Gentilly-2, Hydro-Québec et le culte du secret

En octobre dernier, quelques semaines après l’élection du gouvernement Marois, Hydro-Québec remettait à la ministre des ressources naturelles Martine Ouellet le rapport dans lequel elle annonçait renoncer à la réfection de la centrale nucléaire de Gentilly-2.

La société d’État et le gouvernement libéral de Jean Charest auraient-ils pu en faire l’annonce avant l’élection du 4 septembre ?

Entendu mardi en commission parlementaire, le PDG d’Hydro-Québec Thierry Vandal a expliqué, chiffres à l’appui, que la société d’État avait commencé à se poser des questions sur la réfection dès le début de 2010, alors que les travaux réalisés sur des réacteurs nucléaires similaires au Nouveau-Brunswick et en Corée s’enlisaient dans des dépassements de coûts et que le gaz de schiste rendait le nucléaire de moins en moins compétitif en Amérique du Nord.

Le gouvernement libéral, a assuré Monsieur Vandal, a été informé de toutes les étapes de réflexion.

Les Québécois, eux, ont été laissés dans l’ombre.

Le communiqué publié par Hydro-Québec en août 2010 faisait seulement état du report d’un an du début des travaux, pas des réflexions visant éventuellement à abandonner la réfection. Et il évoquait toujours des retombées économiques de 200 millions de dollars dans la région.

À partir de cette date et jusqu’en octobre 2012, ce fut ensuite le silence radio sur ce dossier.

En novembre 2010, je me suis lancée dans une enquête sur Gentilly-2 pour essayer d’y voir plus clair et de faire objectivement le point.

À ce moment-là, ni le ministère des ressources naturelles de Mme Normandeau, ni Hydro-Québec n’ont voulu m’accorder d’entrevue à ce sujet.

Le ministère des ressources naturelles m’a renvoyée à Hydro-Québec.

Hydro-Québec m’a renvoyée aux documents qu’elle avait publiés dans les années précédentes.

Aucun autre journaliste n’a pu faire part des réflexions en cours à Hydro-Québec à cette période.

Par recoupement et nombre d’entrevues ailleurs, j’en avais alors déduit que la remise à neuf de Gentilly-2 avait bien peu de chance de profiter aux Québécois. Vous pouvez lire le reportage ici.

Mais pourquoi un tel culte du silence dans une société d’État? Pourquoi les Québécois n’ont-ils pas eu le droit de savoir comment on gérait leur argent ?

Et pourquoi a-t-on continué à faire croire aux gens de la Mauricie que la réfection était en vue alors que cela n’était déjà plus certain ? N’auraient-ils pas pu, eux aussi, en profiter pour se préparer à un éventuel après Gentilly si Hydro-Québec ne leur avait pas menti par omission sur ses réflexions ?

Thierry Vandal a aussi dû s’expliquer mardi sur le milliard de dollars dépensé pour la réfection avant même que celle-ci ne commence.

Les dépenses se justifient, selon lui, par la nécessité des travaux préparatoires en cours et pour passer bien à l’avance des commandes pour certains équipements clés, notamment pour la turbine à vapeur achetée à General Electric, qui devait coûter 120 millions de dollars et pour laquelle Hydro-Québec a dépensé 79,3 millions.

370 millions de dollars de contrats ont aussi été attribués à Énergie Atomique du Canada Ltée (EACL), surtout pour préparer les travaux de retubage, qui devaient constituer la partie la plus complexe du chantier.

En 2009 et 2010, EACL a perdu 493 millions de dollars avant que la division rénovation et entretien des centrales ne soit vendue à SNC-Lavalin.

Hydro-Québec aurait-elle dû se montrer plus prudente au moment d’engager ces dépenses, surtout connaissant les dfifficultés d’EACL ? Les a-t-elle faites trop tôt ?

A-t-elle au contraire décidé trop tard qu’elle allait ou non rénover la centrale, compte tenu de la durée de vie utile de celle-ci qui achevait ?

Il est possible que la société d’État ait pris les bonnes décisions, car la rénovation d’une centrale nucléaire ne s’improvise certainement pas à la dernière minute.

Mais cela reste invérifiable et sans cette commission parlementaire, nous n’en aurions jamais rien su.

Dans son premier budget, le ministre des finances Nicolas Marceau a annoncé que conformément à une promesse électorale, le gouvernement péquiste autoriserait le Vérificateur général à mettre son nez dans les comptes des sociétés d’État.

Dans le cas d’Hydro-Québec, les cachotteries éhontées au sujet de Gentilly-2 montre que les Québécois ont certainement tout à y gagner.

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C’est vraiment discutable comme façon da faire de la part d’une société d’état qui appartient à tous les Québécois.

Va-t-ton vivre la même rangaine et les mêmes cachoteries autour de la commercialisation de la pile au nano-titanate? Tellement pathétique lorsqu’on cherche à obtenir de l’information sur l’état du dossier. C’est comme faire affaire avec l’agence de la sécurité nationale alors que ce sujet nous touchent tous directement.

J’ai bien hâte de voir comment Martine Ouillet va tirer son épingle du jeu dans tout ce cafouillage ou plus précisément ce camoufflage.

En recoupant les agissements des dirigeants d’H.Q et des politiciens dans la décision de fermer ou de reconditionner G2 aux décisions précédentes toutes aussi stratégiques et importantes, ça valide bien ce que le PDG d’H.Q a dit : ces décisions sont finalement prises par les politiciens / par le gouvernement et souvent imposées à H.Q.

Un ancien ministre de l’Énergie et des Ressources Naturelles, en principe responsable d’H.Q, a déjà dit clairement plusieurs années après avoir quitté la politique: « Vous vous leurrez si vous pensez
que le ministre peut contrôler H.Q, c’est le premier ministre directement qui se réserve et exerce ce pouvoir là ».

Les grandes questions qui demeurent sans réponses aujourd’hui comme : 1) Pourquoi s’être lancé dans l’éolien de la façon et dans les conditions que H.Q l’a fait 2) Pourquoi continuer à s’engager à acheter de l’énergie dont on a pas besoin et qu’on ne peut revendre qu’à perte 3) Pourquoi H.Q demande et la Régie de l’Énergie autorise des hausses systématiques des tarifs d’électricité refilées aux consommateurs résidentiel et commerciaux pour compenser le fait qu’H.Q privatise en quelque sorte une bonne partie de ses revenus. etc.. Ben c’est au premier ministre directement qu’on devrait poser ces questions et lui demander d’expliquer ses choix.

Mais pour que les choses soient bien claires, ça prend plus qu’un journaliste complaisant qui va jaser 10 minutes chrono avec le premier ministre ! À la place, en politicien le premier ministre qui connait très bien toutes ces questions envoie plutôt son ministre au front, celui-ci joue à la balle avec le PDG d’H.Q, on nous raconte des demie vérités.. parfois peut-être même des mensonges histoire de gagner du temps, le premier ministre ne se pointe pas… et c’est la recette parfaite qui nous amène, nous les naïfs à argumenter sur la culture du secrêt d’H.Q, une bonne diversion aux yeux du premier ministre !

J’ai écouté la première journée de la Commission et j’ai été étonné de l’incompétence affichée par le président de HQ production et de HQ équipements. Entre, quand M. Laporte, PDG de HQ équipement, a justifié l’augmentation des coûts par l’agrandissement du stationnement et de la cafétéria pour acceuilir tous ces travailleurs, je n’ai eu qu’une pensée: quelle bande d’idiots dirige Hydro-Québec? J’exclus Thierry Vandal de ce sinitre groupe car il a montré une étonnante connaissance des enjeux, des technologies et des chiffres. La contre partie gouvernamentale, représentée par Breton et Ouellet, montre des connaissances approximatives de la production électrique et cela à donner lieu à de savoureurs échangent avec des scientifiques et ingénieurs qui réfutaient leur arguments. Entre autre la leçon sur les centrales à gaz à cycle combiné montre l’abime entre nos technocrates qui décident et la réalité sur le terrain.

Commission pathétique où la vrai raison de la fermeture est restée cachée dans le fond de son trou. Le PQ n’avait qu’à dire que la fermeture est idéologique et on passe à autre chose.

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