Gentillesse pandémique

Le prisme déformant des réseaux sociaux nous a renvoyé l’image d’un champ de bataille en cette crise pandémique. Or, dans la réalité, les gens se sont plutôt montrés solidaires et attentionnés.

Photo : Daphné Caron

Voilà quelques semaines, en commandant avec ma femme le souper dans un petit resto de Mont-Tremblant, je me renseignais sur l’air du temps et l’état des affaires. Tout avait recommencé à rouler dans cette salle plutôt achalandée des Laurentides. La serveuse me le mentionnait avec un sourire accroché aux yeux. 

Ce n’était pas tout à fait la vie normale, mais c’était déjà mieux que la dernière année, très pénible dans le milieu de la restauration. Il y avait cependant plus qu’un retour à cette quasi-normalité. La serveuse nous a aussi dépeint le bonheur qu’éprouvaient les gens à se retrouver de nouveau à une table le midi ou le soir, en couple ou en famille, entre amis ou collègues, en vacances ou durant la pause du lunch, près de la maison ou lors d’une escale. 

Depuis les réouvertures, elle avait remarqué un changement dans l’attitude des clients. Pour le mieux. Ils ne critiquaient plus autant qu’avant pour un oui ou un non. Ils la remerciaient davantage. Ils souriaient plus facilement. Ils allongeaient de meilleurs pourboires. « Les gens sont gentils. On dirait qu’ils n’ont plus le goût de chialer. »

Dès les débuts de la pandémie, cela m’avait aussi frappé : les humains étaient plus attentionnés. Comme si, une fois tout le monde embarqué dans le même bateau, il s’agissait de s’entraider pour assurer notre traversée du désert, qui allait peut-être durer longtemps, comme on le sait trop bien aujourd’hui. C’était vrai à l’épicerie, à l’urgence, au parc, dans les magasins, dans les rencontres à distance respectueuse, un peu partout où je jetais un regard ou mettais les pieds. Et c’est resté ainsi jusqu’à maintenant, un an et demi après.

Pourtant, à certains moments, on a eu l’impression qu’il s’agissait plutôt d’un affrontement quotidien, parfois brutal, celui auquel on assistait sur les réseaux sociaux ou par l’intermédiaire des médias. Combien de fois a-t-on montré des altercations dans les commerces ou avec les forces de l’ordre, des manifestations intenses, des protestations variées, motivées par nombre de divergences d’opinions — c’est le moins qu’on puisse dire ! — quant à la gravité de la pandémie, l’opportunité des mesures sanitaires, la nécessité de la vaccination ou l’usage planifié du fameux passeport sanitaire. 

On croyait de temps en temps à un champ de bataille. Personnellement, ayant été assez présent sur les réseaux sociaux, je ne compte plus les foires d’empoigne, les échanges verbaux explosifs, les coups de gueule et les colères auxquels j’ai assisté ou été mêlé, souvent sans le vouloir. Un extraterrestre qui n’aurait connu notre réalité que par ces prismes déformants aurait conclu sans trop de difficulté que l’humanité n’avait plus grand-chose d’humain, s’il avait pu comprendre ce concept. 

Ces échanges parfois violents n’ont jamais, surprenant contraste, trouvé écho dans la réalité — la vraie — autour de moi. Voilà : il ne m’est pas arrivé une seule fois d’assister en personne à de telles altercations, dans la vie quotidienne, dans mon quartier, dans les magasins, au restaurant, sur les places publiques, au chalet ou à l’hôpital où je travaillais. 

Au contraire, les gens m’ont semblé un peu plus empathiques qu’à l’accoutumée. Ce contraste manifeste reste pour moi difficile à expliquer. Est-ce que je vis dans une réalité parallèle ? Suis-je aveugle à certains phénomènes ? Je ne le pense pas. Et ce n’est pas non plus que je ne sorte jamais de chez moi. Je l’ai simplement observé.

Les crises ont tendance à exacerber les tensions, mais on peut comprendre que, lorsqu’ils sont plongés dans des situations stressantes, les humains se montrent bien plus souvent solidaires, une condition de survie tout au long de notre histoire. Cette entraide latente ou manifeste a toujours été et sera toujours agissante, à petite ou grande échelle, puisqu’elle nous constitue. 

Ce que nous pouvons aussi constater, c’est qu’après des mois de privations, nous avons repris graduellement nos activités, avec un surcroît de bonheur évident, directement perceptible dans notre comportement au quotidien. Comme si nous redécouvrions les plaisirs simples de la vie et que nous ne nous en lassions plus, oubliant nos problèmes pour mieux profiter du présent. 

Nous voyons désormais d’un œil neuf ces activités que nous croyions parfois acquises — marcher librement, aller au restaurant, rencontrer des gens, rassembler la famille — et permanentes, mais qui, autant que nous, ont été menacées par la présence du virus. Tant mieux si cela peut nous aider à les apprécier encore plus à l’avenir. Et à nous apprécier davantage les uns les autres.

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Je suis d’accord à un détail près… Si on est dans le même bateau comment faisons-nous pour traverser le désert?…. S’il est un lieu qui manque d »eau c’est bien là… Hi! Hi! Hi! Mais vrai, les Québécois ont été extraordinaires. Chapeau!

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Vous avez mis le doigt sur ma pire métaphore ever. 😶 Heureusement que mon père n’est plus de ce monde pour lire cela. Bonne soirée.