Garde-chasse en ville !

Le braconnage, la pêche illégale sous le pont Jacques-Cartier, les appartements remplis de serpents : le boulot ne manque pas…

Alain Dechêsne traque les braconniers, vient au secours des renards piégés ou blessés et ramène les chevreuils égarés dans le droit chemin. Rien d’original pour un garde-chasse. Sauf que son métier, il l’exerce à Montréal! «Quand je m’installe sous les manèges de La Ronde pour surveiller les pêcheurs d’esturgeons ou de brochets sous le pont Jacques-Cartier, je m’étonne toujours de travailler dans un milieu aussi urbain», dit-il en riant.

Si les braconniers opèrent en ville, c’est qu’on y trouve beaucoup plus d’espèces animales qu’il n’y paraît. Les huit agents de protection de la faune — comme on appelle aujourd’hui les gardes-chasse — qui couvrent le grand Montréal ne manquent pas de boulot. «L’an dernier, nous avons dû intervenir au parc des Îles-de-Boucherville, où des Montréalais chassaient le chevreuil la nuit, raconte Alain Dechêsne. Ils se servaient d’arbalètes plutôt que de fusils, pour éviter que les coups de feu ne les fassent repérer. Nous avons aussi eu des cas de chasse au collet, dans le coin de Rivière-des-Prairies. Le plus souvent, les braconniers pistent le chevreuil ou pêchent, mais il y a de plus en plus de cas de captures illégales de chardonnerets, de petits oiseaux colorés, qui sont vendus sur le marché noir.»

Le travail de ces gardes-chasse urbains ressemble un peu à celui des détectives. «Pour démanteler les réseaux, il faut d’abord découvrir leur modus operandi, les observer avec des télescopes et des lunettes de vision nocturne, dit Alain Dechêsne, qui a 30 ans de métier. Dans la forêt, on peut se cacher derrière les arbres, c’est facile. Mais quand on fait de la surveillance au milieu de la foule dans le Vieux-Port, où des gens pêchent illégalement le brochet et le doré, passer inaperçu avec tout notre équipement demande pas mal d’ingéniosité!»

Mis à part les braconniers, les agents doivent faire face à des propriétaires d’animaux originaux. «Dans une ville comme Montréal, il y en a qui ont des goûts particuliers et qui se procurent illégalement des animaux exotiques. J’ai déjà saisi des alligators chez quelqu’un qui avait transformé son appartement de Rosemont en une véritable forêt tropicale. Le type avait des serpents venimeux et avait installé les alligators dans une pataugeoire pour enfants! Ça puait là-dedans…»

Alain Dechêsne et ses collègues ne s’étonnent plus de ce genre de cas. L’homme sourit toutefois en évoquant la surprise des jeunes agents qui arrivent de la Gaspésie ou de la Côte-Nord et qui se retrouvent aux prises avec la faune urbaine. «Ils n’ont aucune idée de ce que le travail en ville exige. Par exemple, à Montréal, contrairement aux régions, on compte beaucoup de communautés culturelles. Et ces communautés sont souvent adeptes de chasse et de pêche. Il y a quelques années, nous avons découvert que des Chinois allaient à Rivière-des-Prairies pour y pêcher, même en période interdite, une espèce menacée: l’alose savoureuse. Pour réussir à faire respecter la loi en dépit de la barrière linguistique, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec a fait imprimer un petit livre qui énumère les règles dans une dizaine de langues.»

Les gardes-chasse mettent souvent la main au collet des mêmes contrevenants. Les actes de braconnage relèvent du Code pénal et ceux qui se font prendre doivent payer une amende, souvent dérisoire. Mais Alain Dechêsne est optimiste: «Quand j’ai commencé à travailler, les petits braconniers étaient valorisés par leur entourage. Aujourd’hui, les mentalités ont changé, surtout en ville. Le sentiment antichasse y est fort et les gens sont prompts à dénoncer ceux qui s’en prennent aux animaux. En fait, le pire ennemi des agents qui travaillent à Montréal, ce sont les bouchons de circulation!»

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie