). Tout en prenant bien soin de référer les gens aux liens qu’on retrouve partout sur ces pages, et qui mènent tous… à des magasins virtuels où le fameux produit (auquel je ne crois pas une miette) se vend à rabais — et évidemment il n’en reste presque plus donc dépêchez-vous ! Angélique, pas de panique !

Voilà que, dans les jours suivants, on allait m’envoyer des dizaines d’images avec ma face encore, en photo ou en vidéo sans son (curieuse idée) avec ou sans mon nom, menant toujours à des sites de vente du produit !

Quoique dans certains cas, le message paraissait pour le moins ambigu !

Bref, une fraude professionnellement conçue, qui fait illusion et qui atteint son objectif, soit confondre les gens. Non seulement j’étais associé de force au produit, mais j’en étais ni plus ni moins devenu le porte-parole ! Ce qui est un peu fort de café.

J’étais troublé, mais aussi inquiet des répercussions. Est-ce que certains tomberaient dans le panneau et se procureraient le Keto Advanced ? J’ai commencé à répondre patiemment aux dizaines de courriels qui affluaient, de même qu’aux questions sur les réseaux sociaux, dénonçant le tout et demandant aux gens de signaler les pubs surgissant plutôt fréquemment sur le Web.

Pas le seul

Vous n’ignorez sans doute pas qu’il est interdit pour un médecin de faire la promotion d’un produit. Surtout qui n’a pas fait ses preuves scientifiquement, ce qui est le cas du Keto Advanced, après vérification auprès de nutritionnistes et de spécialistes de la prévention. À tout hasard, j’ai avisé mon ordre professionnel, qui s’est montré compréhensif, mais ne pouvait pas y faire grand-chose, le tout provenant des États-Unis.

Je n’ai pas été le seul médecin placé dans cette étonnante situation, le Dr Horacio Arruda (que vous connaissez sûrement !) s’est retrouvé dans la même situation, comme on le voit là où son image est tout aussi usurpée que la mienne, pour le même produit.

Mon ordre n’a pas été le seul potentiellement intéressé par la situation, puisque l’Ordre professionnel des diététistes du Québec s’est aussi inquiété (avec raison) qu’une des images diffusées m’affuble du titre de « nutritionniste », un titre réservé.

J’ai eu vite fait de les rassurer sur mon absence d’intention à cet égard… tout en ne pouvant leur offrir de solution miracle pour l’instant.

Au fait, c’est aussi arrivé à une foule de vraies vedettes, de Guylaine Tremblay à Véronique Cloutier en passant (m’a-t-on dit) par Julie Snyder. Véronique Cloutier a publié récemment un message pour dénoncer le tout.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Veronique Cloutier (@cloutierv) le

Exploiter la vulnérabilité

Dans les jours qui ont suivi, j’ai reçu des dizaines d’autres courriels (et ça n’a pas cessé depuis) et de messages sur les réseaux sociaux me demandant si j’appuyais le produit, des conseils pour son utilisation, mais aussi des doutes, voire des reproches.

Beaucoup de personnes, abusées par ces fausses publicités, semblaient penser que j’en étais devenu le porte-parole, et d’autres n’en revenaient juste pas que je sois tombé si bas !

L’objectif est clair : exploiter la vulnérabilité des gens en excès de poids, comme une foule d’entreprises plus ou moins charlatanesques le font depuis fort longtemps, bien souvent au détriment de la santé de ces personnes. Qui n’a jamais recherché le produit miracle pour perdre du poids ?

Dans ce cas, il s’agit de comprimés « keto » (contenant différents éléments, dont des corps cétoniques) qui induiraient rapidement un certain niveau de cétose, l’effet qu’on recherche avec les diètes « keto » qui circulent abondamment ces temps-ci, à tort ou à raison. Leur efficacité n’est pas prouvée.

Je me suis renseigné auprès d’experts sur cette question, et on me confirme qu’il n’existe pas de données scientifiques permettant d’appuyer l’usage de ces comprimés, et que la prétention face à la perte de poids n’est soutenue par aucune étude solide. Vous vous imaginez qu’elle est ma recommandation. Sinon, relisez le titre de la chronique.

Face à tout produit miracle, je recommande surtout de garder son esprit critique, de ne pas acheter ce produit (surtout par sur Internet) et de consulter plutôt des professionnels pour les questions qui touchent les problèmes de poids et les solutions possibles.

Sauf que, visiblement, ça marche, ces publicités. Sinon, ils ne payeraient pas pour ça ! La quantité de témoignages et de questions reçus montre que le tout a largement circulé et que le but est atteint, soit confondre les gens. Je n’ose pas imaginer le nombre de personnes qui auront acheté le produit à cause de cette campagne. Quand j’ai reçu ce courriel, ça m’a fait mal au cœur :

« Bonjour
J’ai fait une commande de ce produit qui devait coûter aux environs de 100 $
Après un appel à ma cie de carte de crédit, le montant est de 303,44 $
Ce n’est plus du TOUT la même chose
Je vous demande SVP des informations
Car tout se fait en anglais et je parle français
Merci »

À qui j’ai répondu dès mon retour de vacances fin juillet :

« Je suis vraiment désolé pour cette mésaventure.
Malheureusement, toute cette histoire est une fraude (quoique le produit existe) et ces annonces sont fausses. On a usurpé mon identité. Je tente de faire cesser le tout, mais c’est bien difficile.
Je ne recommande pas ce produit ni aucun autre.
Comme vous semblez de plus avoir été fraudée, je vous suggère de déclarer le tout à la police. »

J’ai d’ailleurs effectué quelques recherches sur le Web, et trouvé malheureusement plusieurs plaintes et évaluations négatives, concernant notamment des fraudes potentielles avec ce produit, soit qu’il n’est jamais parvenu aux clients ou que les montants demandés sont plus élevés que mentionné.

De mon point de vue, je ne voudrais pas briser la confiance que les gens m’accordent bien aimablement, et mettre en doute le fait que j’essaie, depuis toutes ces années de vulgarisation scientifique et de transfert de connaissances vers le grand public, de me baser sur la science la plus rigoureuse.

Contre-attaquer

C’est beau se plaindre, mais j’ai aussi pris quelques actions, avant mes vacances d’été. Comme on me l’a conseillé, j’ai rapidement contacté la police pour leur exposer cette fraude. J’ai rencontré une agente, qui m’a dit transmettre le dossier à un enquêteur, dont j’attends des nouvelles depuis ce temps.

J’ai communiqué avec la journaliste en question, qui s’est montrée tout aussi étonnée que moi, et qui m’a indiqué que le magazine faussement impliqué allait examiner ses recours.

J’ai tenté, vous pensez bien, de prendre contact avec l’entreprise Biotrim Labs elle-même, je n’ai reçu en retour que des accusés de réception, sans être capable d’engager un dialogue ni de parler à quelqu’un quand j’essayais le téléphone plutôt que le courriel.

J’ai toutefois joint sans problème Shopify, une entreprise canadienne qui vend le produit, plusieurs des publicités incluant le nom de leur site. J’ai eu une bonne écoute, et à la suite de ma plainte, je n’ai pas vu passer d’autres annonces utilisant leur nom. Mais on n’a pu me confirmer une action, leur relation avec leurs propres clients étant confidentielle.

Les plus récentes annonces affichent maintenant un autre magasin virtuel, Storeden (dont les serveurs sont enregistrés en Italie), que je viens de contacter pour tenter d’obtenir des explications et peut-être le même genre de résultats qu’avec Shopify.

Du côté de Facebook, par où transitent la majorité des annonces qu’on m’envoie encore ces jours-ci, j’en ai personnellement signalé une quinzaine, sans trop de résultats, ces images ne semblant pas contrevenir aux « standards » de la « communauté ». Un grand nombre de mes amis Facebook en ont aussi signalé, parfois avec succès, semble-t-il. C’est ce que je vous encourage à faire si vous en voyer passer une (en plus de m’envoyer le lien).

On m’a suggéré de faire authentifier mon nom par un « petit crochet bleu », ce que j’ai fait, et rapidement Facebook m’a accordé ce statut, m’envoyant un sympathique courriel pour me signaler l’événement, auquel je ne pouvais cependant répondre.

J’ai cherché comment communiquer vraiment avec Facebook autrement que par les petites questions-réponses de son site, et j’ai trouvé ce qui semble être un courriel de ses services juridiques… et j’ai même reçu un accusé de réception ! Peut-être une première étape vers la résolution du problème ?

Poursuivre ? J’ai consulté un peu. On me dit que de mettre en demeure ou poursuivre une compagnie américaine difficile à localiser et qui pourrait avoir des pratiques douteuses serait complexe, coûteux… et probablement infructueux.

Un des problèmes, c’est que les entités qui apparaissent sur Facebook ou ailleurs sur le Web pour vendre semblent disparaître aussi vite qu’elles sont créées, pour reparaître sous un autre nom, de sorte que la cible est diablement mouvante.

Pour mon grand déplaisir et pour celui de consommateurs qui pourraient se faire jour, je suis un peu déçu de constater qu’on ne dispose pas de beaucoup de moyens pour mettre fin à de tels phénomènes d’usurpation d’identité.

J’ai diffusé sur les réseaux sociaux à de multiples reprises ces images utilisant mon avatar Facebook actuel, que j’ai commandées à un vidéaste de ma connaissance en guise de riposte temporaire et plus ou moins sérieuse visant à dénoncer l’attaque. Au moins les gens seront avertis de ne pas croire les annonces frauduleuses, et ça les fera peut-être rigoler.

Voilà où est rendue cette histoire. Mais bon, il faut prendre ça avec un peu de recul, il se passe en ce moment des choses tellement plus graves que ça…

Quoique vous avez peut-être de l’expérience dans ce domaine ou des idées ? Si c’est le cas, je vous invite à me les écrire dans les commentaires. Plusieurs têtes valent mieux qu’une, comme chacun sait !

Les commentaires sont fermés.

Ça fait un moment que je vous suit, alors quand j’ai vu ces pubs, je n’ai pas cru un seul instant qu’elles pouvaient être autre chose que de la fraude et j’ai immédiatement utilisé l’option « signaler » de Facebook. Pourquoi tout le monde n’en a-t-il pas fait autant ? Le sans-gêne inqualifiable de la manœuvre d’usurpation d’identité me trouble encore moins que l’incroyable crédulité qui y répond.

C’est un beau cas à utiliser pour enseigner aux enfants (et aux adultes, mais dans leur cas il est peut-être trop tard) à ne pas croire tout ce qu’on voit sur Internet. Bien sûr on peut essayer d’attraper les criminels et de contraindre ceux qui diffusent leurs messages à exercer une meilleure surveillance et à réagir plus efficacement aux plaintes. Mais sans développement du sens critique, je ne vois pas comment on pourra empêcher efficacement ces bandits d’exploiter l’ignorance et la crédulité.

Je peux vous dire que je me suis fait prendre … et pour la première fois,,, je vous le dit avec de la gêne ,,, car jamais je n’aurais penser me faire prendre ainsi. J’ai acheté les capsules… de l’arnaque… j’essaie de les retourner et être remboursée très compliqué… je n’ai jamais de réponse. J’ai l’impression que je ne retrouverai jamais mon argent. J’ai un numéro de téléphone mais la ligne est occupée et pas moyen de parler à quelqu’un. C’est dur sur l’égo de se faire prendre de la sorte.

Je crois que ça nous est tous arrivé un jour ou l’autre de se faire avoir sur l’internet soit en gobant une fake new ou par une fausse publicité. Et vous avez raison c’est dur pour l’égo.

Mme Babin, Je me suis fait prendre aussi et j’ai déposée une plainte à l’office protection du consommateur et envoyé une mise en demeure. En attente fin du délai pour un remboursement de la cie sinon démarche pour rétrofacturation. Ben du trouble! … on apprend 😀

Comme je vous comprends! Je suis artiste peintre et mon travail est volé depuis plusieurs années par des compagnies web partout dans le monde, produits en chine. Hélas, je vois mon travail dénaturé, humilié, vendu à des prix dérisoires en produits de piètre qualité. Certaines compagnies on même utilise mon identité pour faire de la publicité sur Facebook.
Ce n’est qu’une question de droits d’auteur mais cela dénature mon objectif d’artiste, en plus de me priver de revenus… je n’ai pas les moyens de me battre, la bataille est perdue. Les lois sur le commerce international auront besoin d’être adaptées.
Votre situation révèle de la santé, ce qui est bien pire. Mais voilà, ces fraudes s’étendent à bien des produits.

Une façon de ne pas se faire avoir, laissez tomber le réseaux sociaux qui, à voir les revenus des propriétaires sont des arnaques bien connus.

Méthode Tick Toc peut-être ? Bombarder la boutique de Biotrim Lab de commandes abandonnées dans le panier. On peut « commander » jusqu’à 5 exemplaires du même produit. On mets anonymement plusieurs produits x5 dans le panier et on laisse la commande là. Ça ne règle rien de votre côté mais ça défoule et ça bousille leur inventaire 😉

Je lis régulièrement et apprécie beaucoup vos interventions.

Mais , quant à la mésaventure qui vous arrive, s’agit-il réellement d’une fraude?

D’aucuns pourront trouver que je suis trop attentif au sens réel des mots.

Pour qu’il y ait fraude, selon moi, il faut qu’il y ait une intention (elle est bien là), un mensonge (il est bien là), et une enfreinte à la loi (ou aux règlements) , que je ne perçois pas.

S’agit-il alors d’une arnaque?

Pour cela il faudrait qu’une victime ait été volée du fait de l’escroquerie, ce qui peut être difficile à prouver.

Alors, de quoi s’agit-il?

D’une simple fausse représentation?

Cela n’est pas très « glamour », et ne rend pas justice à l’affront que vous avez subi, mais le respect du sens des mots me paraît essentiel, si l’on veut bien se comprendre.

Amicalement.

JB Baroin