Halte au surdiagnostic !

Nous sommes tous à risque de souffrir des conséquences du surdiagnostic et du surtraitement, et bien des médecins se sentent aussi piégés par un système qui les pousse à trop en faire. Comment s’y attaquer ? Disons-le d’emblée : ce ne sera ni facile ni rapide, dit Valérie Borde.

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Photo : Getty Images

Un énorme gaspillage et des quantités invraisemblables de souffrances inutiles : voilà, en résumé, les conséquences du surdiagnostic — un mal insidieux qui gangrène le système de santé de tous les pays industrialisés.
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Au Québec seulement, 5 milliards de dollars par année s’envoleraient en chirurgies ou médicaments inutiles, examens superflus et dépistage hasardeux, qui n’améliorent pas la santé des gens auxquels ils sont destinés… et qui peuvent même les rendre malades !

Pendant ce temps-là, on peine à s’occuper des personnes qui auraient vraiment besoin d’être suivies de près par un médecin de famille, on fait attendre des enfants aux prises avec des troubles du développement au risque de compromettre leur vie entière, et les listes d’attente pour certaines chirurgies n’en finissent plus…

Et c’est sans compter tous les autres sacrifices que l’on doit faire — en éducation ou en environnement, par exemple — parce que le budget de la santé accapare toujours plus de fonds publics.

lactu-septembreAprès une longue enquête, qui fait la une du numéro de septembre de L’actualité [actuellement en kiosque], j’ai réalisé à quel point le surdiagnostic constitue un enjeu de société majeur. Et à quel point il peut empoisonner la vie des gens qui ont le malheur d’y être confrontés !

Bien sûr, la médecine a fait des progrès énormes au cours des dernières décennies, mais il semble clair qu’elle est allée trop loin dans bien des cas, en transformant tout bien portant en malade qui s’ignore.

Nous sommes tous à risque de souffrir des conséquences du surdiagnostic et du surtraitement, et bien des médecins se sentent aussi piégés par un système qui les pousse à trop en faire.

Comment s’y attaquer ? Disons-le d’emblée : ce ne sera ni facile ni rapide. C’est un grand chantier qui se met en branle.

Il va falloir remettre en question des façons de faire ancrées dans la culture médicale depuis parfois très longtemps, mais aussi lutter contre ceux à qui le système actuel profite — notamment certains médecins, poussés par leur mode de rémunération, ainsi que des fabricants de tests et de médicaments.

L’Association médicale du Québec (AMQ), qui regroupe 10 000 médecins à travers la province, a publié cette semaine son plan d’action.

Fruit des réflexions soulevées lors du premier symposium québécois sur le surdiagnostic, tenu au printemps dernier, il s’appuie sur un cadre théorique qui identifie quatre «vecteurs d’inflation diagnostique» : les patients, les soignants, le système de santé et la culture.

Ses recommandations résultent des discussions tenues à l’occasion de ce symposium, auquel ont participé des dizaines de spécialistes du réseau de la santé, médecins, chercheurs, administrateurs et représentants des patients.

Le plan de l’AMQ est ambitieux, mais il a le mérite de bien cerner le phénomène et ses multiples causes.

Ses recommandations visent à la fois la population et les associations de patients, les médecins et leurs ordres professionnels, les chercheurs, les universités, les hôpitaux, le Commissariat à la santé et au bien-être, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) et plusieurs autres instances qui dépendent du ministère de la santé.

Plusieurs ordres professionnels, notamment ceux qui se sont impliqués dans la campagne Choisir avec soin, sont aussi concernés, mais ils devront aller beaucoup plus loin pour repérer et décourager les actes médicaux inutiles.

L’AMQ souhaite que tous ces efforts soient coordonnés en plus haut lieu par le ministre de la santé. Mais selon Le Devoir, le ministre Barrette ne rencontrera pas l’AMQ, car la question relève du Collège des médecins, a indiqué son attachée de presse.

Le ministre est pourtant bien au fait des questions de surdiagnostic. Comme président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette a notamment fait partie de la délégation québécoise que l’AMQ a réunie pour participer au premier symposium international sur ce sujet, qui s’est déroulé en septembre 2013, au New Hampshire.

Il sait donc sans aucun doute que le problème est bien trop large et complexe pour relever du seul Collège des médecins.

L’INESSS, par exemple, a un rôle important à jouer — et travaille en effet déjà sur cette question. Mais avec plus de moyens, il pourrait en faire beaucoup plus et plus vite, car la tâche est colossale.

Il y a aussi urgence à accélérer le déploiement des dossiers de santé électroniques, lesquels éviteraient bien des examens «doublonnés» et permettraient de surveiller plus étroitement les conséquences de la surconsommation de médicaments par les personnes âgées.

En outre, seul le ministre a le pouvoir d’enclencher les réformes qui s’imposeraient — dans le mode de rémunération des médecins, par exemple — pour faire en sorte qu’il les encourage à faire «mieux» plutôt que «plus».

Monsieur Barrette a-t-il peur de heurter la susceptibilité de ses anciens collègues ? Craint-il de perdre du capital politique dans le grand ménage qui s’impose, et que certains pourraient percevoir comme une manière de couper dans les sacro-saints soins à la population ?

Le Québec a besoin d’un homme fort pour s’attaquer au surdiagnostic et en faire comprendre les enjeux à la population comme au milieu de la santé.

Si rien n’est fait, ce fléau continuera d’engloutir toujours plus d’argent sans profiter aucunement aux Québécois.

Monsieur le ministre, à vous de jouer !

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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Cette même réflexion devrait aussi s’appliquer rapidement au domaine de l’obstétrique!

Et si l’on arrêtait de considérer collectivement la grossesse et l’accouchement comme des bombes à retardement chez toutes les femmes alors qu’il s’agit, somme toute, d’événements éminemment normaux (ce qui ne signifie pas banals) dans le cas d’une très grande majorité de femmes en santé?

Bien des deniers publics seraient économisés et des inquiétudes inutiles seraient évitées!

Culture vous dites? Cessons de nourrir la culture de la peur et cultivons la saine confiance…

JG, étudiante sage-femme 3ème année

Le célèbre oncologue environnemental américain Mitchell Gaynor le dit depuis des années : dès l’âge de 20 ans, nous avons tous un ou des cancers qu’il faut garder en dormance avec de saines habitudes de vie : alimentation anti-cancer (curcuma, brocoli, thé vert et autres aliments popularisés par Richard Béliveau, peu de viande, pas de sucre ni de farine blancs, etc.), yoga, exercice vigoureux et évitement des polluants comme les agents ignifuges (retardateurs de flamme) dans les pyjamas des bébés et les radiofréquences émises par les appareils sans fil. Plusieurs de ses patients et patientes, qui ont la même mutation qu’Angelina Jolie associée à un risque à vie de cancer du sein ou des ovaires de 82 %, ont opté pour la prévention plutôt que la double mastectomie. Lire sa toute récente conférence sur la réduction des risques de cancer : http://ehtrust.org/environmental-health-trust-brings-world-renowned-environmental-oncologist-jackson-hole/

Je suis tout à fait d’accord avec votre évaluation. Que dire, a titre d’exemple, de tous ces parents qui font faire un examen de routine par un pédiatre alors qu’un généraliste ferait aussi bien le travail. Ça fait bien dans une conversation de dire que » je suis allé chez MON pédiatre » . C’est toute cette prise de conscience qu’il faut faire pour la population. Si ma mémoire est bonne, dans les années 90, il y avait à la te le y de la publicité favorisant le magasinage de notre spécialiste. S’il fallait payer 200 ou 300.00$ chaque visite, le magasinage s’arrêterait assez rapidement. De plus du cote des médecins, j’ai déjà fait rire de moi par le médecin qui me traitait parce que je n’ai pas voulu faire faire une résonance magnétique au cas où… Je trouvais que c’était un examen onéreux socialement pour PEUT-ETRE être un jour.

Espérons que votre évaluation permettra une certaine prise de conscience du monde médicale et que le travail de sensibilisation auprès du public commencera très bientôt.

L’envers de la médaille. Il ne faudrait pas se retrouver avec un problème contraire. Je connais un médecin (que je ne nommerai pas ici) qui, de peur de « déranger » un système surchargé, a refusé de faire passer des tests qui s’imposaient. C’est tout récent: un patient de ma connaissance, début quarantaine, s’était plaint à plusieurs reprises de vives douleurs. Évoquant son jeune âge, le médecin en question a jugé qu’il n’était pas nécessaire de vérifier plus en profondeur. Il y a quelques mois, après une longue visite à l’urgence, on a diagnostiqué un cancer colo-rectal avancé qui aurait attaqué le foie. Résultats: deux opérations très risquées qui auraient pu être évitées, auront bientôt lieu. Le médecin en question est passé au privé depuis ce temps.

Bizarre: on ne parle pas explicitement des « nouvelles normes « édictées par l’industrie pharmaceutique qui ont pour effet de rendre nécessaires de plus en plus tôt, à des seuils de moins en moins élevés et surtout pour le reste de la vie des médicaments qu’elle produit. Quand on sait que la principale source de formation continue offerte aux médecins l’est par cette industrie, il y a de quoi être scandalisé.

Vous n’insistez pas assez sur l’influence qu’ont les représentants des compagnies pharmaceutiques sur la pression qu’ils exercent sur le médecin pour prescrire. En tant qu’ex-pharmacien (retraite) je peux vous dire quel représentant est en ville tout juste à voir arriver les papiers de prescription.
Les représentants on tellement d’influence qu’ils réussissent à faire prescrire leur produit malgré que celui-ci est le médicament de dernier choix: je précise en soulignant la prescription d’un antibiotique non nécessaire ou dont on
ne connait pas l’efficacité sur une bactérie que l’on n’a même pas identifiée. Autre exemple, parmi les statices le médecin prescrit souvent la plus toxique parce qu’il est influencé par le représentant. Il y a une multitude de situations que je pourrais exposer, mais je passe…

Comme médecin de famille, je suis tout à fait d’accord avec cette thèse. Le problème repose sur plusieurs aspects de la santé; la culture d’investigations des médecins, la dépendance des patients sur le système (la maladie psychique et le désespoir social qui se manifeste en symptomatologie physique) et le vouloir des médecins d’aider leurs patients et trouver la cause de leurs problèmes. S’attaquer à ce problème sera onéreux et difficile, nécessitant une attaque aux déterminants sociaux de la santé.

Alain
Ottawa

Le problème en est un d’infrastructure et de formation des médecins. Il est manifeste que les multinationales pharmaceutiques tirent les ficelles et imposent leur vision de la santé aux systèmes de santé occidentaux. Il y a plus de 10 ans j’ai publié un article qui décrivait exactement le glissement du système vers la médication systématique avec les conséquences que l’on connaît et que vous mentionnez très bien dans votre article.

http://advitae.net/articles-sante/2.Medecine-et-societe/Un-systeme-national-de-maladie.5.htm

Minatenant, est-ce que les réformes envisagées ne seront qu’un coup d’épée dans l’eau? Il est à espérer que non.

P. 32, Septembre 2014. Les examens annuels. »Bien des médecins de familles s’en réjouissent: ils vont enfin pouvoir passer du temps à soigner les malades… » Nous, notre médecin de famille est devenu notre médecin de demie famille. En effet, il reçoit toujours mon conjoint et un fils, mais mon dossier ainsi que celui de notre deuxième fils ont été détruits. Raison? Dossiers inactifs depuis plus de 5 ans. Explication du médecin: »I’ve got a business to run! ».
C’est vrai, il n’a rien fait d’illégale. Mais je me demande comment se fait-il qu’on peut fermer et même détruire un dossier médical sans en avertir le »propriétaire » alors qu’on ne peut pas fermer un compte de banque sans avertir le détenteur?

Sur–diagnostic ou faux diagnostics? Certains psychiatres qui par allégeance, ou considérations partisanes à maintenir des standards artificiels pour la publication et l’obtention de fonds de recherche n’hésiteront pas à délivrer des « maladies à la carte, sur mandat du DPJ», sait-on jamais cela pourrait toujours servir la science , lors du 5 eme congrès scientifique tenu à Québec ‘’TED MYTHE OU RÉALITÉ ‘’ des recommandations expresses ont été faites quant à l’injustice du diagnostic TED, rappelant que les »TED A » achètent d’avantage des privilèges et ouvrent des avantages à l’aide publique, commence alors la descente aux enfers pour l’enfant…Lors de la commission parlementaire des crédits du ministère de le culture et de l’éducation du 19 juin 2014, Le Ministre Yves Bolduc, a souligné la prévalence exponentielle des enfants sur-diagnostiqués au Québec , indiquant avoir rencontré les médecins de l’hôpital Rivière des Prairies qui lui ont confirmé ce fléau ; Psychotrope oblige, les enfants iront rejoindre les orphelins de Duplessis. Le choc à l’enfant est minimisé de façon odieuse et personne ne semble s’en préoccuper aucune attente n’est permise d’être exprimée de la part des professionnels qui pensent différemment, c’est coulé dans le béton!.

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