Gaz de schiste et radioactivité: le laissez-faire américain

Après avoir épluché 30 000 pages de documents sur l’exploitation du gaz de schiste, des journalistes du New York Times ont découvert que les autorités américaines ont fait bien peu de cas du niveau alarmant de radioactivité présent dans les eaux usées rejetées par les compagnies qui exploitent le shale de Marcellus.

Le New York Times dévoile notamment un document de l’EPA qui  révèle que les eaux usées d’un des puits analysé présente une radioactivité alpha brute de 3420 picocurie par litre, soit 126 becquerels par litre. 

C’est beaucoup plus que les 15 picocuries par litre autorisés dans l’eau potable par l’EPA aux États-Unis, ou que la norme de 0,5 Bq/l recommandée par l’OMS et appliquée au Canada.

Les stations d’épuration qui traitent les effluents de l’industrie et la dilution naturelle par l’eau des rivières permettent-elles de ramener cette radioactivité à un niveau considéré comme acceptable?

Impossible à savoir, révèle le New York Times, puisque les stations d’épuration de la Pennsylvanie n’ont pas à mesurer la radioactivité de leurs eaux. Quant aux stations de traitement de l’eau, qui alimentent les citoyens en eau potable, elles n’ont pas mesuré la radioactivité depuis 2006 !

Connaissant le risque que représentent les effluents de l’industrie, et compte tenu du nombre important de puits (71 000 en Pennsylvanie!), l’EPA aurait pourtant dû les alerter.

Ce que je trouve inquiétant dans toute cette histoire, c’est que le problème de la radioactivité présente dans le shale de Marcellus est connu depuis longtemps.

En 2009, déjà, le magazine Scientific American en faisant largement état dans un article consacré à la gestion de la radioactivité des effluents par l’État de New York.

Cet article citait notamment Rick Kessy, chef des opérations de Fortuna Energy, filiale de Talisman Energy, qui affirmait alors que l’exposition des travailleurs à la radioactivité mesurée à deux puits n’avait pas été jugée inquiétante.

Mais avec la multiplication des puits, il aurait fallu surveiller les effluents de beaucoup plus près. Pourquoi ne l’a-t-on pas fait ?

La réponse figure peut-être dans cette citation de Rick Kessy, rapportée par Scientific American:

Kessy, the Fortuna manager, which operates five of the wells with spiked readings in New York, said the levels are higher than he has seen elsewhere. Treatment plants in Pennsylvania are accepting Fortuna wastewater with much lower levels of radioactivity from the company’s wells there, Kessy said, but if plants can’t take the higher concentrations, it could be crippling.

« In the event that they were not able to comply due to high radioactivity, they would reject the water, » Kessy said. « And if we did not have a viable option for it, our operations would just shut down. There is no other option. »

Autrement dit, si les stations d’épuration avaient dû rejeter les effluents de l’industrie en raison de leur trop haut taux de radioactivité, c’en aurait été fini de l’extraction du gaz de schiste du shale de Marcellus.

De bonnes lectures pour le ministre Arcand, en plus du rapport du BAPE

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C’est sous l’administration Bush que ce problème a été caché, maintenant les choses vont changer surtout que la population de Pennsylvanie qui vient d’apprendre cela est en colère.

Toute cette question de la radio-activité du shale de marcellus était connue, comme en témoigne le rapport de Hazen et Sawyer p46 http://www.4shared.com/account/document/UuVGvJHT/12_23_2009_final_assessment_re.html. Les industriels ne pouvaient pas ne pas savoir ce fait. Non seulement ils le savaient mais il semble qu’ils connaissaient les effets de ces eaux de fracturation. Qu’en est-il maintenant des fluides de fracturation et des benzènes emportés par les eaux de reflux de fracturation? Je ne crois pas que les eaux destinés aux usines d’épuration de Trois-Rivières aient été testés pour tous ces paramètres. Il est très clair qu’il faut que toutes ces eaux soient traités par des usines d’épuration dédiées qui retirent tout ce qui doit être retiré, y compris les produits que l’industrie ne veut pas divulguer. En attendant il faut que les scientifiques prennent position s’impliquent et demandent un moratoire. C’est trop demander au citoyens de faire le travail que devrait faire des scientifiques éclairés.

Je suis d’accord avec l’analyse de madame Borde à l’effet que les gazières sont tenues de disposer de leurs eaux et qu’elles deviennent, par conséquent, forcées de transiger avec les municipalités traitant un grand débit d’eaux usées. Le problème, c’est que les municipalités ne sont pas outillées pour traiter les eaux en provenance des industries, encore moins s’il s’agit d’une industrie aussi peu transparente que celle des gazières.

Trois-Rivières traite les eaux de fracturation de Talisman Energy sans en connaître la composition ni leur niveau de radioactivité.

Quant au commentaire de Claude sur l’importance pour les scientifiques de prendre position, je lui signale que près d’une centaine de scientifiques québécois se sont prononcés clairement hier.

http://www.manifestegazdeschiste.org/

Des minéraux radioactifs, et puis quoi encore?

Tout ce qui se trouvera dans le sous-sol. En effet, si on injecte de l’eau à haute pression pour fracturer les gisements, c’est normal tout remonte. Tout, non pas vraiment, il en reste aussi en bas et il peut aussi s’en perdre dans la nappe phréatique lorsque cela remonte. (Haute pression oblige, le fractionnement n’est pas que pour la roche, c’est aussi un risque de fissuration sur toute l’infrastructure du puits).

Comme le dit Lucien Bouchard, le problème de l’exploitation du gaz de schiste est simple: il faut « choisir les bons tuyaux ».

Effectivement, au Québec si on exploite le gaz du schiste, les vaches ont comme intérêts à bien se tenir, et les ingénieurs aussi. Ils peuvent seulement être inquiets, comme tout le monde; demander un moratoire, comme tout le monde.

Comme tout le monde, et puis quoi encore?

« En France, (dit-il) il n’y a pas de moratoire, mais une étude qui sera remise au mois de Juin. » Serait-ce une étude pour choisir la couleur des tuyaux?

En France, pendant que les ingénieurs du Québec s’inquiètent, une ingénieure s’implique et demande une évaluation de la faisabilité technologique.

Il s’agit de Nathalie Kosciusko-Morizet. Elle a en effet demandé aux Conseil général de l’industrie et du développement durable, donc à des ingénieurs généraux, de faire une évaluation technique afin de déterminer s’il existe une technologie pour ce type particulier d’exploitation.

Comme elle le réaffirmait devant l’Assemblée Nationale, rien ne sera entrepris en France en l’état actuelle de la technologie ”En Amérique du nord, les techniques utilisées se sont avérées dangereuses pour l’environnement et destructrices (pour la nappe phréatique de par l’utilisation de produits chimiques) et si il n’y a pas d’autres technologies que celles là aucun gisement ne sera mis en exploitation.”

L’exploitation du gaz de schiste, au Québec ce sont des avocats qui parlent de beaucoup d’autres choses, des ingénieurs qui s’occupent surtout à défendre leurs intérêts, et une ministre qui va tout laisser-faire.

La question à se poser: où sont les ingénieures?

126 becquerels par litre de radioactivité Alpha est un problème environnemental??? Le corps d’une personne de poids moyen émet 5200 becquerels à toutes les secondes, ce qui se traduit à environ 35 becquerels par litre.
Avec un facteur de dilution de 250:1, on revient à une concentration acceptable, et c’est en diluant les effluents que tous les contaminants sont réduits à des niveaux acceptables. C’est malheureusement comme cela que l’on traite les effluents contenant des produits toxiques non précipitables ou non oxydables.

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